Conduites dans 3 pays d’Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Sénégal), deux études ciblant des jeunes âgés de 15 à 24 ans montrent une évolution des comportements dans l’accès à l’information sur la santé de la reproduction. Même si le rôle de leurs pairs reste primordial, nombreux sont ceux qui se tournent maintenant sur les plateformes numériques pour s’informer.
Deux études menées au Sénégal, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire auprès de jeunes âgés de 15 à 24 ans, dans le cadre de la Campagne 360 du programme « C’est la vie ! » du Réseau africain pour l’éducation, la santé et la citoyenneté (Raes) ont été présentées le 6 juillet 2026. C’était lors du lancement, à Toubab Dialaw, à quelque 50 kilomètres au sud de Dakar, du quatrième « Atelier régional de synergie » (6-8 juillet 2026). Ce dernier vise à renforcer les collaborations entre les différents acteurs, favoriser le partage d’expériences et identifier de nouvelles opportunités de partenariat afin de maximiser l’impact collectif des interventions en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs.
Sur les principaux enseignements sortis de cette enquête, dont la première partie s’est déroulée de décembre 2023 à février 2024 et la seconde entre juin 2025 et octobre 2025, figure le fait qu’aujourd’hui, pour s’informer sur leur santé reproductive, les jeunes se tournent de plus en plus vers les plateformes numériques. « Ils préfèrent contacter un call center, discuter avec quelqu’un sur WhatsApp ou utiliser un chatbot plutôt que d’aller voir directement une infirmière ou une pharmacienne qui pourrait les juger ou ne pas leur donner le produit », fait savoir Yaye Deffa Wane, chargée de recherche pour le projet « C’est la vie » du Raes.
Selon elle, cette préférence se justifie par plusieurs raisons, dont « la confidentialité. « Le fait de ne pas être reconnu et que personne ne sache qu’ils sont venus demander telle ou telle information » pousse les jeunes à éviter les structures de soins classiques qui ne garantissent pas souvent l’anonymat : la deuxième raison qui les motive à vouloir maintenant investir les plateformes numériques. Le troisième motif évoqué par les jeunes a trait à l’accessibilité géographique. « Se déplacer peut être compliqué ou coûteux, alors qu’en ligne, il suffit d’avoir un peu de connexion ou d’appeler un numéro vert », explique Mme Wane. Toutefois, les deux études ont fait ressortir l’éminent rôle que jouent les jeunes leaders qui constituent aussi une force dans la mesure où ils ont une « puissance beaucoup plus grande que ceux des influenceurs et des rôles modèles », soutient la chargée de recherche du programme « C’est la vie ! » Et pour cause, explicite-t-elle, « la base, c’est la confiance. Ils connaissent le leader qui les a intégrés dans le groupe. Même pour les questionnaires qu’on leur envoyait, ils répondaient beaucoup plus facilement que les autres qu’il fallait souvent relancer. Ils ont, par exemple, montré davantage d’évolution sur la connaissance des méthodes contraceptives, le recours aux services ou encore le fait d’aller en parler à un ami ou à un parent ».
Concernant l’approche parentale, qui ne figurait pas dans la première recherche, elle a été suggérée par les jeunes. « Ce sont les jeunes eux-mêmes qui, pendant les focus groups, ont dit qu’il était important qu’ils soient associés. Dans la seconde recherche, on a constitué un groupe avec des parents. Cela a confirmé que les jeunes avaient peur de parler de sexualité avec eux et qu’il fallait justement les intégrer parce qu’ils constituent leur influence la plus directe », clarifie Yaye Deffa Wane, soulignant la présence des religieux qu’ils sont « en train d’étudier, car ils influencent directement les parents ». « C’est donc tout un cercle qu’il faut couvrir », indique-t-elle.
Le dialogue interpersonnel avec les nombreux groupes de jeunes qui se connaissent et qui se font confiance est aussi ressorti comme un élément important dans l’étude, étant entendu que les jeunes vont oser se confier à leurs pairs, chercher l’information et apprendre.
Un autre point essentiel concerne le contenu narratif qui favorise l’engagement. « Le fait de raconter des histoires, comme dans la série « C’est la vie ! », permet aux jeunes de s’identifier à un personnage dont le parcours comporte des hauts et des bas. Ils peuvent alors reproduire des attitudes positives ou éviter les comportements négatifs en voyant leurs conséquences », affirme la chargée de recherche du programme « C’est la vie ! » du Raes.
La notoriété des influenceurs ne garantit pas la confiance
La première approche, qui a été expérimentée dans le cadre des deux études ciblant des jeunes âgés de 15 à 24 ans au Sénégal, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, a concerné les tests sur les rôles modèles et les influenceurs. « On s’est rendu compte que ce soit les contenus, les rôles modèles ou les influenceurs, ce n’est pas ce qui compte le plus. En effet, les jeunes vont nous dire, par exemple, que le rôle modèle, ils ont confiance en lui parce que c’est un jeune qui vient témoigner de ce qui a pu arriver dans sa vie. Cela crée un sentiment d’identification où ils vont se dire : « ah, ça pourrait m’arriver et je vais faire attention », fait savoir Yaye Deffa Wane, chargée de recherche au programme « C’est la vie ! » du Raes. Par contre, souligne-t-elle, ils n’ont pas forcément confiance à un influenceur. « Les jeunes savent que les influenceurs sont rémunérés pour diffuser des messages. En revanche, ces derniers ont un avantage : ils amplifient énormément la diffusion grâce à leurs grandes communautés », clarifie-t-elle. Mme Wane précise que quand les influenceurs publient quelque chose, beaucoup plus de personnes peuvent être touchées. Pour cette raison, elle fait savoir que la collaboration avec les influenceurs va se poursuivre, « mais de manière ponctuelle et lorsque cela sera nécessaire ». Pour la chargée de recherche du programme « C’est la vie ! », « leur rôle sera surtout d’amplifier les messages ».
Pour produire un véritable impact, elle estime qu’il est important de « miser sur des rôles modèles et sur des groupes de jeunes qui échangent entre eux ».
Maïmouna GUÈYE


