Sous un soleil de plomb à Pikine-Technopole, l’agitation du trafic fait face au calme d’une oasis de verdure. Installés le long des grands axes, des pépiniéristes perpétuent un savoir-faire précieux. Malgré la salinité des sols et les revenus incertains, ces artisans transforment la contrainte urbaine en vitrine végétale pour la capitale.
Une oasis de verdure attire le regard des automobilistes et des passants : nous ne sommes pas dans la forêt amazonienne, mais bien à Pikine-Technopole. C’est ici que s’installent les artisans fleuristes qui ont fait de cet espace leur univers.
En ce mercredi 29 septembre, le soleil de plomb oblige les fleuristes à trouver refuge au cœur de leurs jardins. Malgré la chaleur suffocante, les vendeurs s’activent pour prendre soin de leurs plantes. Parmi eux, Mame Gor Ndiaye opère dans son espace dénommé ”Touba Jardin“.
Installé sur ce site depuis 2018, pour perpétuer le legs de son père, il observe quotidiennement le va-et-vient des clients, venus de tous les milieux sociaux et de toutes tranches d’âge. « Tout le monde vient ici : des hommes, des femmes, des enfants. Nous accueillons vraiment toute la population », explique-t-il chaleureusement.
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Sur le plan économique, la vente de fleurs connaît des fluctuations au fil de l’année. Si l’affluence varie d’un jour à l’autre, la présence d’une clientèle fidèle et d’acheteurs réguliers permet aux artisans d’assurer leurs besoins quotidiens.
« Je ne peux pas donner de chiffre exact par jour, mais il suffit parfois d’un seul grand achat pour nous faire tenir plusieurs jours », confie Mame Gor. Les périodes de forte affluence coïncident souvent avec les grandes fêtes : « C’est surtout durant les événements comme la Tabaski ou les fêtes de fin d’année que la demande explose. »
L’artisan entrevoit également de belles opportunités avec les grands rendez-vous à venir : « Pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse, j’espère que cela aura un impact positif. Je travaille habituellement avec des décorateurs événementiels lors des grandes cérémonies. En ce moment, je prépare des échantillons pour un partenariat avec Khelcom Bâches. Ce n’est que le début, mais c’est très prometteur. »
Entre embellissement urbain et mission sociale
Au-delà du commerce, Mame Gor Ndiaye souligne la portée sociale et environnementale de son métier le long des voies rapides : « L’environnement y gagne en premier, les passants en second, et l’État en troisième. Aménager un endroit permet de réduire l’insécurité et d’assainir l’espace. Sans ces aménagements, ce serait l’anarchie.
Ici, les usagers profitent d’un cadre propre et présentable, loin des décharges sauvages. C’est un bénéfice partagé. » Il rappelle d’ailleurs un engagement réciproque : « Après le déguerpissement des fleuristes de la Patte d’Oie, les autorités nous ont accordé cet espace à condition que nous entretenions et décorions les abords de la route. »
Le défi permanent de la salinité des sols

Cependant, le quotidien de l’horticulteur est contraint par une menace naturelle : la salinité des sols. « Il y a des zones où la terre est tellement salée que je n’ai pas pu y travailler cette saison. Même pour la culture hors-sol, le sel contenu dans la terre pose problème. »
Pour y remédier, Mame Gor a développé sa propre méthode : « La solution réside dans l’utilisation d’engrais biologique et de terreau. Cela exige des moyens financiers importants, car il faut apporter de grandes quantités et arroser abondamment pour diluer la concentration saline. »
Un peu plus loin sur le site, Ibou Tine, la quarantaine passée, partage la même passion. Installé ici depuis trois ans, il exerce le métier depuis 2004. « À mes débuts, je me déplaçais en ville pour faire de l’entretien de jardins », se rappelle-t-il.
L’air décontracté, discutant avec ses collègues assis à même le sol, il confirme la réalité économique du secteur : « L’activité est imprévisible : un client peut acheter une seule potée tandis qu’un autre repartira avec des dizaines de plants. Mais l’essentiel est là : notre travail nous permet de subvenir à nos besoins. »
Ingéniosité et système D au quotidien

Au cœur de cette bande verdoyante, l’ingéniosité pallie souvent le manque de moyens. Dans sa pépinière, Bathie Sène s’active, couteau en main, à découper des bidons en plastique de 10 litres pour confectionner des pots de fortune destinés à ses jeunes pousses. Tout en façonnant ces supports de culture, le pépiniériste détaille la diversité de son catalogue : « Nous proposons plusieurs variétés : oreilles d’éléphant, crotons, vétivers, sapins, palmiers… »
Face au fléau de la salinisation, Bathie adopte lui aussi des méthodes naturelles : « Nous utilisons du fumier, notamment du fumier de fosse, pour atténuer l’impact du sel sur les racines. »
Par leur savoir-faire et leur persévérance, ces artisans de l’environnement ne font pas que vendre des plantes : ils façonnent un paysage urbain plus respirable, transformant la contrainte minérale des axes routiers en une vitrine végétale vivante.
Fatou NGOM (Stagiaire)


