Dans son livre intitulé « La Pudeur des mots : ma vie de femme ministre », paru en octobre 2025, Dr Safiatou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls) et ancien ministre de la Santé et de la Prévention, explique son parcours singulier de femme engagée pour les bonnes causes. La cérémonie de dédicace se tient aujourd’hui, à la maison d’édition L’Harmattan Sénégal.
« La Pudeur des mots : ma vie de femme ministre » est le récit d’une dame au caractère bien calme, qui a su se forger un chemin dans le cercle restreint des hommes politiques placés au cœur de la République. « Je savais que j’allais écrire, un jour, quelque chose, même si j’ignorais la quintessence. Même étant étudiante, quand je voyais une situation, j’aimais bien la décrire. Mais, après ma fonction de ministre, j’ai eu du temps pour réfléchir sur ce que je faisais et j’ai pris beaucoup de notes ». Ces mots sont ceux de la désormais écrivaine Safiatou Thiam.
L’ouvrage de 183 pages est édité par L’Harmattan Sénégal. Dans un style très simple, la secrétaire exécutive du Cnls explique qu’après six mois de démission à la Fonction publique, elle est nommée au très stratégique poste de ministre de la Santé et de la Prévention en septembre 2007. D’ailleurs, entre les pages 20 et 35, Dr Thiam revient en détail sur sa rencontre avec le président Abdoulaye Wade dans l’intimité de son bureau du palais : « Voilà, je cherche une femme médecin pour en faire mon prochain ministre de la Santé. Vous m’avez été recommandée par quelqu’un. Il se garde de me dire qui. Et puis, j’ai dû voir votre nom dans un rapport ». Cependant, au moment de partir, le chef de l’État lui lance une phrase ferme d’avertissement : « Ne répétez à personne ce qui s’est dit ici. Vous avez compris ? Si vous en parlez, ils vont tout contrecarrer et cela ne se fera pas ». « Avec le président Wade, c’était une relation d’admiration, de considération, de respect. J’ai pu mesurer l’immensité de ses connaissances. J’étais comme un élève qui apprenait.
C’était un peu un sentiment réciproque. Il avait de la bienveillance à mon endroit », déclare-t-elle. Initiateur du concept « Badienu Gokh » ou marraines de quartiers (chapitre 4), Me Wade est, selon elle, un humaniste connu pour sa générosité. Toutefois, Dr Safiatou Thiam dit avoir des relations heurtées avec l’entourage de la Première dame Viviane Wade ; ce qui rendait sa mission très délicate. Dans sa vie de femme ministre de la Santé, elle révèle : « J’étais sollicitée de partout. Je devais supporter les longues réunions de plusieurs heures, la réunion plénière à l’Assemblée nationale, la Déclaration de politique générale du Premier ministre… » (p.109). Et dire qu’elle était femme enceinte. Au chapitre 6, l’auteur aborde son combat contre le Sida. Elle y raconte sa rencontre avec des patients comme Goula, une jeune femme peule, qui sera décédée, de même que Balaye, sans oublier Youssou. Dr Thiam a aussi été atteinte de la Covid-19 (p.149) après avoir participé au mariage de la fille d’une amie, soutenant que beaucoup de personnes étaient dans la même situation qu’elle pour des raisons diverses. « Comme tout le monde, j’ai assisté aux souffrances infligées par la pandémie de Covid-19 comme expert-praticien, mais aussi comme patient. Une médecine de guerre ! C’en était vraiment une.
La pandémie ne reculait pas. Les hôpitaux étaient débordés. Les chiffres montraient chaque jour une hausse régulière et exponentielle des cas », lit-on dans le livre. « Pouvions-nous rester sans rien faire ou, au plus, devrions-nous nous réduire à ne gérer que nos propres familles, nos parents, nos amis et proches ? J’ai refusé de subir. J’ai participé à l’effort de guerre parce que beaucoup parmi les professionnels de santé étaient contraints de s’engager dans la prise en charge, ne serait-ce que de proches désemparés », fait-elle comprendre. Il faut dire que la pandémie de la maladie à coronavirus avait bouleversé la vie de tous et de chacun. Les pratiques médicales avaient été également bouleversées et la vie de la population générale avait subi d’extrêmes transformations. Les conséquences ont été terribles. Beaucoup d’éléments positifs ou non, énormément de leçons ont aussi été mises en lumière avec cette crise sanitaire. Le chapitre 8, « Présence citoyenne », termine l’ouvrage qui a pris presque 10 ans avant d’être publié.
Serigne Mansour Sy CISSÉ

