Selon Dr Dieynaba Bassine Baldé, médecin en spécialisation en psychiatrie à la clinique Moussa Diop de Fann, la dépression post-partum reste largement sous-estimée.
Longtemps reléguée au silence, la dépression du post-partum touche pourtant de nombreuses femmes après l’accouchement. Entre pressions sociales, vulnérabilités individuelles et difficultés économiques, ce trouble psychiatrique reste encore largement méconnu. Ses conséquences peuvent être graves lorsqu’il n’est pas détecté à temps.
Dieynaba Bassine Baldé, médecin en spécialisation en psychiatrie à la clinique Moussa Diop de Fann, a consacré sa thèse de doctorat à cette problématique. Elle en décrypte les mécanismes, les signes et les pistes de prise en charge.
« On considère souvent que la maternité doit être un moment de bonheur absolu. Lorsqu’une femme ne ressent pas cela, elle culpabilise et se tait », explique Dr Dieynaba Bassine Baldé. Elle précise d’emblée que la dépression post-partum, encore appelée dépression postnatale, survient après l’accouchement. Il ne s’agit pas d’une simple tristesse passagère, mais d’une souffrance profonde, durable, qui dépasse deux semaines et devient difficile à surmonter sans accompagnement.
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Dans notre contexte, elle peut apparaître très tôt après la naissance, mais aussi s’installer progressivement jusqu’à deux ans après, poursuit la doctorante. Selon la spécialiste, cette maladie se manifeste par une tristesse persistante, une perte d’intérêt pour les activités habituelles, une fatigue intense, des troubles du sommeil, un sentiment de culpabilité et des pensées anxieuses centrées sur l’enfant.
« Dans les formes les plus graves, des idées suicidaires peuvent apparaître, mettant en danger la mère et l’enfant », alerte-t-elle.
Concernant les facteurs de risque, ils sont à la fois individuels et environnementaux. « Une étude menée à Dakar dans douze centres de santé a montré que plusieurs éléments reviennent fréquemment : l’insatisfaction liée au suivi de la grossesse, les événements traumatisants vécus pendant la grossesse ou l’accouchement, la violence conjugale, les difficultés économiques ou encore la maternité en situation de célibat. Tous ces facteurs créent un terrain de vulnérabilité » précise t-elle.
Briser le silence pour mieux accompagner
Malgré la gravité de la situation, des solutions existent. La prise en charge repose sur un accompagnement global : soutien psychologique, amélioration des conditions de vie, techniques de gestion du stress et, si nécessaire, traitement médical. Le rôle de l’entourage est également déterminant.
« Le soutien familial, conjugal et social peut faire toute la différence. Il faut être attentif aux signes, éviter de juger et encourager la femme à consulter. Une écoute bienveillante peut déjà soulager une partie de la souffrance. Il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’une véritable maladie », insiste-t-elle.
La prise en charge est adaptée à chaque patiente. « On tient compte notamment de l’allaitement, qui influence le choix des traitements. En première intention, on recommande des mesures hygiéno-diététiques », explique la psychiatre.
Celles-ci incluent une alimentation équilibrée, mais aussi des pratiques comme la pleine conscience (mindfulness), qui aide à mieux gérer les émotions en se reconnectant au moment présent. « La marche afghane est également conseillée. Cette technique, basée sur une respiration rythmée, favorise l’apaisement et la stabilité émotionnelle », ajoute-t-elle.
La psychothérapie occupe également une place centrale. Elle permet de travailler sur les causes profondes de la dépression, qu’elles soient personnelles ou liées à l’environnement.
« Si nécessaire, on peut recourir à des antidépresseurs compatibles avec l’allaitement. Enfin, dans les cas les plus sévères, une hospitalisation peut être envisagée, idéalement dans une unité spécialisée afin de préserver le lien entre la mère et son enfant. »
A.KEBE

