Des arrestations d’agents municipaux et de rabatteurs, coupables de fraude à l’état civil, sont souvent relatées dans la presse. Ces derniers manipulent parfois les registres en attribuant le numéro d’un tiers à un autre demandeur, moyennant de l’argent. Ils peuvent aussi créer une identité fictive, au mépris des incidences sur la carrière professionnelle ou l’éducation des victimes, qui peinent ensuite à passer des examens. Ces actes délictuels gâchent des vies et font vivre un enfer aux personnes touchées, condamnées à un véritable parcours du combattant pour retrouver une identité perdue.
Un neveu qui a rejoint les États-Unis par la frontière mexicaine nous racontait, un jour, son périple risqué. De Dakar au Nicaragua, il fallait faire escale au Maroc, en Espagne, puis au Salvador, avant d’atterrir au Nicaragua pour entamer la longue marche vers « le pays de tous les possibles ». Durant son voyage, que de morts laissés sur le trajet, que de sévices endurés, que d’argent perdu, etc.
C’est le même parcours fait de risques que supportent les guerriers de la méditerranée, à l’assaut du grand bleu, pour entrer dans la « riche » Europe. Le cinéaste Moussa Touré a raconté, à travers sa caméra, dans son film « La Pirogue », les misères de ces aventuriers à la quête du mieux-être. Le réalisateur alterne des scènes très dures, comme cet impressionnant épisode de la tempête qui s’abat sur la pirogue en pleine nuit ou les découvertes macabres qui s’enchaînent dans ce frugal bateau.
Après tant de sacrifices, ces téméraires, qui défient la Méditerranée et les cartels, arrivent à se faire une place dans ces pays. Mais, une fois le moment de régulariser leur situation arrive, ils découvrent que leur numéro d’état civil est « vendu » à d’autres personnes moyennant quelques piécettes. Rien qu’en Europe, l’avocat Patrick Kabou rappelle que plus d’une centaine de nos compatriotes, victimes de fraude à l’état civil, sont devenus des apatrides parce qu’étant incapables de produire les actes de naissance par lesquels ils ont initié des démarches de naturalisation.
Le mal est profond. Si ce ne sont pas ces compatriotes à la recherche du meilleur ailleurs, ce sont des élèves qui sont victimes de cette grave menace sur l’état civil.
Depuis quelques années, l’État a entamé, avec des partenaires, le processus de digitalisation des registres d’état civil pour lutter contre la fraude. Des millions d’actes sont déjà numérisés. Le processus avance de manière soutenue.
De plus, les agents des collectivités territoriales en charge de cette question et qui sont souvent les maillons faibles de la chaîne, car exposés aux faits de fraude, sont outillés pour lutter contre ce phénomène qui donne une mauvaise image de la gestion, par notre pays, des données de sa population.
Les campagnes de sensibilisation se multiplient pour inciter à l’inscription des enfants sur le registre d’état civil dès la naissance. Les communautés à la base mettent la main à la pâte, tandis que la répression policière se fait plus pressante pour décourager les faussaires.
Malgré ces efforts, l’état civil reste un problème délicat qui résiste au temps et aux mesures des autorités.
Depuis mai 2020 et pour une durée de 42 mois, un programme, lancé avec l’appui de l’Union européenne à hauteur de 18 milliards de FCfa, a pour objectif de permettre à tout usager, qu’il soit au Sénégal ou à l’étranger, d’avoir la possibilité de demander des documents d’état civil sans se déplacer. Ce projet est une contribution à la stratégie nationale qui doit coûter 68 milliards de FCfa.
Cette politique montre la volonté de l’État d’accélérer la digitalisation intégrale de l’état civil avec plus de facilité dans l’inscription et la délivrance des actes, plus de sécurité et moins de fraudes.
Par Amadou Maguette NDAW

