Récemment porté à la tête de la Direction générale du Service civique national et du volontariat, désormais rattachée à la Primature, le colonel Amadou Cambel Dieng dresse un constat sans concession : le véritable frein au développement du Sénégal n’est pas financier, mais comportemental. Dans cet entretien exclusif, cet expert en sciences comportementales et coach en transformation détaille sa stratégie pour « formater » un nouveau modèle de citoyen. Entre l’urgence de pérenniser l’élan de cohésion nationale né des succès sportifs et l’ambition de l’Agenda « Sénégal 2050 », il nous dévoile les leviers d’une transformation profonde où le volontariat devient le tremplin vers l’emploi et le socle de la discipline nationale.
Vous avez été porté, il y a quelques mois, à la tête du Service civique national. Quel est l’état des lieux du civisme au Sénégal aujourd’hui ?
Effectivement, il convient de préciser « et du volontariat », pour désigner la Direction générale du Service civique national et du volontariat. On a parfois tendance à omettre le volontariat, qui constitue pourtant une branche essentielle de cette Direction générale, désormais rattachée à la Primature. Lorsque l’on aborde l’état du civisme et de la citoyenneté au Sénégal, il est indéniable que ces notions ont traversé de nombreuses turbulences liées aux comportements et à la manière d’être de certains citoyens. Nous pourrions résumer la situation en affirmant que le défi majeur du Sénégal aujourd’hui ne réside pas dans un manque de ressources, de compétences ou de moyens. En réalité, notre retard de développement s’explique par un déficit de civisme et de citoyenneté active. Si l’on s’interroge sur ce qui manque au Sénégal pour devenir un pays développé, on peut affirmer sans ambages qu’il s’agit simplement d’adopter les bons comportements et les bonnes attitudes envers nos institutions, au sein de nos communautés, de nos lieux de travail et de notre environnement social. C’est pourquoi le civisme et la citoyenneté sont désormais des leviers stratégiques, érigés en fers de lance et en préalables au développement par les nouvelles autorités. Cette importance justifie que le Service civique soit aujourd’hui une Direction générale logée à la Primature : sa transversalité lui permet d’agir sur tous les secteurs : agriculture, commerce, industrie, éducation, santé ou environnement, qui sont au coeur de son action.
Ce problème de civisme n’est-il pas lié à l’éducation, au non-respect ou à la non-application des textes de loi, des normes et des règles de vie en communauté, etc. ?
Tout à fait. C’est un ensemble de facteurs qui concourent au civisme. Il y a d’abord l’éducation, qui commence à la maison, se poursuit à l’école et s’exerce au sein du quartier et de la communauté. Il y a également les lois, les textes et les règlements. Toute organisation humaine, même restreinte à deux personnes, nécessite obligatoirement des règles auxquelles chacun doit se plier pour vivre en harmonie. Or, il se trouve que l’application de ces règles dépend, elle aussi, des individus. L’humain est à l’origine et à l’aboutissement de chaque action, qu’il s’agisse d’un acte citoyen ou d’un comportement déplorable. Si nous mettons aujourd’hui un accent aussi fort sur la formation et la responsabilisation des individus, c’est parce que l’humain doit être au coeur de la solution. Prenons l’exemple de l’incivisme dans le secteur de la construction : c’est l’humain qui choisit de s’affranchir des limites de propriété ou de ne pas respecter les normes de sécurité. Ces décisions peuvent coûter des vies, comme le prouvent les effondrements de bâtiments de plus en plus fréquents. En définitive, tous nos maux sont liés aux comportements. Si nous prenons l’exemple des accidents de la route, qui constituent aujourd’hui la première cause de mortalité au Sénégal, le facteur principal demeure, là encore, l’humain. Même un problème mécanique nous ramène à l’humain, celui qui n’a pas fait ce qu’il fallait. L’individu est le seul capable d’opérer un changement de comportement pour son propre bénéfice et celui de sa communauté. Ce changement nécessaire vers plus de civisme s’articule en cinq étapes. La première est l’information. Certains salissent par ignorance, pensant que la rue appartient à tout le monde – ce qu’ils appellent « mbèdou bour la » – et ne réalisent pas la portée de leur geste. À l’inverse, les enfants ayant appris à l’école à utiliser une poubelle interpelleront naturellement ceux qui jettent des détritus au sol. Éduquer les plus jeunes est crucial, car la plupart des auteurs d’incivilités sont aujourd’hui des adultes. La deuxième étape est la prise de conscience. Le citoyen doit réaliser la gravité de ses actes, qu’il s’agisse de traverser hors des passages cloutés ou de jeter un objet sur la voie publique. Il doit être amené à comprendre l’impact négatif de ces actions déplorables. Une fois cette conscience éveillée, la troisième étape est la prise de décision. La personne se dit désormais : « Face à cette situation, je choisis d’agir autrement. » Cela mène à la quatrième étape : l’action nouvelle. Ici, le changement se matérialise par un acte concret : par exemple, garder son gobelet de café dans sa poche jusqu’à trouver une poubelle. Cette mise en pratique est indispensable. Enfin, la cinquième et dernière phase, souvent la plus difficile à observer au Sénégal, est la pérennisation. Trop souvent, après quelques semaines, on retombe dans ses vieux travers. La pérennisation exige que l’action comportementale devienne une habitude durable. Prenons l’exemple du Japon. D’aucuns disent que si l’on transférait tous les Japonais au Sénégal, le pays se développerait rapidement, non parce qu’ils sont plus intelligents ou plus forts, mais grâce à leurs attitudes et à leur rigueur. À l’inverse, si l’on installait des citoyens sans civisme au Japon, ce pays finirait, après quelques années, par sombrer dans l’insalubrité et la ruine
