Jadis hors de portée de nombreux Sénégalais, le climatiseur n’est plus aujourd’hui un luxe à Dakar. Face à des températures de plus en plus élevées, il s’est installé dans les habitudes quotidiennes. Dans les maisons, les bureaux, les commerces, les hôtels et certaines administrations, la climatisation est devenue un refuge contre la chaleur. Le climatiseur apporte un confort indispensable pendant les périodes de forte chaleur, mais il augmente également la demande énergétique, contribue aux émissions de gaz à effet de serre et rejette de la chaleur dans des villes déjà fragilisées par l’urbanisation. Au Sénégal, cette question devient de plus en plus préoccupante.
Dakar connaît depuis plusieurs années une transformation rapide de son paysage urbain : multiplication des constructions, recul des espaces verts, forte densité du bâti et augmentation du trafic automobile. Dans ce contexte, le recours à la climatisation progresse. Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la production d’électricité a augmenté de 13,9 % au premier trimestre 2026. Les ventes d’électricité en basse tension, qui concernent principalement les ménages et les petits consommateurs, ont également enregistré une hausse de 27,3 % en décembre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente.
Avec la hausse des températures, la demande d’électricité destinée au rafraîchissement des bâtiments devient un enjeu majeur pour le système énergétique sénégalais. Le phénomène dépasse largement les frontières nationales. Selon l’Agence internationale de l’énergie (Aie), le nombre de climatiseurs dans le monde pourrait passer d’environ 2 milliards aujourd’hui à plus de 5 milliards d’ici à 2050 si les tendances actuelles se poursuivent. L’organisation estime également que la climatisation représente déjà près de 10 % de la consommation mondiale d’électricité et qu’elle constituera l’un des principaux moteurs de l’augmentation de la demande énergétique dans les prochaines décennies.
La climatisation pose aussi une autre question environnementale : celle des fluides frigorigènes. Certains gaz utilisés dans les appareils, notamment les hydrofluorocarbures (Hfc), ont un pouvoir de réchauffement climatique bien supérieur à celui du CO₂. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) estime que la réduction progressive de ces gaz, prévue par l’amendement de Kigali au protocole de Montréal, pourrait éviter jusqu’à 0,4 °C de réchauffement climatique d’ici à 2100.
Pour autant, il ne s’agit pas de condamner la climatisation. Dans un contexte de hausse des températures, elle joue un rôle important pour protéger les populations vulnérables, les travailleurs exposés à la chaleur et certains services essentiels. Le véritable défi est d’éviter une dépendance incontrôlée. Cela passe par une autre manière de construire et d’aménager les villes : préserver les arbres, développer les espaces verts, favoriser la ventilation naturelle, utiliser des matériaux adaptés au climat et encourager l’utilisation d’équipements moins énergivores.
Le Sénégal dispose d’un potentiel important avec le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire. Mais produire davantage d’électricité ne suffira pas si la demande continue d’augmenter sans transformation de nos modes de consommation. Demain, la bataille climatique ne se jouera pas seulement dans les grandes conférences internationales. Elle se jouera aussi dans nos maisons, derrière chaque télécommande de climatiseur. Car le véritable défi demeure : comment rechercher la fraîcheur sans contribuer à réchauffer davantage la planète ?
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