Pour sa 40e édition, la ziarra annuelle de Thierno Ahmadou Balndé, défunt Khalife du Fouladou, qui a démarré hier, a une fois de plus transformé Madina Houda (Madina Gounass) en un épicentre vibrant de la foi. Des milliers de disciples s’y pressent pour ce rendez-vous devenu majeur, défiant la distance, l’âge et la fatigue pour un moment de communion spirituelle intense.
VELINGARA – La foule est compacte. L’odeur de l’encens se mêle à celle des corps. Portés par des haut-parleurs à bout de souffle, les zikrs lancinants hantent les vieux arbres. Il est un peu plus de 10 heures. Dans la fournaise de ce 5 février 2026, Lalo Diao, le visage émacié, lutte contre la chaleur qui l’accable.
Depuis plus de vingt ans, ce jeune originaire de Vélingara ne manque pas la ziarra annuelle de Thierno Ahmadou Balndé. Arrivé la veille, il se tient, presque chancelant, happé par l’intensité des récitals coraniques. « Je vis pour la cause de Thierno (l’illustre défunt Thierno Amadou Balndé), l’apôtre de la paix, » murmure-t-il, les yeux fermés, entre deux respirations.
« Je suis né dans une famille de croyants, tous sont ses disciples. J’ai suivi les pas de mes parents et je ne le regrette pas », ajoute-t-il. Pour Lalo, la foi a une odeur, celle d’un « mélange de bonheur et de paix intérieure », un parfum entêtant qui l’appelle chaque année.
Quelques mètres plus loin sous l’effet enivrant de la ferveur ambiante, Ablaye Baldé égrène son chapelet. Ce Bissau-guinéen, coiffé d’un bonnet blanc, pantalon bouffant et grand boubou, est accoudé à un tronc d’arbre, témoin silencieux de la dévotion qui l’entoure.
Comme ses compatriotes venus en masse des pays voisins, il est là pour renouveler son allégeance à Thierno Ahmadou Balndé, le défunt Khalife général du Fouladou. « Cette ziarra renforce la foi. On prie pour que Dieu exauce nos vœux », explique-t-il.
À Madina Houda, l’âge n’a pas de prise sur la foi. Ousmane Mballo, très âgé, se déplace à l’aide d’une canne, sa silhouette frêle se frayant un chemin dans la foule compacte. Malgré son handicap, il a tenu à être présent.
Sa détermination force le respect et illustre l’adage que la foi n’a pas d’âge. Sa présence, comme celle de milliers d’autres, rappelle l’ancrage profond de cette ziarra dans la vie spirituelle de toute une région.
Alors que le crépuscule s’installe, les prières redoublent d’intensité. Dans ce tumulte de ferveur et de piété, Madina Houda devient, le temps d’un rassemblement de deux jours, le cœur battant du Fouladou et du sud.
Un cœur qui bat au rythme des zikrs, des récitals du Coran, de la sueur et des espoirs portés vers un seul homme, Thierno Ahmadou Balndé, dont l’héritage spirituel continue de rassembler, trois ans après sa disparition, des milliers d’âmes en quête de paix.
De notre envoyé spécial à Vélingara, Ibrahima KANDE

