Derrière chaque jeune dépendant au « guinz », une famille lutte contre l’angoisse, les rechutes et le sentiment d’impuissance. Témoignages de parents qui refusent pourtant de perdre espoir.
Le jour se lève à peine sur la banlieue dakaroise. Dans la cour de sa maison, Mariama (nom d’emprunt) balaie distraitement le sol. Son regard se dirige sans cesse vers le portail. Son fils de 18 ans n’a pas dormi à la maison. Depuis deux ans, ses absences rythment le quotidien de cette mère qui vit dans l’angoisse permanente.
« Au début, je pensais qu’il fréquentait de mauvaises personnes. Puis j’ai commencé à sentir cette forte odeur de diluant sur ses vêtements. C’est là que j’ai compris que quelque chose n’allait pas », raconte-t-elle. L’adolescent, autrefois assidu à l’école, s’est progressivement éloigné de sa famille.
Les cahiers ont laissé place aux errances dans les rues, les repas se sont faits plus rares et les échanges à la maison se sont transformés en disputes. « Il peut partir pendant deux jours. Quand il revient, il ne parle presque pas. Il mange, dort et repart. On ne reconnaît plus notre enfant », confie sa mère.
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C’est ce que vit Moussa, (nom d’emprunt). Ce parent cache difficilement son émotion lorsqu’il évoque son fils de 22 ans. Ouvrier pendant de nombreuses années, il dit avoir tout tenté pour sortir le jeune homme de cette addiction.
« Je l’ai amené chez des médecins, des psychologues, des guides religieux. Je lui ai parlé avec douceur, puis avec fermeté. Rien n’a vraiment marché. À chaque fois qu’on croit qu’il s’en sort, il rechute ».
Selon lui, le plus difficile n’est pas seulement de voir son fils consommer du « guinz », mais d’assister à sa transformation. « Il était souriant. Aujourd’hui, il s’isole. Il oublie ce qu’on lui dit. Parfois, il devient agressif sans raison. C’est comme si on nous l’avait pris petit à petit ».
Les conséquences dépassent le seul consommateur. Dans plusieurs familles rencontrées, l’addiction bouleverse les relations entre frères et sœurs. « Les plus jeunes ont peur de lui quand il rentre dans certains états. Ils me demandent pourquoi leur grand frère est devenu comme ça. Je ne trouve pas toujours les mots pour leur répondre », explique Mariama.
Au fil des mois, les dépenses s’accumulent également. Les consultations médicales, les médicaments, les déplacements et les différentes tentatives de prise en charge pèsent lourdement sur des ménages déjà fragilisés.
« On ne compte plus l’argent. Quand c’est son enfant, on essaie tout ce qu’on peut. Ce qui fait le plus mal, c’est de le voir replonger malgré tous les efforts », souffle Moussa. Malgré la fatigue et les déceptions, beaucoup refusent d’abandonner.
« Tant qu’il respire, j’aurai de l’espoir. Un parent ne ferme jamais sa porte à son enfant », affirme Mariama avant de reprendre son téléphone. Une nouvelle journée commence. Peut-être recevra-t-elle enfin un appel lui annonçant que son fils a accepté de se faire soigner.

