Grâce à la simulation immersive, l’Académie de l’OMS, basée à Lyon, en France, plonge les professionnels de santé au cœur des urgences sanitaires. Devant prendre des décisions en urgence en période de crise, ils sont outillés à travers des scénarios d’urgence grandeur nature. Ces sessions de renforcement des capacités participatives et collaboratives ont pour but ultime de préparer les équipes à faire face efficacement aux crises sanitaires réelles.
LYON – Subitement, des sirènes retentissent. Des gyrophares sont déclenchés. Des ambulances se bousculent pour se frayer un chemin. La scène se passe devant un hôpital où l’alerte est lancée pour une intervention immédiate. Une urgence sanitaire vient, en effet, d’être signalée. La peur s’installe.
Nous sommes le lundi 6 avril 2026 à l’Académie de l’Organisation mondiale de la santé basée à Lyon, en France, précisément à la salle de simulation. Un écran géant occupant toute la longueur de cet espace est activé, donnant l’impression de vivre une situation d’urgence réelle. Sauf que nous nous situons dans un environnement purement immersif. Un hôpital virtuel. C’est bien un exercice de simulation dédié à des professionnels de santé ; afin qu’ils puissent prendre les bonnes décisions et agir rapidement en cas d’urgence.
« La simulation est l’une des meilleures techniques d’apprentissage pour des équipes. C’est pour apprendre à travailler ensemble, en coordination dans une situation immersive, c’est-à-dire basée sur un scénario qui n’est pas vrai, mais sur des expériences d’avant ou d’autres urgences comme Ebola, la pandémie de Covid-19 », explique le Dr Bart Janssens, responsable de l’Unité formation et renforcement des capacités de l’Académie de l’OMS.
Il ajoute qu’à partir des urgences sanitaires citées, ils ont « recréé certains scénarios, pour que les équipes apprennent à travailler ensemble et chacune dans son rôle. Elles peuvent, en plus, être connectées avec d’autres équipes partout dans le monde et créer un scénario qui est presque réel, c’est-à-dire qui se déroule au même rythme qu’une vraie urgence ».
Selon lui, c’est de cette façon que ces personnels vont apprendre parce qu’ils sont tous dans un Centre d’opération d’urgence (Eoc ou Emergency operating center). Donc, ils ont un travail dans un autre poste. « Ils se mettent en équipe de coordination d’urgence. C’est quelque chose qu’il faut apprendre et la meilleure manière de le faire, c’est la réalité ou par la simulation. C’est un peu de cette façon que les pilotes d’avion apprennent avant de prendre les commandes », renseigne le Dr Janssens.
Deux environnements immersifs disponibles
Pour l’instant, il n’existe que deux environnements immersifs à l’Académie de Lyon, précise le Dr Florentina Rafael, chargée de la mise en œuvre des formations sur site et dans les pays. Guidant la visite d’une équipe de journalistes invités au Sommet de Lyon sur le « One Health » (6-7 avril 2026), elle fait savoir qu’il s’agit de la simulation d’une urgence sanitaire à travers un hôpital et d’un incendie. « Par rapport aux scénarios proposés, des décisions doivent être prises pour faire face à l’urgence », souligne-t-elle.
En pratique, poursuit la spécialiste, « la simulation consiste à partir, par exemple, d’une épidémie quelconque. L’idée, c’est de donner des instructions aux professionnels qui suivent la formation. On leur demande ensuite de mettre en place un Centre d’opération d’urgence, de choisir les fonctions minimales critiques dans un contexte de faibles ressources en termes technologique et humain ».
Elle fait savoir que différents équipements sont utilisés pour rendre les scénarios réels. Pour Mme Rafael, des formations variées sont offertes aux équipes qui peuvent être du même cabinet ou du même département. « Les participants peuvent prendre leurs rôles ou des rôles différents pour voir comment fonctionnent les autres et mieux comprendre les difficultés que certains collègues peuvent avoir », explique-t-elle.
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La formation immersive peut concerner aussi bien des personnes qui sont sur place, au niveau de l’Académie de Lyon, que d’autres basées dans leurs pays et postes respectifs. « Sur le terrain, elles ont juste besoin d’un ordinateur et d’écouteurs. Le facilitateur a la sensation et l’impression qu’il est sur place », décrit le Dr Florentina Rafael, qui évoque ainsi l’expérience offerte à travers le laboratoire d’innovation avec une solution digitale plus intéressante que les réunions qui se font via des plateformes comme WhatsApp ou Teams.
Pour matérialiser les scénarios définis avant de passer à la simulation proprement dite, des organisations peuvent mettre à leur disposition des équipements ou bien « on les emprunte », indique la chargée de la mise en œuvre des formations sur site et dans les pays. Selon elle, le briefing en début d’exercice permet de donner des rôles aux différents participants, de définir les règles de l’exercice.
Après la simulation, « le debriefing est tout aussi important puisque nous accueillons les feedbacks des participants en termes d’émotion, de stress, de compétences qu’ils ont acquises, de ce qui s’est bien passé, de ce qui peut être amélioré.
Formuler des réponses et agir vite
Il y a un écran ; on peut enregistrer et faire une projection afin d’évaluer la séquence », explicite le Dr Florentina Rafael. Elle souligne que l’objectif de ces formations qui se font sur place et en ligne est d’offrir la possibilité aux décideurs publics de formuler des réponses lorsqu’il y a une urgence sanitaire afin d’agir le plus rapidement possible, dans la mesure où les décisions sont souvent prises sous pression.
« Ici, nous formons des professionnels à prendre des décisions. Au-delà, nous utilisons les recommandations de l’OMS pour améliorer les réponses, les standardiser. Et chaque pays s’adapte ». À titre d’exemple, l’experte fait savoir qu’un exercice de simulation a réuni 23 pays de la région Europe. Ces derniers ont eu alors l’occasion de « tester l’utilisation de leur centre de crise ».
Mais, le Dr Rafael précise que, l’Europe étant très vaste, « les pays n’utilisent pas tous l’espace de crise de la même façon. Il est important ainsi de partager les expériences ». Selon elle, l’Académie de Lyon travaille en étroite collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé dans l’élaboration des scénarios.
« Nous travaillons avec l’équipe du siège à Genève qui apporte le contenu technique. Nous apportons ensuite l’expertise pédagogique. Les recommandations viennent toujours de l’OMS. Même quand nous impliquons des pays, il y a des collègues soit du bureau pays, soit de la région ».
L’information étant une composante clé de la riposte, le Dr Florentina Rafael relève que dans la structuration de l’OMS pour la réponse aux évènements quelconques, le pool sur la communication de risque intervient pour voir comment on engage les personnes pour les réactions.
« Dans les scénarios, nous introduisons aussi de la désinformation, des fake news. Nous travaillons avec les équipes pour savoir comment elles peuvent répondre. Elles ne sont pas toujours spécialisées dans la communication, mais elles doivent travailler avec les partenaires de la communication pour pouvoir répondre à ces informations », explicite-t-elle.
De notre Envoyée spéciale en France, Maïmouna GUÈYE


