En ce 8 mars 2026, le Sénégal se joint à la communauté internationale pour célébrer la Journée internationale des droits des femmes sous le thème des Nations Unies : « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles ».
Au Sénégal comme ailleurs, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas seulement une question de droits : c’est une condition essentielle de la prospérité et de la stabilité de nos sociétés.
Cette année, le Sénégal a choisi de placer la célébration nationale sous le signe de l’impact, à travers le thème : « L’opérationnalisation du Plan de Redressement Économique et Social (PRES – JUBBANTI KOOM) : les femmes en action à la base ».
Ce choix est fort. Il reconnaît que la relance économique, la cohésion sociale et le développement durable du pays reposent de manière décisive sur l’engagement, le travail et le leadership des femmes, dans les territoires comme au niveau national.
Droits, Justice, Action : une urgence nationale
L’égalité entre les femmes et les hommes est une priorité universelle. Au Sénégal, c’est aussi une urgence nationale, mesurable et documentée.
Malgré des avancées notables, les inégalités persistent. Près de 30,5 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées ou mises en union avant l’âge de 18 ans, compromettant leur scolarité, leur santé et leur autonomie économique. Les femmes restent également plus exposées à la précarité, aux violences fondées sur le genre et à une sous-représentation dans les espaces de décision.
Comme l’a rappelé le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, « l’égalité des genres est une question de pouvoir ». Le partage du pouvoir – économique, politique et social – est ce qui permet aux droits de devenir une réalité vécue.
Droits : protéger l’avenir des filles et la santé des femmes
Les droits prennent racine dès l’enfance. Lorsqu’une fille quitte l’école trop tôt, ce sont ses choix de vie qui se réduisent, mais aussi le potentiel de développement du pays qui s’en trouve affecté.
Protéger les droits des filles implique d’investir dans leur maintien à l’école, de renforcer les parcours de « seconde chance » et de garantir des mécanismes de protection efficaces, notamment dans les zones rurales et les communautés les plus vulnérables.
Le Système des Nations Unies accompagne ces efforts à travers l’appui aux politiques éducatives inclusives, aux programmes de protection de l’enfance et aux initiatives communautaires visant à prévenir les mariages précoces.
La santé maternelle demeure un indicateur central de l’effectivité des droits. Avec un ratio estimé à 260,9 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, les progrès enregistrés doivent être consolidés. L’appui de l’ONU au Sénégal contribue au renforcement des services de santé maternelle et reproductive, à l’amélioration de l’accès à la planification familiale et au développement de systèmes de référence efficaces, en particulier pour les femmes vivant dans les zones les plus reculées.
Justice : rendre la protection réelle et accessible
La justice est ce qui transforme les droits en garanties effectives. Or, la violence à l’égard des femmes demeure une réalité préoccupante. Environ 12,4 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi des violences physiques et ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours des 12 derniers mois. Les pratiques néfastes persistent également, avec 20,1 % des femmes et des filles âgées de 15 à 49 ans ayant subi des mutilations génitales féminines.
Le Sénégal a renforcé son cadre juridique, notamment avec la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Le Système des Nations Unies soutient l’opérationnalisation de ces réformes à travers le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale, l’appui à la prévention communautaire, et le développement de services intégrés de prise en charge des survivantes.
La justice doit aussi être proche des citoyennes. À cet égard, l’appui de l’ONU aux maisons de justice et aux mécanismes d’assistance juridique décentralisés contribue à réduire les obstacles géographiques, économiques et sociaux qui limitent l’accès des femmes à leurs droits, en particulier hors des grands centres urbains.
Action : pouvoir économique et pouvoir politique au cœur de la transformation
L’action est au cœur du thème de cette année. Elle consiste à traduire les engagements politiques en résultats concrets dans la vie quotidienne des femmes et des filles.
Agir pour l’autonomisation économique des femmes est une priorité structurante. Le projet de loi sur l’autonomisation économique des femmes, validé par les parties prenantes nationales et officiellement soumis à l’Assemblée nationale, marque une étape décisive dans le renforcement du cadre juridique et politique.
Le Système des Nations Unies au Sénégal accompagne ce processus pour assurer son alignement avec la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, le Programme d’action de Beijing, la Vision Sénégal 2050 et la Stratégie nationale 2021-2025 pour l’autonomisation économique des femmes.
Des progrès sont déjà visibles : dans certains programmes nationaux, les femmes représentent plus de 56 % des bénéficiaires de l’accès au financement. Toutefois, des obstacles structurels persistent, notamment l’accès à la terre, aux ressources productives et à l’emploi formel, que cette réforme vise précisément à lever avec l’appui des partenaires nationaux et internationaux.
Agir pour la participation politique des femmes est tout aussi déterminant. Grâce à la loi sur la parité, les femmes représentaient 41,82 % des membres de l’Assemblée nationale en 2024, plaçant le Sénégal parmi les pays les plus avancés de la région. Le SNU soutient cette dynamique à travers le renforcement des capacités des femmes élues, l’appui aux mécanismes de gouvernance inclusive et la promotion du leadership féminin.
Cette avancée majeure contraste toutefois avec leur faible présence aux niveaux exécutifs : seulement 2,9 % des maires, 6,5 % des présidentes de conseils départementaux et 16 % des membres du gouvernement. Réduire ces écarts est essentiel pour garantir une gouvernance territoriale et nationale véritablement inclusive.
Atteindre ces objectifs d’inclusion exigera un leadership durable. Au plus haut niveau de l’État, cette dynamique est réaffirmée. Lors du Conseil des ministres de cette semaine, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, aux côtés de Madame Maimouna Dieye, Ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, a rappelé la priorité accordée aux droits et à la protection des femmes, appelant à intensifier la lutte contre les discriminations et les violences, à renforcer l’autonomisation économique, et à impliquer davantage les organisations féminines dans la mise en œuvre des politiques publiques.
Un partenariat pour des résultats durables
Ces progrès ne doivent rien au hasard. Ils sont le résultat d’un partenariat solide entre le Gouvernement du Sénégal et le Système des Nations Unies qui place l’égalité des genres au cœur de la transformation économique, sociale et environnementale du pays.
En cette Journée internationale des droits des femmes, faisons du thème mondial « Droits. Justice. Action. » une norme nationale : des droits qui protègent, une justice accessible, et une action portée par un partenariat solide pour donner aux femmes le pouvoir économique et politique de transformer durablement le Sénégal, car Investir dans les femmes et les filles n’est pas seulement une question de justice sociale. C’est l’un des investissements les plus stratégiques pour accélérer la transformation économique et sociale du Sénégal.
Aminata Maiga
Coordonnateur résident des Nations Unies au Sénégal


