Le 23 avril 2026, dans l’amphithéâtre de l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim (Ucak) de Touba, les applaudissements ne célébraient pas seulement la sortie de la première promotion de l’établissement. Ils saluaient aussi le parcours exceptionnel de Mame Diarra Dieng. À 22 ans, cette jeune diplômée est sortie major de la filière Sciences infirmières et obstétricales du département des Sciences et métiers de la santé (Sms). Une distinction qui ne constitue pour elle qu’une étape vers un objectif plus ambitieux : décrocher un doctorat.
TOUBA – Il y a trois ans, Mame Diarra Dieng quittait Dakar pour rejoindre une université qui venait à peine d’ouvrir ses portes. Un pari audacieux. Aujourd’hui, ce choix lui donne raison. À 22 ans, la jeune native de Darou Khoudoss est devenue major de la première promotion en Sciences infirmières et obstétricales de l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim (Ucak). Et elle voit déjà plus loin : le doctorat.
Originaire de Touba, Mame Diarra Dieng incarne une jeunesse déterminée à réussir par le travail et la persévérance. Son parcours scolaire débute dans un daara, comme c’est le cas pour de nombreux enfants de la cité religieuse. Elle poursuit ensuite sa scolarité à l’école privée Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma, où elle acquiert les bases de sa formation.
Après l’obtention de son baccalauréat en 2023 au lycée de Mbacké, elle se tourne naturellement vers les études supérieures. Son premier choix se porte sur l’École supérieure polytechnique (Esp) de Dakar, où elle est admise au département de génie biomédical, une orientation qui semblait alors correspondre à ses aspirations.
Mais le destin en décide autrement. Quelques semaines après son installation à Dakar, l’ouverture de l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim offre de nouvelles perspectives aux étudiants de la région. Sur les conseils de son père, elle décide de regagner Touba pour intégrer cette nouvelle université. « Dès l’ouverture de l’Ucak, je suis retournée à Touba sur recommandation de mon père », confie-t-elle.
Une décision qui s’avérera déterminante. Réorientée vers le département des Sciences et métiers de la santé, elle intègre la filière Sciences infirmières et obstétricales. Comme tous les étudiants de cette première cohorte, elle s’engage dans une aventure académique encore inédite, mêlant enthousiasme et incertitudes.
Être parmi les premiers étudiants d’un établissement universitaire constitue, en effet, un défi particulier. L’absence de recul sur la qualité de la formation, les interrogations sur la reconnaissance des diplômes ou encore les incertitudes liées au fonctionnement de la nouvelle institution suscitaient des inquiétudes. « En tant que première promotion, nous avions des doutes sur l’aboutissement de notre formation », se souvient-elle.
Au fil des années, ces appréhensions laissent toutefois place à la confiance. Entre les enseignements théoriques, les travaux dirigés, les séances pratiques et les nombreux stages effectués dans les structures sanitaires, les étudiants développent progressivement les compétences indispensables à l’exercice de leur futur métier.
Pour Mame Diarra Dieng, cette expérience s’est révélée particulièrement enrichissante. Les stages réalisés dans les hôpitaux de Touba ainsi que dans plusieurs structures sanitaires rurales lui ont permis de découvrir les réalités du terrain et les exigences de la profession infirmière. Elle y a également compris toute l’importance de la relation humaine dans la prise en charge des patients.
La jeune diplômée met aussi en avant la spécificité de l’Ucak. Selon elle, l’université ne se limite pas à la transmission des connaissances scientifiques et techniques. Elle accorde également une place importante à la formation religieuse et morale de ses étudiants.
À ses yeux, cette articulation entre enseignements académiques et valeurs islamiques constitue l’une des principales forces de l’établissement. Elle favorise, estime-t-elle, la formation de professionnels de santé conscients de leurs responsabilités éthiques et soucieux de préserver la dignité des patients. « Les enseignements islamiques nous ont permis d’acquérir des valeurs importantes dans la relation avec les patients », explique-t-elle.
Elle souligne également la qualité de l’encadrement pédagogique ainsi que les infrastructures mises à la disposition des étudiants.
Si son parcours universitaire avait commencé par le génie biomédical, Mame Diarra Dieng affirme aujourd’hui avoir trouvé sa véritable vocation dans les sciences infirmières et obstétricales. « Je me sens pleinement épanouie dans cette profession, même si ce n’était pas mon premier choix », reconnaît-elle.
Pour elle, le métier d’infirmière dépasse largement le cadre d’un simple emploi. Il représente un engagement au service de la population. « Le fait de prodiguer des soins à un patient revêt une très grande signification pour moi », affirme-t-elle.
Au-delà des soins, elle souhaite également contribuer à améliorer les relations entre les professionnels de santé et les usagers. Avec ses camarades de promotion, elle estime que la qualité de l’accueil, de l’écoute et de l’accompagnement doit devenir une priorité dans les structures sanitaires.
La formation reçue à l’Ucak, notamment en éthique et en déontologie, leur fournit, selon elle, les outils nécessaires pour relever ce défi. « En tant que diplômés de l’Ucak, nous devons montrer le bon exemple sur nos lieux de travail », lance-t-elle à l’endroit de ses condisciples.
Aujourd’hui titulaire d’une licence en Sciences infirmières et obstétricales, Mame Diarra Dieng ne considère pas ce diplôme comme une finalité. Bien au contraire, elle y voit une étape vers des objectifs plus ambitieux.
Soucieuse d’approfondir ses connaissances et de contribuer davantage au développement du secteur de la santé, elle nourrit l’ambition de poursuivre ses études jusqu’au doctorat. Elle espère notamment que l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim ouvrira prochainement un cycle de master dans sa spécialité, ce qui lui permettrait de poursuivre son cursus dans l’établissement qui a accompagné son ascension académique.
En attendant cette nouvelle étape, la major de promotion séjourne à Darou Khoudoss. Elle reste à l’écoute des opportunités professionnelles et espère décrocher un nouveau stage susceptible de faciliter son insertion sur le marché du travail.
À travers son parcours, Mame Diarra Dieng apparaît comme l’un des visages les plus prometteurs de la première génération de diplômés de l’Ucak. Son histoire illustre les ambitions d’une jeunesse tournée vers l’excellence et les espoirs placés dans cette jeune université, appelée à contribuer à la formation des ressources humaines dont le Sénégal a besoin, notamment dans le secteur stratégique de la santé.
Par Birane DIOP (Correspondant)

