À 86 ans, Sœur Édithe Marie Théophane Diatta, doyenne des filles du Saint-Cœur de Marie de Popenguine, totalise 63 années de vie religieuse au service du Seigneur.
On l’appelle affectueusement « Mame », signe de respect et de tendresse à la hauteur de son âge et de son parcours. À l’état civil, elle se nomme sœur Édithe Marie Théophane Diatta. Malgré le poids des années, la doyenne de la Congrégation des filles du Saint-Cœur de Marie de Popenguine refuse de rester inactive. Sa vie reste rythmée par la prière, le service et le don de soi.
« C’est la joie de servir le Seigneur et de servir les autres qui me donne la force », confie-t-elle avec une sérénité désarmante.
Née le 4 avril 1940 à Thionk Essyl (plus précisément à Dagua, en Casamance), elle nourrit très tôt le désir de devenir religieuse. Issue d’une famille profondément croyante, elle grandit sous l’influence d’un père catéchiste et d’une tante religieuse.
« J’avais sept ans quand cette idée a commencé à germer en moi », se souvient-elle.
À 15 ans, elle franchit le pas, encouragée et accompagnée par son père.
« Je lui ai demandé si je pouvais faire comme ma tante. Il m’a répondu : « si tu veux », et c’est comme cela que c’est parti », narre-t-elle.
Le 9 août 1963 marque un tournant décisif lorsqu’elle prononce ses premiers vœux dans la Congrégation. Depuis, elle chemine dans la discipline, la foi et le service des autres.
« J’ai démarré par le postulat —une période d’initiation et de préparation indispensable à la consécration religieuse— pour une durée d’un an. Ensuite, j’ai pris l’habit. Et la deuxième année, j’ai prononcé mes vœux pour neuf ans. Puis, j’ai reçu la bague. C’est la donation totale. C’est comme quelqu’un qui se marie et qui promet au Seigneur de lui rester fidèle toute sa vie », explique sœur Édithe.
L’art du fil et de la transmission
Ses journées sont partagées entre la prière et les activités de la communauté. De Bambey à Popenguine (où elle est revenue en août 2023), en passant par Ngazobil, Gorée et Saint-Louis, elle a consacré sa vie à l’éducation, à la formation et à l’accompagnement des jeunes sœurs.
Couturière de talent, elle confectionne bénévolement les aubes et les soutanes pour les abbés et les prêtres.
« Avant, je confectionnais deux soutanes par jour. Mais maintenant, j’en fais une par semaine parce que j’ai pris de l’âge. J’y vais à mon rythme », renseigne-t-elle.
Soucieuse de transmission, sœur Édithe Marie Théophane Diatta partage ce savoir-faire avec les novices qu’elle encadre.
« Je les forme à la couture, mais aussi aux chants. C’est un plaisir d’inculquer ce que j’ai appris aux plus jeunes », dit-elle.
En première année de noviciat (canonique), Élisabeth Sankera ne tarit pas d’éloges à son endroit.
« Mame est une personne généreuse, qui aime transmettre son savoir dans les moindres détails. Elle est exigeante, mais bienveillante. Avec elle, on apprend dans la joie », reconnaît-elle.
Pour Élisabeth, la doyenne est bien plus qu’une formatrice :
« Elle nous enseigne les chants, la couture, mais aussi l’histoire de la Congrégation. Elle se souvient de nombreuses dates et nous raconte l’histoire des premières sœurs. Cela nous aide à suivre la même voie et à épouser les mêmes valeurs. C’est un véritable trésor pour nous. »
Une mémoire vivante et un pilier communautaire
Un témoignage pleinement partagé par sœur Marie Jeanne qui collabore avec Mame depuis plus de 10 ans. Pour elle, la doyenne incarne les vertus d’une religieuse d’expérience.
« Nous la consultons sur beaucoup de choses que nous faisons. Elle est la mémoire vivante de la Congrégation. Elle connaît toutes les dates importantes de notre histoire et elle n’oublie presque rien », renseigne-t-elle.
Au-delà du savoir, c’est surtout son sens du partage qui marque ses consœurs.
« Elle a une soif de transmettre. Elle veut donner tout ce qu’elle a appris, tout ce qu’elle a reçu. Elle reste une référence et un repère au sein de la communauté. Elle est un pilier pour nous », confie-t-elle.
Enseignante de catéchèse auprès des enfants de Popenguine, sœur Édithe Marie Théophane Diatta mène également un apostolat de proximité en rendant visite aux malades du quartier pour les réconforter.
« Parfois, ils ont besoin d’être accompagnés. Certains vivent seuls, c’est important de leur rendre visite », explique-t-elle.
Toujours animée par la même ferveur, elle déclare, fidèle à son engagement de toujours :
« Travailler pour le Seigneur n’a pas d’âge ; il n’y a pas de repos. Jusqu’à la mort, je continuerai à œuvrer pour Lui. J’ai dit à mes supérieurs : envoyez-moi où vous voulez, pourvu que je travaille pour le Seigneur. »
Par Aliou DIOUF

