Après un accouchement, la joie devrait être au rendez-vous. Pourtant, pour certaines femmes, les semaines qui suivent la naissance sont marquées par une tristesse profonde et persistante. La dépression post-partum, encore peu connue, touche environ 13 % des mères dans le monde, et jusqu’à 20 % dans certains pays à revenus faibles ou intermédiaires, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms). À travers des témoignages, des mères racontent ce qu’elles traversent réellement, entre fatigue, solitude et douleur intérieure.
La chambre est calme, seulement rythmée par les toussotements d’une enfant de trois ans et le léger bruit du ventilateur. F.K., jeune maman, tient son dernier enfant dans les bras. Visage fermé, elle le berce doucement.
« Quand mon premier enfant est né, je faisais tout ce qu’une mère doit faire. Je le nourrissais, je le lavais. Mais, à l’intérieur, c’était vide », confie-t-elle d’une voix basse. Son bébé est né avec une hydrocéphalie, nécessitant une attention constante. F.K avait également souffert de goitre, mais elle ne présente plus de symptômes aujourd’hui.
« Mon corps avait déjà été fatigué avant même la naissance, et dans ma tête, c’était encore plus lourd », raconte-t-elle. Malgré les félicitations et les visites, F.K. ne ressent pas la joie attendue. « Les gens me disaient que j’étais chanceuse d’être mère. Mais moi, je pleurais souvent, sans comprendre pourquoi », confie-t-elle, le sourire presque léger, comme pour montrer que ses émois d’antan se sont dissipés.
Lire aussi: « Une souffrance profonde qui peut mettre en danger la mère comme l’enfant » (2/2)
A.D., une autre jeune mère, se souvient de nuits interminables. « Même quand mon bébé dormait, je restais éveillée. Je pensais sans cesse : ai-je fait quelque chose de mal ? Va-t-il tomber malade ? », explique-t-elle.
Dans ces moments, l’entourage ne comprend pas toujours. « On me disait que c’était normal, que toutes les femmes passaient par là. Mais ce que je vivais était différent », ajoute A.D.
Mère de deux enfants, S.N., quant à elle, évoque un autre aspect douloureux : « Je m’occupais de mon bébé, mais je ne ressentais pas de lien avec lui. J’avais l’impression d’être à côté de ma propre vie », témoigne-t-elle.
Pour F.K., la situation est encore plus complexe, entre la maladie de son enfant et sa propre fatigue. « Il avait besoin de moi plus que les autres bébés. Et moi, je n’arrivais même pas à être forte. Finalement, c’est ma mère qui s’en occupait », dit-elle.
La détresse qui s’installe
Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), la dépression post-partum peut apparaître dès les premières semaines et durer plusieurs mois, affectant profondément la vie quotidienne d’une mère et sa capacité à s’occuper de son enfant.
« Il y a des jours où je n’avais même pas la force de me lever, confie F.K. Je n’avais pas le choix, mais tout semblait lourd et insurmontable. »
Parfois, les pensées deviennent sombres. « Je me suis déjà dit que ce serait plus simple si je disparaissais », avoue A.D. Ces confessions, longtemps gardées secrètes, révèlent la gravité de la détresse vécue par ces femmes.
Mais, dans l’obscurité, quelques lumières apparaissent. Pour S.N., un simple geste a changé la donne. Une sage-femme lui a demandé comment elle allait vraiment. S.N. a commencé à pleurer et, pour la première fois, elle a compris qu’elle avait besoin d’aide.
F.K. a également trouvé un début de soutien auprès d’une « badienou gokh » (marraine de quartier), qui lui a parlé de « meret », un terme wolof utilisé pour décrire un état de profonde tristesse après l’accouchement. On lui a expliqué que ce n’était pas de sa faute. Ces mots ont changé quelque chose en elle.
« Il y a encore des jours difficiles. Mais je comprends mieux ce que je ressens. Je me bats pour lui, mais aussi pour moi », dit-elle en regardant enfin son bébé avec un peu plus de légèreté.
Amadou KEBE

