Les Diolas adorent la carpe qui se capture au bout de la rizière ou dans le bolong du village. « Eporok » son nom diola, incarne ce lien fusionnel que ce peuple de la Basse-Casamance entretient avec sa terre et son eau. Ce qui en fait un ingrédient central de la cuisine traditionnelle diola.
BIGNONA – Son nom scientifique est Sarotherodon melanotheron (ou plus largement la famille des Cichlidés). Mais son nom courant au Sénégal est « Waas » en wolof de manière générale, « Poïka » chez les Kaolackois ou « Ngourkoum » au Lac de Guiers. Le penchant des Diolas pour la carpe s’explique avant tout par la géographie de la Basse-Casamance, une région amphibie truffée de « bolongs » et de mangroves où ce poisson abonde.
Très présent en Casamance, la carpe tolère parfaitement l’eau douce des fleuves et l’eau très salée des estuaires. Les racines des palétuviers offrent un refuge parfait pour les carpes que les femmes diolas pêchent facilement à l’aide de nasses en fibres de rônier ou de petits filets à marée basse. Le « éporok » est un ingrédient central de la cuisine traditionnelle diola. Un poisson dans les assiettes de « Kaldou » et de « C’Bon » Symbole culturel, l’espèce est privilégiée pour des mets particuliers lors de certains rituels comme le « kassisen » ou « katéghen » (un repas offert aux enfants d’un défunt ou d’une défunte par leurs tantes maternelles). En raison de sa robustesse face aux milieux hostiles, elle incarne l’adaptation et la force, des valeurs fondamentales au sein de la culture diola. Cette espèce marine constitue une ressource halieutique essentielle pour les populations locales. C’est un apport en protéines immédiat et gratuit qui s’accorde magnifiquement avec le riz, la base de l’alimentation diola.
Braisé ou cuit autrement, ce délice du Diola s’accompagne de deux ingrédients clés : le citron vert et le piment. On retrouve ce poisson à la chair ferme et savoureuse principalement dans deux plats emblématiques de la région : Le « Kaldou » et le « C’Bon ». Le « Kaldou » est un court-bouillon de poisson frais cuisiné de manière très saine, accompagné de feuilles d’oseille blanc. La particularité de ce plat authentique de Casamance repose sur la cuisson du poisson dans un court-bouillon acidulé, avec peu d’huile, peu d’oignons et de tomates. Ce qui en fait un repas léger. Le « C’Bon », lui, est une variante locale du riz au poisson, souvent cuisiné avec du riz local, de l’huile de palme et du poisson braisé ou mijoté ainsi que divers produits de la mer issus des mangroves : yet (cymbium), huîtres, crevettes ou guedj (poisson séché). Le tout est relevé de nététou, de feuilles de bissap et d’oignons crus ou marinés au citron… Le « éporok » est aussi très utilisé pour faire de « penbène ». Il s’agit d’un plat très simple et acidulé à base de carpe, de citron et de tomates, de piment et un peu d’oignon, mais surtout sans aucune goutte d’huile. Il se mange avec du riz blanc.
Les Diolas adorent ce plat traditionnel. Les connaisseurs salivent dès qu’ils voient ce plat. Même s’il n’y a pas d’études anthropologiques qui expliquent ce lien entre le Diola et la carpe, la relation s’explique par une hypothèse : l’abondance de l’espèce dans les cours d’eau et la recherche de l’autosuffisance alimentaire qui est une valeur forte chez le Diola.

