À quelques heures du Grand Magal de Touba, célébré ce dimanche 2 août, Dakar retient son souffle. Entre des bus introuvables suite au départ des chauffeurs et le campus de l’Ucad totalement désertés, la capitale tourne au ralenti, vidée d’une grande partie de ses habitants.
L’asphalte brûle sous le soleil pesant de ce début du mois d’août, mais à l’arrêt de bus situé juste devant le grand immeuble EMG, la chaleur est le cadet des soucis de la dizaine de personnes amassées sous l’abri délavé. Les yeux rivés vers l’horizon, guettant le moindre reflet d’un bus «Tata», l’impatience se lit sur les visages.
Moussa, sac à dos lourdement chargé sur les épaules, consulte sa montre pour la énième fois. Cela fait près d’une trentaine de minutes qu’il attend avec son ami Ahmed pour rejoindre Ouakam. La ligne 67, d’ordinaire si fréquente, semble avoir disparu des radars.
« Boy, je ne crois pas qu’on va quitter ici de sitôt… En cette période, presque tous les chauffeurs sont à Touba. C’est toujours la même galère pour trouver une voiture à la veille du Magal, » lâche Moussa en essuyant une goutte de sueur sur son front.
Son camarade Ahmed, adossé contre un poteau, secoue la tête d’un air résigné. L’usure de l’attente a fini par entamer son optimisme.
« C’est l’effet du Magal, mon frère, lui rétorque-t-il. À mon avis, le mieux c’est qu’on prenne le premier car « Ndiaga Ndiaye » qui passe jusqu’à l’École Normale. On verra bien là-bas si la chance nous sourit davantage. »
Comme eux, des milliers de Dakarois se heurtent au ralentissement des transports urbains. Les rabatteurs habituels se font rares, et les quelques véhicules en circulation sont pris d’assaut avant même d’avoir marqué l’arrêt complet. La raison est la grande transhumance vers la capitale du mouridisme pour commémorer le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba.
À l’Ucad, le grand déménagement
En cette matinée du samedi 01 août, après une nuit pluvieuse, les allées de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) offrent un spectacle encore plus saisissant. Le poumon académique du pays, d’ordinaire grouillant d’une foule compacte et bruyante, s’enfonce dans un silence presque irréel.
Dans le campus social du Coud, l’ambiance est aux adieux et aux valises que l’on boucle à la hâte. Ce dimanche marque la fermeture officielle des pavillons pour les grandes vacances. Pour les étudiants résidents, l’obligation de libérer les lieux s’est télescopée avec l’agenda du magal.
Devant le pavillon A, des montagnes de bagages, de matelas et de sachets attachés s’entassent sur le trottoir. Les étudiants sont visiblement partagés entre deux logiques, deux itinéraires.
Madou, étudiant en Faculté des Lettres, tente d’attacher solidement sa valise avant de le mettre dans le mâle d’un taxi. Pour lui, la destination ne faisait aucun doute.
« Pour nous qui sommes mourides, la question ne se pose même pas. On vide la chambre, on pose les affaires chez un parent à Dakar s’il le faut, et on prend la route de Touba. C’est un rendez-vous spirituel qu’on ne peut pas rater. On rentrera dans nos villages respectifs après les cérémonies, » confie-t-il, le visage illuminé par l’enthousiasme du départ.
Pour d’autres, en revanche, la fermeture du campus marque simplement le signal du retour au bercail après une éprouvante année universitaire. C’est le cas d’Awa, originaire de Tambacounda, qui attend un véhicule pour la gare routière des Beaux Maraîchers.
« Entre la hausse des prix des transports due au Magal et la fermeture des résidences, c’était la course contre la montre ce matin. La majorité de mes voisines de chambre résident à Thiès, pas loin d’ici, mais moi je rentre directement retrouver ma famille dans le Sud-Est. Le campus est tellement vide aujourd’hui, ça fait presque bizarre », confie Awa avec un lot de bagages à ses côtés.
Une capitale au repos forcé
Au fil des heures, Dakar continue de se délester de ses habitants. Les grandes artères d’habitude embouteillées se désengorgent peu à peu, laissant place à une circulation fluide, presque fantomatique par endroits. Les commerces baissent le rideau les uns après les autres, leurs propriétaires ayant certainement, eux aussi pris la route nationale pour le grand magal.
Jusqu’au lundi, la capitale vivra au ralenti, comme suspendue au seul chant des oiseaux dans les différents coins de la capitale. Pour ceux qui restent, il faudra composer avec les services réduits et la quiétude soudaine d’une ville désertée.
Djibril DIAO


