Face à la multiplication des accidents et des vols à l’arraché, le directeur de la Circulation routière et de la mobilité, Mandiaye Faye défend le bilan de l’opération de régularisation des deux-roues. Malgré les lenteurs administratives et les critiques sur le coût des plaques, il annonce une structuration prochaine des secteurs de la livraison et du transport de passagers.
La réglementation sur l’immatriculation des moto taxis vise à renforcer la sécurité et l’identification des véhicules. Mais sur le terrain, beaucoup de conducteurs continuent de circuler sans être inquiétés. Comment expliquez-vous ce décalage entre la règle et son application ?
Il est essentiel de bien comprendre que l’opération d’immatriculation gratuite que nous avons menée s’est inscrite dans un contexte institutionnel et social extrêmement spécifique. Le constat de départ qui a été dressé par nos services et par les forces de l’ordre est sans appel : les deux-roues motorisés étaient impliqués dans la très grande majorité des accidents de la circulation, avec des bilans humains et matériels souvent dramatiques.
Face à cette situation, il relève de la responsabilité régalienne de l’État d’assurer un contrôle de sécurité extrêmement strict et de mettre en place un niveau de sanction proportionné pour garantir la protection de nos concitoyens.
Ce que certains perçoivent comme un décalage n’est en réalité qu’une question de phasage. Ce qu’il faut comprendre dans le cadre de cette opération organisée par le ministère des Transports en janvier 2025, c’est qu’il s’agissait d’une mesure exceptionnelle de régularisation massive. Ce n’était pas encore l’aboutissement de la réglementation finale, mais une première étape de mise en conformité qui a porté ses fruits.
Sur une période de seulement six mois, nous avons réussi à immatriculer un total de plus de 124.000 motos. Nous ne sommes donc pas dans l’ambiguïté. L’État a lancé cette première phase de régularisation qui sera suivie par d’autres étapes.
Nous finalisons actuellement deux textes réglementaires majeurs. Le premier porte sur la réglementation des deux-roues effectuant du transport de passagers, une activité qui a créé une cacophonie importante, notamment dans la région de Dakar. Le second texte concerne le secteur de la livraison. Très bientôt, ces décrets seront signés et permettront d’organiser et de structurer définitivement ce secteur qui est, par ailleurs, un grand pourvoyeur d’emplois pour notre jeunesse.
De nombreux conducteurs jugent le coût, (28.000 FCfa) élevé pour une activité souvent précaire. Envisagez-vous des mesures d’accompagnement pour les acteurs les plus vulnérables ?
Il y a souvent une confusion qu’il convient de lever concernant le coût de cette opération. Lorsque nous parlons d’opération gratuite, nous faisons référence à l’effort fiscal inédit consenti par l’État du Sénégal. Durant cette période exceptionnelle, le gouvernement a décidé de ramener la tarification de l’impôt à zéro. C’est un avantage majeur qui a été octroyé pour encourager les conducteurs à se mettre en règle.
Toutefois, l’immatriculation technique d’un véhicule engendre des coûts de production qui ne dépendent pas directement de la fiscalité. Les 28.000 FCfa dont vous parlez correspondent exclusivement aux tarifs de la concession pour la fabrication de la plaque d’immatriculation et l’édition de la carte grise sécurisée. Ce montant est le prix planché lié à la prestation technique et à la sécurisation des titres de transport.
L’État ne fait donc aucune recette fiscale sur cette somme. Au contraire, en supprimant les taxes habituelles, nous avons déjà mis en place une mesure d’accompagnement sociale extrêmement forte pour faciliter la régularisation. Pour nous, le problème n’est pas le coût, car cet effort de l’État a justement été pensé pour rendre la procédure accessible.
Par ailleurs, dans la politique globale du ministère des Transports, nous réfléchissons continuellement à de nouvelles facilités pour encourager les conducteurs. Cependant, la réglementation qui arrive rendra cette immatriculation obligatoire, car c’est le seul moyen d’identifier formellement chaque véhicule circulant sur nos routes.
Comment comptez-vous remédier aux lenteurs dénoncées ?
