L’olympisme ne se limite pas à la performance sportive. Il est aussi une vitrine culturelle, esthétique et identitaire. Onze créateurs sénégalais en ont donné une illustration, vendredi 6 novembre 2026, à la Place du Souvenir africain, à travers un défilé de mode placé sous le thème « Mode et olympisme ». Une initiative inscrite dans le programme des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, où le vêtement s’est fait le terrain de rencontre entre l’univers sportif et la créativité made in Sénégal.
Sur le podium, les disciplines sportives ont changé de terrain pour investir les silhouettes. Jogging, vestes à capuche, pantalons amples, combinaisons, accessoires détournés et références aux tenues d’athlètes ont composé un défilé où les codes du sport se sont mêlés aux inspirations africaines et contemporaines. Au total, 110 créations ont été présentées par onze stylistes : neuf jeunes créateurs sélectionnés à la suite d’un appel à candidatures et deux stylistes confirmés.

Coordonné par Almamy Lo, directeur artistique de la Dakar Fashion Week, le fashion show a donné à voir différentes interprétations de l’olympisme. Loin de reproduire simplement les équipements sportifs, les créateurs se sont approprié leurs formes, leurs matières et leurs symboles pour proposer des collections singulières.
Le sport comme source d’inspiration
Dans cette exploration des passerelles entre mode et sport, Fallou Ngom, de la marque Fang, ouvre le bal avec une collection aux lignes déstructurées. Pantalons amples, hauts portefeuille et vestes à capuche composent des silhouettes qui revisitent les codes du vestiaire sportif. Les accessoires ne sont pas en reste. Des sacs confectionnés à partir de filets de basket-ball rappellent l’univers des terrains, tandis que les pièces jouent avec les formes et les volumes.

Chez Racky D et Merastyle, le ring et les courts de tennis deviennent des espaces d’expression créative. Les gants de boxe côtoient des tenues de tenniswoman en jean agrémentées de bogolan. Visières, raquettes et balles de tennis complètent les silhouettes. La créatrice fait également un clin d’œil à la lutte sénégalaise avec une tenue traditionnelle du lutteur et son pantalon bouffant.
Avec sa collection « Japanté », Cheikh Niang rend hommage à dix disciplines sportives. Archer, tenniswoman, boxeur ou cavalier : les références se succèdent dans une véritable mise en scène vestimentaire. Shorts, baskets, gants de boxe et casques de protection côtoient le pagne tissé, dans un mélange où les attributs sportifs rencontrent des touches africaines. Les vestes et pantalons inspirés de l’équitation, notamment, se distinguent par leurs motifs tissés sur des ensembles entièrement blancs.

D’autres créateurs ont choisi de faire du sportswear le fil conducteur de leurs propositions. La marque Minguistyle de Mbengué Ndiaye mise sur une collection entièrement en jean, dans un esprit streetwear qui rappelle notamment l’univers des basketteurs. Gelisa George, de son côté, propose une palette plus colorée, avec des motifs inspirés de la teinture et de la peinture. Pantalons de jogging, crampons et vestes à capuche composent un vestiaire qui puise dans les codes de la rue et du sport.
Entre héritage culturel et imaginaire olympique
Mais l’inspiration sportive ne fait pas oublier les références identitaires. Avec Bele Heta de Fatima Ba, les couleurs terracotta, bleu indigo et blanc évoquent l’univers des nomades et des Peuls. Les silhouettes rappellent notamment le style des bergers, à travers des accessoires comme le tingadé (le chapeau traditionnel emblématique du peuple Peul) et l’écharpe rappelant les touaregs. Chemises en lin, shorts, pantalons, combinaisons blanches et longues capes d’inspiration kimono viennent compléter cette proposition, où les références traditionnelles dialoguent avec les vêtements sportifs.

Chez Karda, dont le nom renvoie à Dakar en verlan, la collection « Divinora » entraîne le public dans l’univers de la Grèce antique. Les figures de la mythologie grecque, de Sirène à Thor, en passant par Cupidon, Poséidon et Apollon, inspirent les créations. Une manière pour Stef de Karda de rappeler les racines historiques de l’olympisme, né dans la Grèce antique, tout en leur donnant une lecture contemporaine.
Un public conquis
La marque Métisse revisite, quant à elle, les motifs cocodunda en les déclinant sur différentes pièces : shorts, ensembles de jogging, vestes, jupes patineuses et chemises. Bottes et chapeaux viennent enrichir cette collection qui joue sur les associations de matières et de styles. Mado propose également des pièces d’inspiration kimono rehaussées de touches de pagne tissé.

Enfin, Massattitude, la marque de Massamba Diongue, initiateur de la Thiès Fashion Week, inscrit sa collection dans l’esprit de la compétition. Les médailles et les balles de tennis, utilisées comme détails ou accessoires, rappellent les récompenses et les disciplines qui rythment l’aventure olympique.
« C’était juste magnifique », s’exclame Khady Sagna, les yeux pétillants. Venue avec une de ses amies, la jeune femme de 17 ans avoue être tombée sous le charme des créations. Un sentiment que confirme sa copine Juliette Sagna. « Les créations sont à couper le souffle. Ces évènements sont à saluer car ils nous permettent de voir le savoir-faire de nos stylistes », affirme-t-elle jetant un bref coup d’œil au podium où les créateurs ont ainsi transformé les disciplines sportives en sources d’inspiration.
Arame NDIAYE(texte)- Ariana Saigh/Olympics.com (photos)

