Une étude menée par des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar met en évidence une dégradation préoccupante de la qualité microbiologique des eaux en sachet commercialisées à Dakar et à Mbour. La présence d’indicateurs de contamination d’origine fécale dans la majorité des échantillons soulève de sérieuses préoccupations de santé publique.
Dans les rues de Dakar et de Mbour, les sachets d’eau sont devenus un produit de consommation courante. Vendus à bas prix, ils sont consommés quotidiennement par des milliers de personnes. Mais une étude scientifique, présentée le 23 juin 2026, remet sérieusement en question leur innocuité.
Les travaux, réalisés entre août et septembre 2025 par des chercheurs de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ont porté sur 50 marques d’eau en sachet et 100 échantillons collectés dans les deux villes. Les analyses ont été effectuées au Laboratoire de microbiologie appliquée et de génie industriel afin d’évaluer la qualité microbiologique de ces eaux destinées à la consommation.
Parmi les paramètres analysés figure la Flore aérobie mésophile totale (Famt), qui désigne l’ensemble des bactéries capables de se développer en présence d’oxygène à différentes températures. Cet indicateur permet d’évaluer le niveau global de contamination microbienne d’une eau. Les résultats sont préoccupants. Selon l’étude, « 80% des échantillons sont fortement contaminés par la Famt à 37 °C » et « 84% par la Famt à 22 °C », ce qui révèle une charge bactérienne particulièrement élevée.
Les chercheurs ont également recherché la présence de bactéries indicatrices de pollution fécale, notamment les coliformes fécaux et les streptocoques fécaux. Ces micro-organismes, naturellement présents dans les intestins des humains et des animaux, constituent des marqueurs de contamination par des matières fécales, généralement liée à des insuffisances d’hygiène au cours de la production, du conditionnement ou de la distribution.
À ce sujet, l’étude, dont l’intégralité n’a pas encore été rendue publique, indique que « 80% des échantillons présentent des coliformes fécaux et des streptocoques fécaux », confirmant ainsi une contamination d’origine fécale largement répandue.
Le constat est encore plus inquiétant lorsqu’on examine la qualité globale des eaux analysées. Les auteurs précisent que « seuls 2% des échantillons sont satisfaisants et 2% sont acceptables », ce qui signifie que la quasi-totalité ne respecte pas les normes microbiologiques de potabilité.
Dans le détail, « 14% sont jugés non satisfaisants », tandis que « 82% des échantillons sont corrompus ; ils ne répondent donc pas aux critères microbiologiques de potabilité et sont strictement impropres à la consommation », soulignent les chercheurs.
Face à ces résultats, les auteurs de l’étude appellent les autorités sanitaires à agir rapidement. Ils recommandent « la mise en œuvre d’un plan stratégique de régulation et d’amélioration du secteur, fondé sur une approche intégrée et participative associant l’ensemble des acteurs concernés ».
Dans un contexte où l’eau en sachet constitue une solution accessible et largement consommée à Dakar comme à Mbour, cette étude relance le débat sur la sécurité sanitaire de ce produit du quotidien et sur le renforcement des contrôles de qualité.
Par Babacar Guèye DIOP