Des lenteurs ont effectivement été notées durant le traitement des dossiers d’immatriculation. Mais il faut en analyser les causes pour comprendre l’ampleur de la tâche accomplie. En l’espace de six mois, nos services régionaux et centraux ont reçu environ 155.000 dossiers sur l’ensemble du territoire national.
Face à cet afflux massif, nos équipes ont été confrontées à des défis logistiques et de saisie informatique. Ce retard est, paradoxalement, le signe du succès éclatant de l’opération. Il ne s’agissait pas simplement d’enregistrer des noms, mais d’effectuer une vérification systématique de la conformité des dossiers. Cette étape était cruciale, car elle nous a permis de rejeter des dossiers portant sur des motos volées ou des numéros de châssis trafiqués. La sécurité publique ne peut souffrir d’aucune approximation.
Aujourd’hui, je peux affirmer que cette phase de congestion est derrière nous. La quasi-totalité des dossiers valides a été traitée. Sur l’ensemble du volume reçu, plus de 100.000 dossiers ont été acceptés, saisis, et les cartes grises ont été délivrées aux usagers.
Il reste néanmoins un point important à souligner environ 40.000 dossiers ont été intégralement traités et saisis, mais ils sont actuellement en attente de paiement. Les propriétaires concernés ont reçu des notifications par Sms pour venir s’acquitter des frais de plaque et retirer leurs documents. J’invite donc ces usagers à se rapprocher de nos services pour finaliser leur démarche.
Comment l’administration compte-t-elle gérer le cas des conducteurs qui se disent exclus du processus de régularisation en raison de l’absence de documents liés à l’achat de leur moto ?
Je récuse le terme d’exclusion. L’administration a pour mission de régulariser ce qui est légal, pas de valider la fraude. Une opération de régularisation ne signifie pas que nous allons accepter n’importe quel type de véhicule sans vérification d’origine. Nous ne pouvons décemment pas cautionner l’immatriculation d’une moto dont le châssis a été trafiqué ou qui provient d’un vol. Ce serait une faute grave vis-à-vis des victimes de ces délits.
Cependant, nous faisons preuve de discernement pour les cas de bonne foi. Lorsqu’un dossier est rejeté uniquement pour absence de pièces justificatives ou parce que certains documents doivent être complétés, la porte n’est pas fermée. Si le propriétaire parvient à prouver l’existence de ces documents ou à régulariser sa situation douanière, son dossier est réexaminé et validé.
L’opération de contrôle que nous avons menée a précisément servi à distinguer les motos en contentieux de celles qui peuvent être légalement intégrées au parc national. Le rôle de l’administration reste l’accompagnement.
Pour une moto règlementaire et conforme, le processus n’est pas complexe. L’usager doit d’abord se rendre au niveau de la douane pour obtenir son Certificat de mise en consommation. Une fois ce précieux sésame en main, nos services vérifient la conformité physique du châssis. Si aucun contentieux n’est détecté, la procédure est lancée et l’immatriculation est désormais effective en un temps record de trois à quatre jours.
Certains acteurs du secteur perçoivent cette réforme comme une mesure davantage fiscale que sécuritaire…
L’administration ne cherche pas à ponctionner les revenus des conducteurs, mais à sauver des vies. La véritable motivation est la sécurité routière et la sécurité publique. Nous avons observé une recrudescence des cas de vol à l’arraché impliquant des deux-roues motorisés. Sans plaque d’immatriculation, ces individus bénéficient d’une anonymisation qui rend le travail de la police extrêmement difficile.
En identifiant chaque moto, nous protégeons non seulement les citoyens, mais aussi les conducteurs eux-mêmes contre le vol de leur propre outil de travail. Pour rétablir la confiance, nous misons sur le dialogue et la structuration. Nous travaillons directement avec les services de la Poste pour encadrer le secteur de la livraison.
L’objectif est de passer d’une activité informelle et parfois chaotique à un secteur professionnel, reconnu et respecté. L’État met en place une continuité de dispositions pour faciliter les démarches de tous ceux qui veulent circuler sans difficulté majeure.
Propos recueillis par Pathé NIANG

