Dans les vastes périmètres agricoles du Walo, chez tous, à quelques exceptions près, le pompage de l’eau se fait avec des machines à Gasoil. Ce qui coûte une fortune aux agriculteurs. Cependant, ces derniers sont aux aguets pour sauter sur des projets de pompage solaire afin de moderniser l’agriculture dans la zone. Une tendance nationale qui montre un attrait vers le solaire malgré la cherté des installations.
DAGANA – Dans la zone du Walo et particulièrement, le long des berges du marigot de Niassiwu, les champs de pastèque, tomate, arachide, gombo, manioc ou oignon s’étendent sous un soleil généreux presque toute l’année. Pourtant, derrière cette image de fertilité, se cache une réalité coûteuse : le pompage de l’eau repose encore largement sur des motopompes à essence ou à gasoil. Pour des centaines d’agriculteurs du Walo, cette dépendance aux hydrocarbures grève lourdement les budgets et limite les ambitions. Beaucoup n’attendent qu’une occasion pour passer à l’énergie solaire. Parmi eux, Iba Ngom. Ce dernier est un producteur dans la zone des Trois Marigots (commune de Gandon, département de Dagana, région de Saint-Louis). Il cultive de la pastèque, de la tomate, de l’arachide et du gombo. Comme la plupart de ses collègues, il utilise le système goutte à goutte durant pratiquement toute l’année. L’eau du marigot de Niassiwu constitue sa principale source. « Nous avons installé des pompes à gasoil sur la berge. Un canal nous permet de remonter l’eau », explique-t-il. Mais l’émergence de plantes aquatiques rend l’eau plus rare et réduit la pression. Résultat : entre 5 et 10 litres de gasoil par jour selon la charge de travail. « Je suis plus qu’ouvert à me lancer dans le solaire. Je n’ai pas encore trouvé de solution pour me débarrasser du gasoil qui me vide les poches. Mais je sauterais sur la moindre occasion. Ce serait une aubaine », souligne M. Ngom. À Thila Boye, Maboye Diop, la trentaine révolue, exploite 13 hectares sur la berge du même marigot. Lui aussi pompe au gasoil. « Pour aspirer l’eau sur 200 ou 300 mètres, le coût est énorme. Si c’est l’énergie solaire, la source est là : cette zone est éclairée par le soleil presque toute l’année. Moi, je préfère les pompes solaires pour économiser mes 20 litres de gasoil quotidiens. On est vraiment prêts à passer à l’énergie solaire », assure M. Diop. Il partage les mêmes avec Souleymane Boye, agriculteur depuis 2014, qui vit uniquement de cette activité toute l’année. Sa motopompe à gasoil peut coûter plus d’un million de FCfa. Chaque semaine, il consomme environ 60 litres, hors autres frais. En plus, il emploie cinq personnes qu’il rémunère entre 600.000 et 700.000 FCfa par campagne de dix mois. « On n’a jamais attendu grand-chose de l’État, mais j’ai entendu qu’il prévoyait de promouvoir de nouveaux systèmes solaires dans l’agriculture dans le Walo. C’est un bon signe », estime S. Boye. « Cela m’arrangerait d’avoir l’énergie solaire. Le sol est fertile. Il faut juste nous encourager pour relever les défis de l’agriculture ». Autre contrainte : laisser les pompes sur la berge oblige à payer des gardiens jour et nuit.
Toutefois, ces témoignages illustrent un avis partagé. Les producteurs locaux, souvent de jeunes exploitants, supportent des charges récurrentes élevées et subissent les aléas de l’approvisionnement en carburant ainsi que les difficultés liées à la raréfaction de l’eau dans certains cours d’eau.
Avis partagé
Cependant, les systèmes solaires restent encore l’apanage de quelques grandes entreprises installées dans la zone. Pourtant, le potentiel est évident : ensoleillement quasi permanent, besoin permanent d’irrigation, et volonté affichée de réduire les coûts pour augmenter les superficies et améliorer la rentabilité. Un exemple existe déjà à la station de pompage de Dagana. Samba Niang, responsable de cette station qui alimente les champs de plus d’une centaine de producteurs (riz, tomate, arachide, oignon), décrit une installation hybride. Avant le solaire, le coût hydraulique coûte bien plus cher à l’hectare. Avec l’apport des panneaux, il a drastiquement baissé. « Nous avons de l’eau dans toutes les zones en campagne et le rendement est acceptable. Mais la capacité reste moyenne, car nous n’avons pas beaucoup de plaques pour stocker de l’énergie. Nous attendons une réduction supplémentaire des coûts, un meilleur stockage d’énergie et la possibilité d’augmenter les superficies cultivables », relève responsable. La visite de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables (Aner) et la présentation de projets de systèmes de pompage solaires ont suscité un réel enthousiasme. « Nous sommes ravis. Nous attendons l’arrivée de ces stations et une collaboration totale avec les bailleurs pour faciliter leur acquisition », confie Samba Niang. Passer au solaire ne se limite pas à une simple substitution technique. Pour ces agriculteurs, cela signifie alléger la facture énergétique, sécuriser l’irrigation malgré les variations du niveau d’eau, réduire la dépendance aux hydrocarbures et, à terme, rendre l’agriculture plus durable et plus compétitive. Dans un contexte où le sol reste fertile et où les cultures de contre-saison sont essentielles, l’énergie solaire apparaît comme une réponse adaptée aux contraintes du Walo. Les producteurs ne demandent pas un miracle. Ils demandent un accès facilité à des équipements solaires fiables, un accompagnement technique et des mécanismes de financement adaptés. Ils sont prêts. Le soleil, lui, est déjà là ! Il ne reste plus qu’à transformer cette disponibilité naturelle en énergie pour les champs.
Par Tidiane SOW (Correspondant)

