À plus de 700 kilomètres d’Abidjan, Kouto se dévoile comme une cité discrète, mais profondément enracinée dans l’histoire, la culture et la diversité. Chef-lieu de département, carrefour humain et culturel, cette commune du nord ivoirien vit au rythme des masques sénoufo, de la ferveur commerçante des Dioulas, et d’un vivre-ensemble qui force l’admiration. À l’occasion de la troisième édition du Festival Porlahla, nous nous sommes baladés ce mercredi 4 février, dans cette ville où traditions ancestrales et ambitions modernes avancent, main dans la main.
KOUTO – Il faut parcourir de longues heures de route, avaler les kilomètres depuis Abidjan, pour ensuite atteindre Kouto. Un voyage presque initiatique, tant l’arrivée dans cette commune du nord de la Côte d’Ivoire donne le sentiment d’entrer dans un autre tempo, un autre rapport au monde.
Ici, dans la région de Bagoué, Kouto s’impose comme un espace de convergence des peuples, des croyances, des cultures et des trajectoires humaines. « Kouto se situe à environ 700 kilomètres d’Abidjan. C’est une longue distance qu’il faut entièrement parcourir pour atteindre notre commune », explique au « Soleil », le maire de Kouto, hôte de la troisième édition du Festival Porlahla.
« La population est majoritairement composée de deux grandes ethnies. Les Sénoufos sont les autochtones de Kouto, tandis que les Malinkés, que nous appelons Dioulas, un terme qui signifie commerçants dans notre langue, constituent l’autre grande communauté. Il ne faut surtout pas les confondre avec les Diolas du Sénégal », précise Domia Koné.
Avec une population estimée entre 28.000 et 30.000 habitants, Kouto est à la fois chef-lieu de département, sous-préfecture et commune. « Les principales activités restent dominées par l’agriculture et l’élevage. À cela s’ajoute une forte présence de ressortissants étrangers, notamment des Sénégalais, Maliens, Burkinabés et Nigériens. C’est cette diversité qui façonne l’identité actuelle de Kouto, où la convivialité est une réalité quotidienne », assure le maire en poste depuis 2013.
Deux peuples, une même terre
La commune de Kouto repose essentiellement sur deux grandes composantes ethniques : les Sénoufo, autochtones et gardiens des traditions, et les Malinkés, appelés localement Dioulas. Les premiers incarnent l’âme originelle de Kouto. Leur présence est ancienne, enracinée bien avant les découpages coloniaux.
« Cette politique a fragmenté les Sénoufos entre plusieurs pays comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali et une partie du Ghana. Pourtant, à l’origine, nous formions un seul et même territoire », rappelle Domia Koné.
« Certaines thèses évoquent une origine venant d’Arabie saoudite, d’Égypte ou du Nigéria, mais d’autres soutiennent que les Sénoufos sont simplement originaires de ces terres. Ici, nous nous considérons comme des autochtones », affirme-t-il. Comme en Casamance, au Sénégal, les masques sénoufos racontent l’histoire des hommes, de la nature et des ancêtres.
« Chez nous, la culture repose essentiellement sur les masques et les bois sacrés, à l’image de ce que l’on retrouve en Casamance. Ce sont des espaces où règnent le secret et le sacré », confie M. Koné, ancien haut responsable de la Banque centrale des États de l’afrique de l’Ouest (Bceao), à Dakar.
Les Sénoufos sont majoritairement animistes. De l’avis du maire de Kouto, ils ne sont pas nés à la mosquée ni à l’église. « Nos croyances sont tournées vers les fétiches et les masques. Il est d’ailleurs rare de voir un Sénoufo pratiquer le christianisme », souligne-t-il.
Une ville en mutation
Face à eux, mais jamais en opposition, les Dioulas, majoritairement musulmans, apportent à Kouto leur sens du commerce et de l’échange. « Les Malinkés, pour la plupart musulmans, ont toujours joué un rôle central dans le commerce et les échanges. Cette complémentarité entre les communautés renforce notre cohésion sociale », explique Domia Koné.
Au-delà des Sénoufos et des Dioulas, Kouto accueille aussi des Sénégalais, Maliens, Burkinabés et Nigériens. « Dans la sous-région, la Côte d’Ivoire demeure l’un des pays les moins xénophobes. À Kouto, nous vivons dans une harmonie réelle et durable », insiste M. Koné.
Il y a quelques années de cela, la localité ne présentait pas un visage aussi reluisant. Aujourd’hui, le maire de cette collectivité territoriale soutient que les choses bougent dans cette ville. « Lorsque nous avons pris les rênes de la commune, Kouto avait encore l’allure d’un grand village.
Aujourd’hui, la ville s’est transformée et présente les traits d’une véritable cité moderne », se félicite Domia Koné. Des banques s’y sont installées, l’hôtellerie s’est développée et le Festival Porlahla contribue fortement à donner une nouvelle image à la commune. L’ancien haut responsable à la Bceao, qui a passé 21 ans à Dakar, estime qu’il faut saisir les opportunités que leur offre le Festival Porlahla, pour booster l’économie locale. À ses yeux, il faut en faire une vitrine culturelle et un tremplin touristique.
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« Kouto dispose de nombreux atouts touristiques, notamment des lacs sacrés, des cascades, un parc naturel, ainsi qu’une mosquée de style soudanais typique du nord ivoirien, classée au patrimoine mondial de l’Unesco », rappelle le maire Koné. La gastronomie ivoirienne est d’une grande richesse. Au-delà de l’attiéké et des poissons braisés, Kouto se distingue par son plat phare, le Tchonro, une sauce à base de feuilles de haricot accompagnée de viande ou de poisson.
« Ce plat est très répandu dans le nord du pays, une zone de savane, et fait pleinement partie de notre identité culinaire », précise le maire Domia Koné, trouvé dans son bureau, le mercredi 4 février 2026. Au-delà de l’harmonie qui règne dans cette ville, Kouto est également le miroir d’une Côte d’Ivoire résiliente. « Ce pays en perpétuelle construction est engagé depuis longtemps, dans une dynamique de développement initiée par le Président Félix Houphouët-Boigny, qui avait misé sur l’agriculture comme moteur de croissance », analyse l’ex-banquier.
Ville lointaine, Kouto avance, sans bruit excessif, mais avec assurance. Portée par ses Sénoufo et ses Dioulas, par ses masques, ses croyances et son ouverture, la commune incarne une Afrique qui puise dans ses racines pour mieux bâtir demain. Une terre de traditions, mais surtout une terre d’hommes et de femmes unis par l’essentiel : le vivre-ensemble.
De notre envoyé spécial en Côte d’Ivoire, Gaustin DIATTA


