L’asphalte du boulevard Abdoulaye Diallo a vibré samedi matin sous les pas cadencés et les vivats d’une foule en liesse. Malgré une chaleur d’étuve, Kolda a célébré l’accession à la souveraineté internationale avec une ferveur qui n’a d’égale que la rigueur de ses troupes.
Dès 9 heures, le pont Abdoulaye Diallo est noir de monde. On s’agglutine sur les rebords, on se hisse sur les pointes de pieds. « Peu importe la canicule, c’est notre jour ! », s’exclame Ousmane, un jeune conducteur de Jakarta, son casque sous le bras. « Voir les militaires défiler, ça nous rappelle que nous sommes une nation debout. On oublie la sueur, on ne voit que le drapeau. »
A 10 heures pile, les premières notes de la Musique des Forces Armées déchirent l’air lourd. Le bal s’ouvre par la fraîcheur des tout-petits des maternelles, suivis par les cohortes d’écoliers et de lycéens. Pour Adama, une mère de famille dont la fille défile chez les éclaireurs, l’émotion est palpable : « Regardez cette discipline ! Quand je vois ces jeunes marcher avec autant de fierté, j’ai l’assurance que la relève du Sénégal est prête. C’est la plus belle partie de la fête ».
Le défilé civil s’étire, coloré par les scouts, la Croix-Rouge et les démonstrations énergiques des karatékas. Puis, le sol se met à gronder. Les Jakartamen, en formation serrée, précèdent l’entrée en scène de la Sonaged et des anciens combattants, ces « anciens » qui marchent encore le buste droit, portés par les souvenirs.
Le clou du spectacle reste l’entrée des Forces de Défense et de Sécurité. Le vrombissement des engins motorisés de la Gendarmerie et de l’Armée soulève une vague d’adrénaline. Vieux Doucouré, un retraité qui n’a raté aucun 4 avril depuis vingt ans, observe la parade avec un œil d’expert : « Cette année, la synchronisation est exceptionnelle. On sent une montée en puissance de notre zone militaire n°6. C’est rassurant ».
La parade à pied, millimétrée, clôture la cérémonie en apothéose à 11 heures. Dans la tribune officielle, le Gouverneur de région, Moustapha Ndiaye, affiche un large sourire en félicitant le Colonel Théodore Adrien Sarr pour cette organisation sans faille.
Alors que la foule commence à se disperser sous le zénith, Kolda souffle enfin, avec le sentiment du devoir patriotique accompli.
Ibrahima KANDE (Correspondant)