Revenons sur la question du changement de comportement. Au-delà de la citoyenneté, pensez-vous que c’est la clé même de notre développement ?
Nous sommes convaincus que c’est un préalable indispensable : le changement de comportement doit se décider dès aujourd’hui. En l’état actuel des choses, quels que soient nos moyens financiers ou l’abondance de nos ressources naturelles, aucun développement ne sera possible avec nos comportements présents. Quelles que soient les opportunités qui s’offrent à nous, si nous persistons dans les mêmes attitudes, nous resterons en marge du progrès. Le Japon, par exemple, est dépourvu de ressources naturelles et évolue dans un environnement géographique défavorable, voire austère. Pourtant, sa ressource principale demeure la discipline, le capital humain, la manière d’être et la rigueur dans l’action. De notre côté, nous sommes bénis, car la nature nous a tout donné : le soleil, un sol fertile et un sous-sol riche. Ce qui nous fait défaut, en revanche, c’est la discipline et le sérieux. Fort heureusement, les nouvelles autorités font de cette transformation une priorité pour inverser la tendance. Il nous faut impérativement un sursaut de civisme et une citoyenneté active. Cela passe par le développement de réflexes essentiels, comme le civisme fiscal et le consentement à l’impôt.
Pensez-vous que les autorités ont pris pleinement la mesure de ce qu’il faut faire et qu’elles s’y attellent ?
Absolument. Le premier acte qui montre la forte volonté politique du président de la République et du Premier ministre est d’avoir fait du Service civique national une Direction générale et de l’avoir logé à la Primature, tout en lui octroyant un aspect transversal pour intervenir dans tous les secteurs et un aspect vertical pour toucher tous les âges, de manière inclusive, tous les Sénégalais où qu’ils se trouvent, au Sénégal ou dans la diaspora.
Qu’est-ce que vous faites pour impulser et développer la citoyenneté ?
Nous accompagnons et développons de nombreux concepts et programmes. Nous menons déjà des actions de sensibilisation avec des programmes et, pour la première fois, des cohortes de milliers de volontaires. Nous pouvons citer l’exemple du programme « Nitté », qui ramène tout à l’humain, à un comportement exemplaire conforme à ce que nous souhaitons. Ce programme a sillonné Dakar et ses environs, ainsi que plusieurs départements du Sénégal, pour promouvoir la manière d’être, à travers des campagnes de communication de masse et une mobilisation citoyenne. Par exemple, un des axes nouveaux, et particulièrement actuels, consiste à faire de tous les joueurs de l’équipe nationale de football du Sénégal, les « Lions », des ambassadeurs chargés de porter des messages à l’endroit des populations afin de promouvoir un meilleur comportement civique et citoyen. Nous souhaitons également intervenir dans les écoles, car les jeunes élèves constituent une cible prioritaire. Si nous prenons le secteur de l’éducation, le ministère de l’Éducation nationale déploie un programme dénommé également « Nitté » (Nouvelle initiative pour une transformation humaniste de l’éducation). Dans ce programme, tous les élèves, du préscolaire à la terminale, sont ciblés pour cette transformation vers de meilleurs comportements civiques et citoyens. Il existe d’autres volets liés au volontariat, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la consommation, mais aussi des transports, qui sont particulièrement accidentogènes. Les transports causent de nombreux décès ; il s’agit donc d’un problème prioritaire. Nous avons également commencé à dérouler un programme de transformation des acteurs du transport, avec 32 000 personnes à former afin d’améliorer les comportements sur la route. Il en est de même pour l’agriculture et la consommation. Nous comptons déjà 2 000 volontaires, mais nous ambitionnons d’atteindre 50 000 personnes formées d’ici à 2026. Tous ces programmes de transformation, portés par le volontariat, ont pour finalité la création d’emplois pour les jeunes, sachant que 75 % de la population a moins de 35 ans. C’est une opportunité, mais cela peut aussi constituer une véritable bombe à retardement. Si nous ne prenons pas en charge ces jeunes, ils finiront par nous dépasser. Et dans ce cas, nous aurons des difficultés. La meilleure manière de les encadrer est de les occuper sainement et de les amener à adopter de meilleurs comportements. Aujourd’hui, nous avons un programme de 1 500 000 champions.
