Au marché Hlm 5, au cœur de Dakar, Oumy Guèye a transformé une activité découverte presque par hasard en un véritable métier. Cette perleuse, âgée de 37 ans, s’est imposée par son savoir-faire et sa touche personnelle. Aujourd’hui, ses créations sont sollicitées au Sénégal, dans la sous-région et auprès de la diaspora.
L’histoire d’Oumy Guèye avec le perlage commence au marché Hlm 5, mais les premiers gestes de cette activité remontent à son enfance. Née en 1989, Oumy explique qu’avant de rejoindre le marché, elle restait à la maison et aidait sa mère dans les travaux ménagers. C’est finalement une amie, Mame Sèye, qui va changer le cours de son destin. « Un jour, elle m’a proposé d’aller au marché pour faire du perlage. J’avais déjà commencé toute petite, avec l’aide d’une tante qui habitait à Touba, à faire du tricot », raconte-t-elle. Au départ, Oumy était hésitante. Mais les encouragements de sa mère, qui ne cessait de l’inciter à tenter l’aventure, finissent par la convaincre. Elle rejoint alors son amie Mame Sèye au marché Hlm. C’est là que débute véritablement son histoire avec le perlage.
Son apprentissage se fait sur le tas. Dans le jargon du métier, elle commence avec ce que les professionnelles appellent les « rawas », avant de perfectionner progressivement sa technique. Au fil des années, ce qui était au départ une simple activité devient une véritable passion. Mame Sèye, quant à elle, finit par se marier et part rejoindre son époux en Espagne. Oumy poursuit néanmoins son chemin, déterminée à faire du perlage son métier. Aujourd’hui, elle rend grâce à Dieu pour le chemin parcouru. « J’ai des commandes un peu partout, que ce soit au niveau de la diaspora, de la sous-région ou encore au Sénégal. Ma touche est appréciée par mes clients et clientes qui sont satisfaits du travail que je leur fais en matière de perlage », souligne-t-elle.
Oumy travaille principalement avec des tailleurs, mais reçoit également des commandes personnelles, notamment de la part d’artistes et d’acteurs. Elle intervient sur différents types de vêtements : bazin, soie, wax, djellabas, tenues de mariage ou encore robes de soirée.
Elle se souvient qu’à ses débuts, le perlage des vêtements suscitait peu d’intérêt chez les Sénégalais. Les clients d’autres nationalités étaient alors plus nombreux. Mais avec l’évolution des tendances, notamment l’utilisation des perles en cristal, le perlage s’est progressivement imposé dans la mode sénégalaise.
« Au fil du temps, avec surtout l’usage des perles en cristal, le perlage est devenu une nouvelle mode. Les Sénégalais ont commencé à aimer le perlage des habits », explique-t-elle.
« Imposer ma touche »

« J’y mets tout le temps, tout le talent nécessaire, ce qui apporte une originalité à mes perlages. C’est ainsi que je suis arrivée à imposer ma touche, mon empreinte dans ce travail », affirme-t-elle.
Son savoir-faire est également sollicité pour reprendre ou corriger des perlages réalisés ailleurs. Une preuve, selon elle, de la confiance que lui accordent ses clients.
Le travail avec les artistes et les acteurs demande, lui, une organisation particulière. Pour certaines tenues destinées aux shootings, Oumy doit se déplacer directement chez ses clients afin de préserver la confidentialité des modèles. « Les modèles ne doivent pas être visibles, donc c’est interdit pour moi de les amener au marché », précise-t-elle.
Le volume de travail qu’elle peut réaliser dans une journée dépend fortement du modèle. Pour certaines tenues destinées aux artistes, elle peut réaliser quatre à cinq perlages dans une journée. Pour d’autres vêtements, elle peut en confectionner jusqu’à trois.
Le respect des délais constitue également une priorité pour Oumy. Elle tient particulièrement à honorer ses engagements, notamment envers les clients de la diaspora pour lesquels les commandes sont souvent envoyées par les « Gp », avec des dates et horaires de départ précis. « Pour toutes mes commandes, je m’arrange à ce que je les remette à la date indiquée. Je tiens toujours ma parole pour la livraison à temps des commandes », insiste-t-elle.
Les prix des perlages, dit-elle, varient entre 5 000 et 60 000 FCfa, selon la complexité et le modèle demandé. Grâce aux revenus tirés de cette activité, Oumy parvient aujourd’hui à subvenir à ses besoins, mais aussi à soutenir une partie de sa famille.
La disparition de ses parents a, en effet, profondément marqué son parcours. Sa mère est décédée avant qu’elle ne connaisse ses premiers grands succès dans le métier, tout comme son père. Devenue aujourd’hui un soutien pour ses quatre sœurs, Oumy porte ainsi une responsabilité familiale qui donne encore plus de sens à son travail. « J’aurais bien aimé que ma mère soit là aujourd’hui pour que je puisse subvenir à ses besoins et lui rendre tous les sacrifices consentis pour nous, moi, mes sœurs et mes frères, mais Dieu l’a voulu autrement », confie-t-elle avec émotion en évoquant sa mère.
Un travail exigeant
Oumy a également initié ses sœurs au perlage. Même si elles ne pratiquent pas le métier à temps plein comme elle, elles peuvent lui venir en aide lorsque les commandes s’accumulent, particulièrement à l’approche des grandes fêtes.
Elle les encourage également à confectionner leurs propres tenues, afin qu’elles puissent, elles aussi, maîtriser ce savoir-faire. Elle n’oublie pas celle qui lui a ouvert cette porte : Mame Sèye. « J’ai une reconnaissance pour mon amie Mame Sèye qui m’a fait découvrir ce métier de perlage et m’a conduite aux Hlm, où j’ai fait mes premiers pas jusqu’à me professionnaliser », se rappelle-t-elle.
Derrière la beauté des vêtements perlés se cache cependant un métier exigeant. La concentration est indispensable et la moindre distraction peut compromettre le travail. Oumy évoque également la pénibilité physique liée aux longues heures passées assise. « Je peux rester assise durant quatre, voire cinq heures d’affilée. C’est un travail assez pénible », explique-t-elle.
Malgré cette contrainte, Oumy Guèye continue de voir dans le perlage bien plus qu’un simple moyen de subsistance. C’est une passion, un métier, un savoir-faire et surtout un pilier de son autonomie.
Maguette Guèye DIÉDHIOU


