Au Sénégal, les femmes rurales contribuent largement à la production agricole et à la sécurité alimentaire. Pourtant, elles restent confrontées à de fortes inégalités dans l’accès à la terre, aux équipements et aux financements.
L’accès aux équipements agricoles reste fortement déséquilibré entre les femmes et les hommes. Les données disponibles montrent que 68 % des équipements motorisés, dont les tracteurs, motopompes et matériels de mécanisation, sont détenus par des hommes, contre 32 % seulement par des femmes.
Les femmes sont principalement présentes dans les activités de transformation post-récolte, mais elles disposent encore de peu de débouchés commerciaux structurés. Un handicap qui limite leur capacité à tirer pleinement profit de leur activité agricole.
458,4 milliards de Fcfa générés
Pourtant, leur contribution à l’économie agricole est loin d’être marginale. Selon une analyse conjointe de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) et d’ONU Femmes, réalisée en 2022, l’entrepreneuriat féminin dans l’agriculture informelle a généré 458,4 milliards de Fcfa, soit 27 % de la valeur ajoutée totale du secteur agricole.
Un poids économique considérable, qui contraste avec le faible contrôle exercé par les femmes sur les exploitations et les ressources productives.
Un droit à la terre encore difficile à exercer
Ces écarts traduisent des inégalités structurelles dans l’accès et le contrôle du foncier. Pourtant, le cadre juridique sénégalais reconnaît formellement l’égalité entre les hommes et les femmes en matière d’accès à la terre. Dans les faits, l’application de ce principe reste difficile. La coutume entre fréquemment en contradiction avec la loi et fait obstacle à son application.
Cette disparité se reflète dans l’indice de parité relatif à la responsabilité des parcelles agricoles. Au niveau national, l’indice de parité mesurant la proportion de femmes parmi les responsables de parcelles agricoles s’établit à 0,2, ce qui signifie que, pour dix responsables de parcelles, à peine deux sont des femmes.
La Casamance, une exception relative
La situation varie toutefois d’une région à l’autre. Dans le sud du Sénégal, notamment en Casamance, l’indice de parité est plus élevé, avec 0,6 à Sédhiou et 0,3 à Ziguinchor.
Ces écarts s’expliquent notamment par des configurations socioculturelles qui accordent historiquement aux femmes un rôle plus important dans la gestion des terres. Ailleurs, l’accès au foncier reste largement dépendant des liens familiaux ou conjugaux. Dans la grande majorité des régions sénégalaises, les femmes obtiennent ainsi des terres principalement par l’intermédiaire de leur mari, de leur famille ou de la communauté.
12 % des terres, 15 % des exploitations
Malgré leur rôle majeur dans l’agriculture, les femmes rurales restent largement défavorisées dans l’accès aux ressources. Selon l’Ipar, elles ne possèdent qu’environ 12 % des terres agricoles au Sénégal en 2023 et ne représentent que 15 % des responsables d’exploitations en 2024.
L’accès à la propriété foncière reste particulièrement limité : 2,7 % seulement des femmes disposent d’un titre individuel sur les terres qu’elles exploitent. Elles sont 24,3 % à déclarer détenir des droits sur des terres agricoles, contre 40,5 % des hommes. Par ailleurs, 40,4 % des femmes accèdent aux terres par emprunt, contre 15,7 % des hommes.
Les écarts se retrouvent également dans les superficies détenues. Les ménages dirigés par des femmes disposent en moyenne de 1,82 hectare, contre 4,57 hectares pour ceux dirigés par des hommes.
96,3 % de participation dans les Niayes
Dans les Niayes, 96,3 % des femmes interrogées participent aux activités horticoles, contre 88,1 % des hommes. Pourtant, moins de 3 % des responsables de parcelles agricoles y ont bénéficié d’une formation agricole formelle.
Autre paradoxe : la productivité moyenne de la main-d’œuvre agricole atteint 3 524 Fcfa par journée de travail, avec des niveaux de productivité élevés dans les exploitations dirigées par des femmes. Mais cette performance ne se traduit pas par des revenus équivalents. Les femmes productrices gagnent en moyenne 395 887 Fcfa, contre 839 888 Fcfa pour les hommes, soit près de deux fois moins.
Retrouvez l’intégralité de notre dossier « L’accès des femmes à la terre agricole » dans l’édition du Soleil de ce week-end.
Marième Fatou DRAME