Nous allons créer des champions. Qu’est-ce que cela signifie ? Des personnes capables d’employer d’autres individus. Au lieu de simplement créer des emplois, nous ambitionnons de créer des employeurs. Ces champions doivent devenir des capitaines d’industrie, des chefs de projet. Ce seront les entrepreneurs que nous allons former, soit 1 500 000 champions entrepreneurs. Si chaque entrepreneur crée, par exemple, 10 emplois, cela représente 15 millions d’emplois. Le Sénégal compte environ 18 millions d’habitants. Cela montre la puissance de cette stratégie. Et c’est sur trois secteurs que nous comptons nous appuyer pour le moment.
Vous ciblez, avec ces champions, des Sénégalais déjà actifs, ayant leur propre activité, ou bien… ?
Non. Nous ciblons des citoyens qui n’ont rien, qui n’ont pas encore d’emploi, qu’ils aient une qualification ou non. Nous allons les sélectionner, les former, renforcer leurs capacités, puis leur fournir des outils : des kiosques solaires avec bornes de recharge électrique, des fermes autonomes ou encore des véhicules électriques dans le secteur des transports. Les kiosques concernent la consommation et le commerce. Dans le secteur des transports, il s’agit de véhicules électriques avec un chef de bord et un chauffeur. Ce sont ce que nous appelons des auto-entrepreneurs. Ils seront en situation d’auto-emploi et deviendront propriétaires de ces équipements (véhicules, kiosques, fermes) après remboursement. Autrement dit, nous allons les former, les financer et leur céder ces équipements. Ensuite, ils pourront acquérir un deuxième véhicule, recruter un chauffeur, puis développer davantage leurs activités. Nous espérons qu’ainsi, de manière exponentielle, chaque champion créera des emplois au-delà de sa propre activité. Nous développons également des fermes autonomes, chacune pouvant employer au moins une dizaine de personnes. Chaque ferme pourrait ainsi générer au moins dix emplois. En raisonnant de manière exponentielle, nous pourrions atteindre jusqu’à 15 000 000 d’emplois. Il s’agit donc d’une stratégie exponentielle.
Est-ce que vous leur donnez la terre aussi ?
Oui, nous leur donnons des terres.
Avez-vous les moyens de cette politique ambitieuse ?
Personne n’a tous les moyens. Nous sommes dans une dynamique de partenariats avec les secteurs public et privé. Nous appelons tous les partenaires potentiels, d’ici et d’ailleurs, notamment ceux de la diaspora, à appuyer ces importants projets pour le Sénégal, ainsi que ceux des secteurs public et privé qui ne sont pas encore impliqués. La plupart de ces partenariats seront conclus avec le secteur privé. Et nous espérons que ces 1,5 million ne constituent qu’un début. Si nous le voulons, nous pourrons y parvenir plus vite et inclure rapidement d’autres secteurs. Car il s’agit, encore une fois, d’une question de disposition mentale. Nous pouvons démontrer que tout ce potentiel existe, mais il n’y a pas encore eu de mise en commun des différentes parties prenantes. Il nous faut mettre en commun ceux qui ont les moyens, ceux qui ont la stratégie, ainsi que ceux qui ont les capacités d’agir. La combinaison de ces trois éléments constitue ce que nous mettons en oeuvre aujourd’hui. Si nous récapitulons, les secteurs concernés sont le transport, le commerce et l’agriculture.
