Lové sur les rives du fleuve Casamance, entre Adéane et Mangacounda, Koundioundou est un havre de paix. À l’occasion de son troisième congrès, placé sous le signe de l’unité, de la cohésion sociale et du développement, les filles et fils du village ont replongé dans les racines profondes d’une localité dont l’histoire se confond avec celle des grandes migrations, du commerce et de la résilience en Casamance.
ZIGUINCHOR- Le soleil matinal éclaire doucement les eaux calmes du fleuve Casamance. Le chant des oiseaux se mêle au bruissement des manguiers qui entourent les concessions. À mesure que l’on approche de Koundioundou, le paysage offre un spectacle de sérénité rare. Situé en bordure de la route nationale reliant Ziguinchor à Tanaff, ce village semble avoir trouvé l’équilibre entre la quiétude rurale et la richesse de son patrimoine historique. C’est dans cette bourgade paisible que les populations se sont retrouvées, le jeudi 18 juin 2026, pour célébrer la troisième édition du congrès du village. La rencontre dépasse le cadre festif. Elle constitue un rendez-vous avec l’histoire, un moment de réflexion sur le présent et une projection vers l’avenir. Derrière les sourires, les retrouvailles et les discours, les anciens ont entrepris de transmettre aux jeunes générations l’histoire fascinante de la naissance de leur terroir.
Parmi les invités d’honneur du congrès figurait Makily Gassama, ancien directeur de l’école élémentaire du village, qui a retracé les origines de cette localité plusieurs fois centenaire. « Selon les récits transmis de génération en génération, le fondateur de Koundioundou, Ndiogou Ndiaye, était originaire de Gandioly, près de Podor, dans le nord du Sénégal. Pêcheur de métier, il avait entrepris un long périple qui l’a conduit successivement à Houbaloume (Loudia Wolof), Diakène-Diola, Pontaria, puis Carabane, avant de rechercher un lieu où s’établir définitivement », raconte l’enseignant à la retraite.
À Carabane, poursuit-il, le destin de Ndiogou Ndiaye prend un tournant décisif lorsqu’il entend parler du célèbre guide religieux Chérif Younousse Aïdara de Binaco. « Avec son compagnon de route, Birane Sarr, il est allé solliciter les conseils de ce dernier afin de trouver un site propice à la création de son propre village. Le guide religieux lui indiqua l’emplacement actuel de Koundioundou. Après une année de réflexion, Ndiogou Ndiaye y construisit son habitation, une hutte dressée au bord du fleuve, fidèle à son identité de pêcheur », explique Makily Gassama.
Des rives du fleuve Sénégal aux berges de la Casamance
À cette époque, le site n’était qu’une vaste forêt vierge. « Après son installation, Ndiogou Ndiaye retourna voir Chérif Younousse Aïdara qui lui assura, à travers ses bénédictions, que ce territoire lui serait favorable. Mais, le lieu était alors fréquenté par les Baïnounks venues de l’autre rive pour leurs activités. Pendant plusieurs années, il œuvra, avec l’appui spirituel de son marabout, à asseoir son implantation sur ces terres », souligne-t-il. Peu à peu, le premier occupant fut rejoint par d’autres. « Demba Diouf s’installa à proximité de lui, suivi plus tard par Fara Barbosa, puis par plusieurs familles diolas. C’est ainsi que s’est progressivement constituée la communauté qui allait devenir le village de Koundioundou », résume M. Gassama, fait citoyen d’honneur de ce village. Au fil du temps, ce petit établissement humain s’est transformé en un village prospère, bénéficiant de sa proximité avec le fleuve et de sa position stratégique sur les voies commerciales de la région.
Si Koundioundou est, aujourd’hui, connu pour son calme et son hospitalité, son passé économique témoigne d’une activité intense qui a longtemps fait sa renommée. Président de l’Association des ressortissants de Koundioundou vivant à Dakar, Salif Ndiaye évoque avec passion cette période florissante. « Dans le passé, Koundioundou était un important centre de production de tabac. Des cultivateurs mandingues, venus du Pakao, dans la région de Sédhiou, y séjournaient, chaque année, pour exploiter cette culture. Le village connaissait alors une véritable effervescence économique », rappelle-t-il.
Selon les récits conservés par les anciens, cette prospérité aurait cependant pris fin de manière brutale. « L’histoire rapporte que des sages mandingues auraient prononcé une malédiction qui aurait entraîné la disparition définitive de la culture du tabac dans cette localité. Qu’elle relève du mythe ou de la réalité, cette histoire continue de marquer la mémoire collective du village », confie-t-il. Mais, Koundioundou ne vivait pas uniquement du tabac.
Une terre de commerce
Le village occupait également une place importante dans le commerce agricole régional. « En langue baïnounk, le nom Koundioundou renvoie au pilon et au mortier. Cette appellation est liée à l’importante activité de stockage et de transformation des produits agricoles, notamment l’arachide. De grandes quantités de graines étaient conservées ici avant leur acheminement vers Ziguinchor et d’autres régions du pays. La récolte du vin de palme faisait aussi partie des activités majeures des populations », fait savoir Salif Ndiaye.
Par ailleurs, l’éducation a très tôt trouvé sa place dans cette communauté. « L’école élémentaire du village a été construite en 1961 avant d’ouvrir ses portes deux ans plus tard. Son premier directeur, Bassirou Diop, était originaire de Simbandi Balante. Cet établissement a joué un rôle déterminant dans la formation de plusieurs générations de cadres issus du village », rappelle-t-il. Aujourd’hui encore, malgré les mutations économiques et sociales, Koundioundou conserve cette identité singulière forgée par l’histoire, le travail et les traditions. Les manguiers continuent de veiller sur les concessions, le fleuve poursuit son cours majestueux et les habitants restent profondément attachés à leur terre. À travers ce troisième congrès, les filles et fils de Koundioundou ont lancé un message fort : préserver la mémoire des anciens tout en préparant l’avenir. En effet, dans ce village, où chaque sentier raconte une histoire et où chaque famille porte une part de l’héritage collectif, le développement ne peut se construire qu’en s’appuyant sur les racines qui ont permis à la communauté de traverser les siècles. Koundioundou n’est pas seulement un village de Casamance, c’est une mémoire vivante. C’est un patrimoine humain et culturel qui continue de défier le temps. Et il est porté par la volonté d’une communauté déterminée à écrire les prochaines pages de son histoire.
Un reportage de Gaustin DIATTA (Correspondant)

