Dr. Bacary Thior est praticien hospitalier, anesthésiste-réanimateur, spécialiste en santé publique et expert en sécurité nationale. Dans cet entretien, il analyse les risques liés à la contamination de l’eau potable d’origine fécale, les maladies associées, les populations les plus exposées ainsi que les mesures de prévention à renforcer pour protéger les consommateurs.
Quels risques sanitaires une contamination d’origine fécale dans l’eau potable peut-elle provoquer ?
L’eau est la première source d’hydratation dans tous les pays du monde. Par conséquent, tout incident qui affecte sa qualité peut avoir des conséquences néfastes sur la santé. Une contamination de l’eau représente un véritable problème de santé publique, car elle est susceptible d’affecter plusieurs personnes en même temps.
Quelles maladies observe-t-on le plus souvent dans ce type de contamination alimentaire ou hydrique ?
On observe le plus souvent les maladies dites du « péril fécal ». Selon le type de germe en cause, les maladies peuvent varier. Les premiers symptômes sont généralement la diarrhée et les douleurs abdominales. Parmi les maladies les plus fréquentes figure le choléra, principale cause de diarrhée aiguë sévère pouvant être mortelle en cas de mauvaise prise en charge. On peut également rencontrer la dysenterie ainsi que d’autres infections, selon le micro-organisme responsable.
Les sachets d’eau contaminés représentent-ils un risque immédiat ou surtout à long terme pour la population ?
Un sachet d’eau contaminé représente un danger en fonction du type de microbe, de sa concentration et de sa virulence. Les risques peuvent se manifester à court comme à moyen terme. Par ailleurs, les sachets eux-mêmes, notamment lorsqu’ils sont conservés dans de mauvaises conditions ou exposés au soleil, peuvent avoir des conséquences à long terme. Selon des études chinoises, le plastique soumis à certaines températures serait associé à des facteurs favorisant certains cancers. Je rappelle qu’au Sénégal, l’utilisation des sachets en plastique est interdite.
Quelles populations sont les plus vulnérables face à ce type de contamination ?
Les populations les plus vulnérables sont celles qui consomment le plus cette forme d’eau. Plus généralement, toute personne présentant une maladie sous-jacente ou dont le système immunitaire est fragilisé est plus susceptible de développer une maladie qu’une personne bénéficiant d’une bonne immunité.
Quelles mesures de prévention recommandez-vous aux autorités et aux consommateurs pour réduire ce risque ?
J’invite d’abord les producteurs à prendre pleinement conscience que l’eau qu’ils mettent sur le marché est consommée directement par la population et que le non-respect des normes peut avoir de graves conséquences sanitaires. Aux autorités, je recommande d’effectuer les tests et contrôles nécessaires afin de garantir la qualité de l’eau avant toute autorisation de commercialisation. Il serait également souhaitable de privilégier des conditionnements autres que les sachets en plastique. Enfin, les consommateurs doivent exiger de bonnes conditions de stockage et éviter, autant que possible, l’eau conditionnée dans des sachets en plastique, qui ne constitue pas la meilleure option.
Propos recuillis par B. G. DIOP


