Face à la montée des flux financiers suspects et à la sophistication des mécanismes de blanchiment de capitaux, la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) mise sur la technologie, la coopération internationale et le renforcement de capacités des acteurs concernés.
Lors d’un échange avec la presse, les responsables de l’institution ont également insisté sur les enjeux liés à la transparence des bénéficiaires effectifs et à l’évaluation du dispositif sénégalais de lutte contre la criminalité financière.
Répondant aux questions des journalistes, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, président de la Centif, Mme Khadidjatou Fayez F. Diop, secrétaire générale, le commissaire Mandjibou Lèye, Directeur des enquêtes policières (Dep), Alioune Niokhor Diouf, Directeur des affaires judiciaires (Daj), et Babacar Amadou Dieng, Directeur des enquêtes administratives et financières (Deaf), ont été interpellés sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le traitement des données financières.
Les responsables ont expliqué que la Centif s’appuie déjà sur des outils numériques pour moderniser ses procédures face à un volume croissant de déclarations d’opérations suspectes, estimé à 866 dossiers par an.
« À la Centif, la dématérialisation est déjà une réalité opérationnelle permettant de pallier le manque de personnel grâce à une efficacité technologique accrue », ont indiqué les conférenciers.
Toutefois, cette transition numérique s’accompagne d’une vigilance particulière concernant la confidentialité des données sensibles partagées avec certains prestataires externes. Les responsables ont insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre innovation technologique et sécurité de l’information.
Pour illustrer les défis liés à l’inclusion financière, les responsables ont cité le cas d’un éleveur rencontré lors d’une tournée dans les régions, qui conservait plus de 80 millions de FCfa dans un portefeuille mobile. Selon eux, malgré leur poids économique, plusieurs acteurs du secteur informel restent exclus des circuits bancaires classiques, faute de documents administratifs permettant l’ouverture de comptes sécurisés.
Le commissaire Lèye a ainsi plaidé pour une meilleure organisation administrative adossée aux nouvelles technologies mobiles afin d’assurer la traçabilité des flux financiers.
Améliorer la qualité du débat sur la criminalité financière
Les échanges ont également porté sur la transparence des bénéficiaires effectifs dans les sociétés et structures juridiques. Les responsables de la Centif ont rappelé que le Sénégal est tenu de respecter les recommandations 24 et 25 du Groupe d’action financière (Gafi), qui imposent l’identification des véritables propriétaires ou des personnes exerçant un contrôle sur les entreprises. Cette exigence vise notamment à lutter contre les sociétés-écrans et les montages financiers opaques utilisés dans les circuits illicites.
Les responsables ont souligné l’importance de renforcer les capacités des professionnels des médias afin d’améliorer la qualité du débat public sur la criminalité financière. Selon eux, une meilleure organisation des journalistes en réseaux spécialisés faciliterait la mise en place de formations adaptées aux besoins du secteur.
Dans cette dynamique, la Centif envisage des sessions de formation sur mesure destinées aux acteurs des médias. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) organise déjà des formations régionales auxquelles participent des journalistes sénégalais.
L’objectif est désormais de reproduire ces initiatives à l’échelle nationale afin d’approfondir les connaissances sur les mécanismes de blanchiment de capitaux, les sociétés-écrans et les techniques de criminalité financière.
Évaluation : les enjeux de transparence et de conformité
Abordant l’évaluation du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, Tafsir Hanne, directeur de la coopération, a indiqué que cet exercice constitue un enjeu majeur pour le Sénégal. À travers la Centif, les autorités cherchent à démontrer leur conformité aux normes internationales définies par le Gafi et le Giaba.
Selon lui, cette évaluation permet également de mesurer l’efficacité des dispositifs de vigilance mis en place par les banques, les assurances, les notaires et les autres acteurs assujettis. Elle doit apprécier leur capacité à détecter les opérations suspectes, à assurer la traçabilité des flux financiers et à coopérer avec les autorités judiciaires.
À travers ces réformes et mécanismes de contrôle, le Sénégal entend renforcer sa crédibilité financière, préserver l’intégrité de son système économique et améliorer sa coopération avec les partenaires internationaux.
Par Hadja Diaw GAYE