Qu’avez-vous ressenti, depuis votre nomination, chez certains Sénégalais, par rapport à cette volonté de changer les comportements et les attitudes ? Sont-ils réceptifs aux messages ?
Oui. Nous dirions aujourd’hui : « plus que jamais ». Pourquoi ? Parce que nous venons d’être sacrés champions d’Afrique, et il s’agit là de moments forts. C’est comme lors des alternances : à chaque alternance, ce sont des moments clés pendant lesquels il faut saisir l’occasion pour apporter les changements nécessaires et attendus. Il ne faut pas attendre : c’est le moment idéal. Ces périodes constituent des opportunités, des fenêtres propices pour demander aux Sénégalais un effort supplémentaire, un élan national, et ils y répondent volontiers. Ces moments historiques liés au sacre continental sont très favorables pour ressouder les liens et appeler à une nouvelle approche, une nouvelle manière de faire et de voir les choses, surtout si nos ambassadeurs du civisme et de la citoyenneté, que sont les « Lions » du Sénégal, nous y aident. C’est maintenant qu’il faut agir, car les populations sont dans de très bonnes dispositions. Elles sont actuellement très réceptives. Nous avons connu des moments favorables à chaque alternance, mais les messages n’ont peut-être pas suivi. Aujourd’hui, nous devons saisir cette occasion en nommant ces ambassadeurs et en impliquant tout le monde.
Il y a l’euphorie du moment, le sentiment de reconnaissance et de fierté à l’occasion de certains événements historiques. Qu’est-ce qui a manqué dans le passé pour que le Sénégal ne parvienne pas à saisir ces opportunités et à engager les changements nécessaires ?
Nous ne devons pas laisser les choses se refroidir. Il faut poser des actes, implanter et déployer la vision que nous portons pendant que les citoyens sont encore dans le feu de l’action. Il nous faut mettre en place des actions permettant d’encadrer une population majoritairement jeune, pleine d’énergie et de dynamisme. Cette jeunesse est une opportunité, mais elle pourrait devenir un problème si nous ne la valorisons pas. Avec le temps, l’élan et l’énergie s’affaiblissent, entraînant une diminution de l’euphorie, et les gens finissent par passer à autre chose. C’est pourquoi nous voulons saisir cette occasion sans attendre. Ainsi, nous pourrons impulser ce changement dès maintenant afin de ne plus revenir à la situation initiale. Nous illustrons cela avec l’exemple de l’équipe nationale. Un déclic s’est produit grâce aux séances de coaching que nous avons mises en place. Depuis, les joueurs ne sont jamais revenus à leur état antérieur. Auparavant, il était très difficile pour l’équipe de réagir lorsqu’elle était menée au score. Aujourd’hui, cette même équipe parvient à renverser la situation et à s’imposer avec sérénité, calme et, surtout, avec foi. Nous citons souvent l’exemple de Sadio Mané, qui est un véritable leader et un modèle de citoyenneté active : discipline, éducation, sérénité, leadership, engagement et désintéressement. Il incarne également le sens du service à la communauté (« give back »), en retournant dans sa région pour y construire des écoles, des hôpitaux et soutenir le développement local. C’est un exemple de citoyen modèle, capable de porter un message fort sur le civisme et la citoyenneté. Il est écouté, car il est légitime : ce qu’il dit, il le fait. Il incarne pleinement le civisme et la citoyenneté dans ses actions quotidiennes.
Ce deuxième sacre continental, qu’est-ce qu’il peut changer dans le quotidien du Sénégalais ? Peut-il apporter, booster ou transformer quelque chose au-delà de la joie qu’il procure ?
