La Préfecture de Tambacounda, l’un des bâtiments historiques de la ville, connaît depuis deux ans des travaux de rénovation pour lui rendre son lustre d’antan. L’édifice, considéré comme le premier bâtiment administratif de la ville, est entré dans l’histoire comme ayant accueilli Aline Sitoé Diatta lors de sa déportation vers le Soudan français (Mali).
C’est un bâtiment de style colonial, mais rempli d’histoires. Sur la grande route qui mène vers la nouvelle université de Tambacounda se dresse une grande bâtisse blanche surmontée d’un toit en tôle rouge. Il est considéré comme le premier bâtiment administratif de la ville de Tambacounda. À l’intérieur, le temps semble se figer comme si les murs voulaient toujours témoigner de la grande histoire architecturale de la capitale du Sénégal oriental.
Il faut dire que ce bâtiment, qui a subi une nouvelle cure de jouvence avec des travaux de réhabilitation menés depuis plus de deux ans par le ministère de l’Intérieur, attend avec impatience sa réouverture. C’est donc vers un petit bâtiment annexe qu’il faut se rendre pour dialoguer avec le maître des lieux, le préfet de Tambacounda, Alioune Badara Mbengue. Ce dernier, en poste depuis novembre 2023, se dit hâte de retrouver les bureaux de sa préfecture.
« Il y a juste quelques réglages à faire, mais nous comptons incessamment rejoindre le bâtiment pour y abriter les services de l’administration au niveau du département », affirme-t-il, laissant au passage un sourire.
Poursuivant, le haut fonctionnaire a salué les travaux de réfection qui, dit-il, vont rehausser le prestige de l’État dans la ville. « Nous ne pouvons qu’apprécier ce geste, parce que l’administration représente l’État et doit avoir une certaine posture. Donc, c’est vraiment avec beaucoup de fierté qu’on a accueilli la réfection de ce bâtiment par le ministère de l’Intérieur », soutient-il.
Souleymane Diakhaté, agent des services de protection de l’enfance à la retraite et spécialiste du patrimoine à Tambacounda, revient sur l’historique de ce patrimoine.
« Ce bâtiment est un patrimoine classé de l’État. Il a été construit entre 1914 et 1916 pendant la Première Guerre mondiale pour accompagner le transfert du chef-lieu du cercle de Maka Koulibantan à Tambacounda. Ce transfert qui a eu lieu en 1920 est dû à l’importance que prenait le chemin de fer qui devait passer par Tambacounda », raconte-t-il.
Selon lui, le bâtiment qui servait de lieu de résidence au commandant de cercle était intégré dans un ensemble architectural qui voulait démontrer la domination coloniale dans la ville.
« La construction du bâtiment de la Préfecture avait devancé celle de la gare qui date de 1922. Son premier occupant est le commandant Daniel You. Il surplombait et dominait toute la ville », déclare-t-il. Poursuivant son propos, M. Diakhaté nous révèle que la préfecture disposait aussi d’un bâtiment annexe qui est présenté comme la première prison de Tambacounda. On dit qu’Aline Sitoé Diatta y a été internée de manière brève en 1943 lors de sa déportation. Par la suite, ce petit bâtiment va servir d’armurerie.
Toutefois, même s’il salue la volonté des autorités de préserver le patrimoine bâti à Tambacounda, M. Diakhaté regrette que ces travaux n’aient pas pris toute l’originalité de ce bâtiment. « C’est dommage qu’on n’ait pas reproduit le toit à l’authentique. Le toit d’origine était formé de tuiles alors que le nouveau est fait de tôles ondulées », dit-il. « Ce bâtiment est typique de l’architecture coloniale avec de grandes chambres et fenêtres imposantes. Il va accueillir en 1957 le premier maire de la ville de Tambacounda, Mamadou Sèye », conclut-il.
Mamadou Makhfouse NGOM


