Serigne Aliou Mbacké, spécialiste des marchés publics, n’est pas un novice sur la scène publique. Avant de se lancer dans l’arène politique, il s’est fait connaître à travers ses œuvres littéraires. Auteur de trois ouvrages publiés chez « L’Harmattan », dont « Afro-virus : comment déconfiner les mentalités africaines » ou encore « Le Modèle Mouride », il explique ses motivations dans un entretien au « Soleil » : « On ne peut pas diagnostiquer les maux de la société sans vouloir ensuite les guérir en s’impliquant directement. »
Un parti de plus sur l’échiquier ? En tout cas, le Mpec-Xàll yoonu dëgg (Mouvement pragmatique pour l’éthique et la citoyenneté) veut avoir comme originalité « le non-alignement sur une idéologie et la rupture d’avec le clivage pouvoir/opposition qui n’engendre », selon son fondateur, « que la déception des populations ».
Il estime qu’après leur choix électoral, ces dernières n’ont plus de prise sur le jeu politique. Partant de ce constat, lui et les membres fondateurs veulent initier une démarche dans laquelle « le temps politique ne sera pas toujours électoral mais aussi centré sur le quotidien ». « L’idée de lancer un parti a germé avant l’élection présidentielle de 2024 et la conjoncture actuelle nous a confortés dans l’idée que s’en tenir à regarder, c’est être complice ».
Leur stratégie ? « Diagnostics sectoriels, propositions et alternatives, plaidoyer et veille continue » seront leurs maîtres-mots. Son parcours professionnel est celui d’un haut fonctionnaire aguerri. Actuellement coordonnateur de la Cellule de passation des marchés à l’Agence de construction des bâtiments et édifices publics (Acbep), ce membre de la famille de Darou Khoudoss, titulaire de trois Masters, a géré des dossiers pour le compte du gouvernement, incluant des financements de la Banque mondiale.
Avant, il a été chef de division des marchés au ministère de l’Intérieur. Le Mpec, dont le lancement a été effectué le vendredi 17 juillet 2026 à Mbacké, se veut un mouvement de rupture, non pas avec les hommes, mais avec un système que Serigne Aliou Mbacké juge « autoreproducteur » et « clientéliste ». Le manifeste du mouvement prône un « pragmatisme éthique » où « les stratégies peuvent évoluer, mais les principes d’intégrité, de refus des discriminations, du culte de l’État de droit restent intangibles ».
« Former des Sénégalais compétents »
Ce qui distingue le Mpec, c’est son architecture complexe qui sort du cadre du simple parti électoraliste. Le mouvement ambitionne de devenir une école de formation, le « Nouveau Type de Citoyen ». « Nous ne voulons pas seulement gagner des élections. Nous voulons former des Sénégalais compétents, éthiques et prêts à servir l’État. Le pouvoir est une responsabilité avant d’être un poste », martèle-t-il.
Serigne Aliou Mbacké insiste sur le côté concret du projet. Le Mpec s’est doté de 16 comités spécialisés calqués sur l’action publique, qui permettent de proposer des solutions techniques plutôt que de simples critiques. Mais c’est le Guichet Mpec d’appui à l’entrepreneuriat (Gmae) qui incarne le mieux sa philosophie.
« On ne peut pas parler de justice sociale sans offrir des perspectives. Le Gmae est un outil pour aider les Sénégalais à créer leurs entreprises, à chercher des financements et même à accompagner la réinsertion des personnes sortant de détention ». Cet ancrage économique est complété par un déploiement territorial méthodique, des communes aux régions, avec une attention particulière portée à Touba, où le mouvement s’implante.
Quid des références identitaires ? « Comprendre la pensée de Serigne Touba, c’est prôner l’ouverture et la diversité », dit-il, non sans préciser que le lancement symbolique a lieu certes à Mbacké, mais il se déploie aussi aux Parcelles Assainies et à Keur Massar, avant les régions.
Après des années à enseigner le droit des marchés publics à l’Ucad et récemment à l’Université de Touba, Serigne Aliou Mbacké lance un appel vibrant : « Je lance un appel aux universitaires, aux professionnels fatigués de voir leurs compétences ignorées, à la jeunesse qui attend autre chose que des promesses. Le vrai chemin ne s’impose pas, il s’ouvre ensemble ». Le Mpec entend aller à l’assaut des urnes dès les prochaines élections locales.
Samboudian KAMARA


