Contrairement aux idées reçues, les mathématiques reposent sur des dispositions cognitives fondamentales que l’on retrouve chez tous les êtres humains. C’est ce qu’a soutenu le logicien et philosophe sénégalais Hady Ba, dans une interview accordée au Soleil.
L’apprentissage ou la maitrise des mathématiques n’est pas uniquement réservé à une certaine élite intellectuelle. Car, selon le philosophe sénégalais Hady Ba, il existe une universalité de la capacité mathématique.
« Les mathématiques reposent sur des dispositions cognitives fondamentales que l’on retrouve chez tous les êtres humains. Elles mobilisent des capacités qui existent à un niveau très élémentaire dans le cerveau humain. Cela ne signifie pas pour autant que les mathématiques soient indépendantes de la culture. Au contraire, leur développement dépend fortement de l’éducation, de la langue et de l’environnement culturel », a soutenu Dr Hady Ba.
Donc, selon le lauréat 2026 du Prix Frantz Fanon, tout le monde possède des capacités mathématiques, même si certains individus développent des aptitudes particulières dans ce domaine.
« Selon les contextes culturels, certaines notions peuvent être plus facilement assimilées que d’autres. C’est pourquoi il est important de tenir compte des langues et des systèmes de représentation locaux dans l’enseignement des mathématiques », a-t-il expliqué.
D’ailleurs, souligne Hady Ba, des penseurs comme Abdoulaye Elimane Kane ont montré que certaines langues africaines possèdent des systèmes de numération différents de ceux des langues européennes.
« Ces particularités peuvent constituer des ressources pédagogiques importantes. Elles permettent parfois d’aborder certaines notions mathématiques sous un angle original. Les difficultés rencontrées par les élèves en mathématiques ne sont donc pas seulement liées à leurs capacités individuelles. Elles dépendent aussi des méthodes d’enseignement et de la manière dont les savoirs sont transmis », a relevé le philosophe.
Ainsi, sur l’équation de l’amélioration et surtout de la démocratisation de l’enseignement des mathématiques en Afrique, M. Ba pense que la question essentielle demeure celle de la formation des enseignants.
« On ne peut pas espérer obtenir un système éducatif performant si des enseignants sont formés pendant quelques mois seulement avant d’être envoyés dans les salles de classe. La formation des enseignants doit être longue, exigeante et professionnalisante », a-t-il estimé.
Sur ce, l’actuel directeur de l’animation culturelle et scientifique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), affirme que pour les enseignants du primaire, il faudrait envisager des recrutements à partir du niveau Licence ou, à défaut, mettre en place plusieurs années de formation spécialisées.
« Tous les systèmes éducatifs performants fonctionnent ainsi. Nous ne pouvons pas espérer obtenir les mêmes résultats sans consentir les mêmes efforts. Il faut également améliorer les conditions de travail et de rémunération des enseignants. Aucune réforme durable ne sera possible sans un investissement massif dans le corps enseignant », a-t-il indiqué.
Pour ce logicien, le problème principal ne réside pas dans les connaissances endogènes. La question fondamentale est celle de la formation des enseignants. Il faut d’abord former des enseignants capables d’enseigner correctement les programmes.
« Ensuite, on peut évidemment discuter du contenu même de ces programmes. À l’école primaire, par exemple, dès les premières années, on enseigne parfois trop de notions à la fois. Cette surcharge existe. Mais la réforme la plus urgente demeure celle de la formation des enseignants », a-t-il préconisé.
Mariama DIEME