Ce sacre continental, au-delà de la joie et du sentiment de fierté qu’il nous procure, renforce la cohésion sociale. Aujourd’hui, tous les Sénégalais sont unis. Depuis notre victoire, nous constatons un renforcement du sentiment d’appartenance à une seule et même nation : le Sénégal. Les Sénégalais sont de plus en plus fiers de leur pays. En matière d’exemplarité, les Africains eux-mêmes sont fiers du Sénégal et des exploits que nous avons accomplis. Quel en est le résultat ? Cela crée un ciment, un lien indéfectible entre nous, ainsi qu’un sentiment identitaire profond. C’est ce modèle, cet idéal du citoyen sénégalais, que nous aspirons à voir émerger. Pour atteindre cet objectif, il nous faudra passer par un processus de transformation profonde, fondé sur l’apprentissage et l’acquisition de savoirs. Nous portons cette ambition, car elle est essentielle : elle est d’ailleurs prônée par le Coran et par tous les Livres saints. Au Sénégal, par analogie, nous avons fait l’inverse, comme cela s’observe depuis les années 1980. Nous avons mis en place des infrastructures en avance sur les comportements des citoyens. Quel en est le résultat ? Certains citoyens vont jusqu’à sectionner les câbles du Train express régional (Ter) ou déboulonner des équipements. Mesurez-vous la gravité de ces actes ? De même, nous disposons d’autoroutes, mais certains usagers n’en maîtrisent pas encore les codes, ce qui entraîne de nombreux accidents mortels. Depuis les indépendances, les citoyens accusent un retard par rapport aux programmes de développement. Que ce soit pour le Brt, le Ter ou nos autres grandes réalisations, l’humain – l’Homme avec un grand H – est en décalage avec ces infrastructures.
Mais, au-delà du talent intrinsèque des joueurs, il y a eu une préparation mentale et psychologique. Et avec vos différentes casquettes – au-delà de votre expertise en sciences comportementales – vous êtes également coach en transformation. On parle beaucoup de coaching, notamment sur les réseaux sociaux.
Quelles réalités recouvre-t-il et comment en tirer le meilleur bénéfice ?
Le coaching est transversal : il s’applique à tous les domaines de la vie. Chacun peut, à un moment donné, bénéficier d’un accompagnement ou pratiquer le coaching. Le principe fondamental consiste à accompagner une personne, un groupe ou une organisation pour passer d’un point A à un point B. L’objectif est de réduire l’écart entre la situation réelle et la situation souhaitée, que ce soit en termes de performance ou de résultats. Le coach, ou l’équipe de coachs, guide alors l’entité vers cet objectif. Cependant, cette démarche nécessite un accord préalable entre le coach et ses clients, fondé sur des règles strictes de confidentialité et un contrat moral entre les deux parties. Le coaché peut être une personnalité publique, un chef d’entreprise, un chef d’État ou de gouvernement, ou encore un décideur au sein d’une organisation. Le coaching en leadership transformationnel que nous pratiquons était, à l’origine, destiné aux chefs d’État et de gouvernement. Toutefois, il peut s’appliquer à tous les secteurs d’activité ainsi qu’à tous les niveaux hiérarchiques. Les bénéficiaires peuvent être de hautes autorités ou de simples citoyens souhaitant un accompagnement pour des projets personnels, communautaires ou professionnels. Le coaching est, par essence, un processus d’accompagnement. Concernant les « Lions » du football, nous avons animé une session au Radisson de Diamniadio, juste avant le match contre la Rdc. Nous avons concrètement observé les bénéfices de ce coaching lors du match retour : au-delà de la remontée de deux buts, c’est surtout la victoire finale au stade des Martyrs qui a marqué les esprits. Quelque chose de fort s’est produit dans la « tanière ». Nous avons observé des changements majeurs entre l’avant et l’après. L’être humain est d’une grande complexité, mais toutes les transformations sont possibles grâce au coaching, qui offre un accompagnement extrêmement efficace en termes de résultats, quel que soit le domaine. Il n’y a pas d’âge pour évoluer : même des adultes expérimentés peuvent encore progresser. Oui, il existe toujours une marge de progression pour améliorer nos performances et nos résultats. La session que nous avons menée a créé un déclic. Or, en coaching, une fois ce déclic produit, un processus durable s’enclenche. La personne ou le groupe entame alors une transformation profonde qui modifie son attitude, son comportement, son état d’esprit, son engagement, sa combativité, son exemplarité et, surtout, sa foi. Une fois transformées, ces personnes ont davantage confiance en elles-mêmes, en l’équipe, en l’encadrement et en leurs collaborateurs. À titre d’exemple, l’équipe nationale du Sénégal, avec son état d’esprit actuel, peut aujourd’hui rivaliser avec n’importe quelle équipe au monde. Au-delà du talent, des compétences ou des capacités physiques, la différence réside dans la disposition mentale et l’attitude. C’est ce qui nous amène à dire qu’aujourd’hui, le Sénégal peut viser la victoire à la Coupe du monde 2026. Pour atteindre cet objectif, nous devons travailler dès maintenant et avec encore plus d’intensité. Tous les professionnels disposent des compétences techniques, physiques et tactiques nécessaires. La différence se joue dans l’attitude et la gestion des aléas. Les grandes nations mobilisent parfois une vingtaine de spécialistes pour amener chaque joueur à son meilleur niveau au moment décisif. C’est là que tout se joue. Une équipe dont les joueurs ne sont pas à leur plein potentiel sera en difficulté. Il faut donc tout mettre en oeuvre pour optimiser ce potentiel afin d’atteindre les plus hauts niveaux de performance. La Can l’a démontré. Si nous avons réussi à battre des équipes comme l’Angleterre ou le Brésil, cela prouve que le Sénégal peut rivaliser avec les meilleures nations. Cette dynamique doit être entretenue dès maintenant. Nous avons créé un déclic qu’il faut désormais pérenniser, entretenir et renforcer. Il reste environ deux mois avant la Coupe du monde : c’est maintenant qu’il faut agir. Comme l’ont souligné le président de la République et le Premier ministre, la préparation commence dès à présent. Nous devons réunir toutes les conditions nécessaires à la réussite.
