Maillons importants de la chaîne administrative dans nos villes, les délégués de quartier jouent un rôle d’une extrême utilité au sein de la société. Cependant, malgré leurs lourdes responsabilités, les délégués de quartiers ne sont pas valorisés à la hauteur de leurs services. Entre indemnités dérisoires, absence de sécurité, de lieu de travail, etc., ils se débrouillent pour répondre aux attentes que leurs concitoyens placent en eux.
PIKINE – Dans la quiétude de la maison des délégués de quartiers sis à Guinaw Rails Sud, Ousmane Mbengue, délégué de Darou Marnane Sante Yalla sis à Guinaw renseigne que le délégué de quartier appuie le maire et les services déconcentrés de l’État en sensibilisant les habitants pour combattre les calamités graves, telles que les inondations, incendies, etc. Mais aussi, dans le cadre des travaux d’intérêt général comme les encombrements de la voie publique, la lutte contre la divagation des animaux.
« De la même manière, dans les quartiers irréguliers, le délégué de quartier assure la distribution des courriers et convocations et des certificats de domicile, car il peut savoir que telle personne habite dans le quartier ou non », explique-t-il.
Selon lui, le délégué s’implique dans les opérations de perception de certains impôts comme le minimum fiscal, mais aussi, dans le recensement administratif (populations, ménages, etc.), sans oublier la collecte de certains types de renseignements en matière d’état civil.
D’après M. Mbengue, le délégué fait office d’officier d’état civil en ce sens qu’il a le pouvoir de déclarer un enfant au cas où ses parents ne l’auraient pas fait. Il soutient que le délégué de quartier joue également le rôle de médiateur dans certains conflits familiaux dans la mesure où il peut aider à un arrangement à l’amiable des conflits locaux, familiaux, professionnels ou de voisinage (problèmes entre locataires, litige sur fond de vente de maison, etc.), et devient de fait un auxiliaire de la justice tout comme un auxiliaire du ministère de l’Intérieur.
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« Ses fonctions de proximité en font le premier interlocuteur du quartier. Il est aussi le dépositaire de l’administration territoriale et doit savoir le nombre de personnes qui y vivent, les maisons qui s’y trouvent et le nombre de ménages. C’est essentiel pour pouvoir maîtriser certaines problématiques dans le quartier », confie-t-il.
Cependant, Ousmane Mbengue se désole du fait que malgré toutes ces charges, le délégué de quartier ne dispose pas d’un bureau pour faire son travail convenablement ni d’un espace pour organiser des réunions. « Nous sommes sans revenus significatifs et nous devons nous débrouiller pour nous acquitter de nos responsabilités », ajoute-t-il. C’est la raison pour laquelle, il trouve urgent de rendre effectif le statut de délégué afin de lui permettre de pouvoir assurer correctement ses responsabilités.
Protéger le délégué de quartier
Délégué du quartier Mousdalifa 4, sis dans la même commune, Souleymane Faye membre de l’Association des délégués de quartier du Sénégal dénonce le fait que la nomination d’un délégué de quartier ne se passe pas toujours dans les règles. « En plus, les 50.000 FCfa d’indemnité que perçoit le délégué sont largement en deçà de ses charges sociales. Notamment, les nombreuses sollicitations venant des ménages démunis », témoigne-t-il.
Dans le même ordre, il pointe du doigt un problème d’insécurité. « Nous ne sortons pas les nuits, juste pour éviter que des personnes frustrées ne se vengent contre nous, car souvent, des gens arrêtés pensent que c’est le délégué de quartier qui les a dénoncés », dit-il. Il en profite pour lancer un cri du cœur et demande aux autorités de mettre en place des maisons de délégués de quartier dans chaque commune.
Le ministre des Collectivités territoriales saisi
Le décret 86 761 du 30 juin 1986 fixe le statut du chef de quartier qui est aujourd’hui délégataire en même temps, représentant et auxiliaire du maire. Ce décret est modifié en 1992 par le décret 92-1615 du 20 novembre 1992. En effet, en vertu dudit décret, il est chargé d’aider à l’application des lois, décrets, arrêts et arrêtés, ainsi que d’autres décisions circulaires, de même les mesures d’hygiène et de salubrité publique prises par les autorités administratives et municipales.
Aujourd’hui, les délégués de quartier souhaitent la révision de leur statut. « Actuellement, l’association nationale des délégués de quartiers a préparé un statut du délégué de quartier qui est déposé sur la table du ministre des Collectivités territoriales. Nous pensons que Monsieur Moussa Bala Fofana prendra en compte les préoccupations des délégués de quartiers dans l’élaboration de l’acte 4 de la décentralisation », explique Souleymane Faye de l’Association des délégués de quartier du Sénégal.
Abdou DIOP

