Le 10 juillet 2020 s’éteignait à Dakar, à l’hôpital Aristide Le Dantec, une figure dont le nom avait depuis longtemps dépassé celui de son propriétaire. En disparaissant à l’âge de 89 ans, El Hadji Ndiaga Ndiaye laissait derrière lui un empire du transport, mais surtout un héritage unique : celui d’être devenu, de son vivant, un nom commun dans le langage des Sénégalais.
Il est rare qu’un entrepreneur voie son patronyme entrer dans le vocabulaire populaire. Pourtant, pendant plusieurs décennies, dire « je prends un Ndiaga Ndiaye » ne signifiait plus prendre le véhicule d’un homme, mais emprunter l’un des célèbres minibus blancs qui sillonnent Dakar et l’intérieur du pays. Ces cars Mercedes transformés, reconnaissables à leurs inscriptions religieuses et à leurs imposants porte-bagages, ont transporté des générations de Sénégalais, devenant un symbole du transport collectif national.
Avant de bâtir cet empire, Ndiaga Ndiaye était d’abord un chauffeur. Parti d’un milieu rural, il gravit progressivement les échelons jusqu’à devenir le plus important transporteur privé du Sénégal. Son modèle reposait sur une connaissance intime du terrain, une organisation pragmatique et un réseau qui lui permit d’accompagner l’expansion des transports urbains et interurbains à partir des années 1980. Des chercheurs le décrivent comme un acteur majeur des mutations du transport sénégalais, dont le parcours épouse l’histoire économique et sociale du pays.
Au moment de son décès, son parc comptait 649 véhicules de transport en commun, un chiffre qui témoigne de l’ampleur de l’entreprise bâtie au fil de près de six décennies d’activité. En reconnaissance de son apport au développement du secteur, il avait été élevé en 2015 au grade de Grand officier de l’Ordre national du Mérite par le président Macky Sall.
Le 11 juillet 2020, après une levée du corps à Pikine, El Hadji Ndiaga Ndiaye fut inhumé à Darou Mouhty, sa terre d’attache. Mais six ans après sa disparition, son nom continue de circuler chaque jour dans les conversations, même si les « Ndiaga Ndiaye » disparaissent progressivement du paysage au profit de nouveaux moyens de transport. Peu d’hommes peuvent se targuer d’avoir donné leur nom à un objet du quotidien ; El Hadji Ndiaga Ndiaye, lui, est entré dans la mémoire collective en transformant son identité en patrimoine populaire.
A.N