Mais au-delà des exemples et des exhortations, ne faudrait-il pas appliquer une politique de la carotte et du bâton ? Lorsque l’on observe certains comportements après des événements comme les séances de lutte ou d’autres manifestations, ne faut-il pas également recourir à la répression ?
La fermeté et la correction sont indispensables. Éduquer une population, c’est s’adresser à des individus aux profils variés, et il faut adapter les méthodes pour obtenir des résultats. Pour certains, la sanction est nécessaire ; pour d’autres, la formation, la sensibilisation ou l’inspiration sont plus efficaces. Pour d’autres encore, il faut agir avec constance jusqu’à obtenir un changement durable. Enfin, certaines personnes ne réagissent qu’aux sanctions pécuniaires. Il convient donc d’adopter une stratégie globale et adaptée, fondée sur une approche holistique. Il faut former, accompagner et engager un véritable changement de paradigme au sein de la société : des communautés aux leaders d’opinion, jusqu’au citoyen ordinaire. Ce changement doit également interroger certaines pratiques sociales, lorsque celles-ci sont incompatibles avec les exigences du développement. Concernant l’équilibre entre incitation et sanction, il est essentiel de créer de l’émulation. Les citoyens exemplaires pourraient être distingués et valorisés, par exemple lors de la fête nationale du 4 Avril, afin d’inspirer l’ensemble de la population. À l’inverse, les comportements inciviques, comme le fait de jeter des déchets dans la rue, doivent être sanctionnés de manière dissuasive. Il faut donc combiner tous ces leviers. Selon les profils, la sanction, la formation ou la sensibilisation produisent des effets différents. Le développement repose nécessairement sur un changement profond des comportements.
Revenons au volontariat pour en examiner l’opérationnalité. Les volontaires sont-ils rémunérés ou ce terme ne risque-t-il pas de freiner vos actions ?
Prenons un exemple concret : nous recrutons actuellement 6 000 volontaires pour les Jeux olympiques de la jeunesse (Joj) « Dakar 2026 ». Ces jeunes seront sélectionnés, formés, déployés puis encadrés jusqu’à l’événement. Il est important de préciser que ces volontaires ne sont ni des salariés ni des fonctionnaires. Ils perçoivent un pécule, c’est-à-dire une indemnité destinée à couvrir leurs besoins essentiels, et non un salaire. Leur engagement reste volontaire. L’objectif du volontariat est de former et d’accompagner les individus afin de renforcer leur employabilité et de faciliter leur insertion professionnelle. Dans le cadre de nos programmes visant 1 500 000 emplois, tous les bénéficiaires passeront par une phase de volontariat, qui leur permettra d’acquérir les compétences nécessaires à l’auto-emploi ou à l’entrepreneuriat. Le volontariat constitue ainsi un tremplin vers l’emploi, souvent sous la forme d’un engagement d’un an renouvelable. Par ailleurs, il représente une alternative plus réaliste au service militaire obligatoire. Bien que ce dernier existe juridiquement, sa mise en oeuvre généralisée serait extrêmement coûteuse. L’État ne dispose pas des ressources nécessaires pour former une part aussi importante de la population dans des structures militaires. Le volontariat apparaît donc comme une solution plus adaptée, permettant d’engager les citoyens dans un service civique structurant, au service du modèle de citoyen promu par l’Agenda national « Sénégal 2050
Entretien réalisé par Ibrahima Khaliloulah Ndiaye

