De l’effervescence des Ag (Assemblées générales) du Saems-Cusems au calme feutré des cabinets ministériels, Mamadou Lamine Dianté a franchi le pont entre militantisme et politique sans perdre son calme légendaire. Pan de vie d’un « self-made man » du sud, réputé intraitable mais viscéralement homme de consensus.
L’homme a le commerce facile, le verbe haut des anciens meneurs d’hommes, mais le regard analytique du scientifique. Récemment nommé ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté n’est pas un héritier. C’est un bâtisseur. À Kolda, sa terre natale, son nom évoque immédiatement une lignée de médiateurs, à l’image de son grand frère Kamor, figure locale de la cohésion sociale. C’est ici, dans le bouillonnement du Fouladou, que s’est forgé le caractère de ce « self-made man », aujourd’hui pivot de la transformation de l’administration sénégalaise. Pour comprendre la trajectoire de Mamadou Lamine Dianté, il faut feuilleter son carnet de notes, marqué par les soubresauts de l’histoire scolaire du pays.
Titulaire d’un baccalauréat D en juillet 1990 décroché juste après la traumatisante année blanche de 1988, il pousse les portes de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad). À Dakar, la boueuse capitale sénégalaise, le jeune étudiant en Sciences naturelles apprend la résilience. Il traverse l’année invalide de 1993, survit à la session unique de 1994, et s’offre une Maîtrise en juillet 1995. Insatiable, il mène de front un DEA en Biologie végétale et une formation à l’École Normale Supérieure (actuelle Fastef). Sa quête de savoir ne s’arrêtera jamais. Un DEA en sciences de l’environnement en 2005, une incursion en ingénierie de formation à l’Ensetp en 2016, puis un Master 2 en Sciences de l’éducation à la Chaire Unesco en 2020 viennent muscler le CV de cet éternel apprenant. Seuls les Droits de l’Homme, à l’IDHP en 2015, lui résisteront, faute de financement. Une anecdote qui rappelle que l’homme s’est fait seul, à la force du poignet.
La craie, le mégaphone et l’amphi
Avant les lambris dorés du ministère, il y a eu la craie. Le professeur de Sciences de la Vie et de la Terre (Svt) a d’abord blanchi ses épaules au lycée El Hadji Baba Ndiongue de Podor dans la région de Saint-Louis, avant de rejoindre le Lycée moderne de Rufisque, puis le prestigieux Lycée Thierno Saidou Nourou Tall de Dakar comme professeur d’application. Mais le costume de l’enseignant est vite devenu trop étroit pour ce leader né. Très vite, le natif de Kolda troque parfois la blouse pour le mégaphone. Secrétaire général du Saemss-Cusems entre 2010 et 2016, coordonnateur du Grand cadre des syndicats de l’enseignement, il devient le visage d’une lutte enseignante « intraitable ». Face aux gouvernements successifs, il négocie, ferraille, mais ne rompt jamais le fil du dialogue. Porte-parole des syndicats aux Assises nationales de l’éducation en 2014, il s’impose comme un interlocuteur incontournable.
Cette expertise de l’humain, il la transmettra plus tard dans le privé, devenant formateur en Leadership et Gestion des ressources humaines dans les plus grands instituts de la place (Iam, SupDeCo, Iseg). Entre le syndicalisme et la politique, le pont est étroit, mais Mamadou Lamine Dianté l’a franchi avec méthode. Engagé dans le Front de résistance nationale (Frn), il crée son propre navire : le « Mouvement pour une Citoyenneté Engagée (Mce / Jeriñ Sa Askan) ». Son sens de l’organisation tape dans l’œil de l’opposition montante. Membre de la Conférence des Leaders de Yewwi Askan Wi, il devient le chef d’orchestre de Lacos (leaders alliés du candidat Ousmane Sonko) puis le coordonnateur national de la Coalition Diomaye Président lors de l’historique campagne de 2024. Récemment installé à la tête du Haut Conseil du Dialogue social, sa nomination au ministère de la Fonction publique sonne comme une suite logique. À Kolda comme à Dakar, l’attente est forte. Mais le nouveau ministre possède une arme secrète, le sens du consensus hérité de ses parents. Pour ce manager du social, la réforme de l’État ne sera pas une guerre, mais une coproduction. L’ancien syndicaliste radical est désormais le garant de la paix sociale. Un costume sur mesure. Bien taillé !
Ibrahima KANDE (Correspondant)

