Niché dans la commune d’Adéane, sur l’axe menant à Tanaff, Koundioundou a renoué, ce jeudi 18 juin, avec l’un des rendez-vous les plus marquants de son histoire. Quarante ans après son dernier congrès, le village a choisi de se rassembler pour dresser le bilan de son parcours et tracer collectivement les perspectives de son avenir.
ZIGUINCHOR – Le calme est l’une des premières choses qui frappent lorsqu’on arrive à Koundioundou. Ici, le temps semble parfois ralentir. Les manguiers centenaires offrent leur ombre généreuse aux habitants, tandis que les chants des oiseaux accompagnent les premières heures du jour.
Dans ce village paisible de la commune d’Adéane, où la nature conserve encore tous ses droits, les populations cultivent depuis des générations un attachement profond à leurs terres, à leurs traditions et à leur histoire. Fondé vers les années 1800 par Ndiogou Ndiaye, un pêcheur venu du nord du Sénégal, Koundioundou a traversé les époques sans jamais perdre son identité.
Derrière cette apparente quiétude se cache pourtant une localité confrontée, comme tant d’autres villages ruraux, à des défis liés à l’organisation sociale, au développement économique et aux infrastructures de base. C’est pour réfléchir à ces enjeux que les fils et filles du village ont décidé de faire revivre une tradition presque oubliée.
Ce jeudi 18 juin 2026, la place publique a retrouvé l’effervescence des grands jours à l’occasion de la troisième édition du congrès de Koundioundou, la première depuis celles de décembre 1985 et de mars 1986.
Une unité retrouvée autour de défis communs
Dès les premières heures de la matinée, habitants, notables, femmes, jeunes et ressortissants venus de Dakar et d’autres localités du pays ont convergé vers le cœur du village. Les retrouvailles chaleureuses et les échanges nourris témoignaient de l’importance de cette rencontre.
Plus qu’un simple rassemblement, ce congrès s’est voulu un véritable rendez-vous avec l’histoire. Placée sous le thème « Réorganisation du village », cette édition a permis d’aborder sans détour les préoccupations actuelles de la communauté.
Les discussions ont porté sur la gestion foncière, l’aménagement de l’espace villageois, la prévention des conflits internes, la transmission des valeurs sociales, le respect dû aux personnes âgées, l’encadrement de la jeunesse ainsi que la mise en place d’une caisse de solidarité destinée à soutenir les familles vulnérables, notamment lors des décès.
Pour les organisateurs, l’ambition est claire : replacer le dialogue au cœur de la vie communautaire et créer les conditions d’un développement harmonieux.

Selon lui, le développement du village passe nécessairement par la cohésion sociale et l’implication de chaque habitant.
Dans un contexte marqué par les mutations sociales et l’exode rural, qui fragilisent parfois les liens communautaires, les participants ont insisté sur la nécessité de préserver l’unité. Un message relayé par le chef du village, Salif Mané.
« Aucun village ne peut avancer dans la division. Nous devons rester unis pour construire l’avenir que nous voulons pour nos enfants », a-t-il déclaré.
La jeunesse a également occupé une place centrale dans les échanges. Considérés comme les principaux acteurs du changement, les jeunes ont été invités à s’impliquer davantage dans les initiatives locales et dans la gestion des affaires communautaires.
La santé des femmes au cœur des préoccupations
Au-delà des questions sociales et organisationnelles, un sujet a particulièrement retenu l’attention : la santé des femmes.
Depuis plus de dix ans, une maternité construite dans le village attend toujours sa mise en service. Une situation qui suscite incompréhension et frustration au sein des populations.
Au nom des femmes, Aminata Seydi a insisté sur l’urgence de rendre cette structure opérationnelle afin de soulager les nombreuses familles contraintes de se rendre dans d’autres localités pour accéder à des soins adaptés.
Même constat pour Binta Diatta Diémé, matrone au poste de santé de Diagnon. Selon elle, le principal obstacle demeure l’absence d’une sage-femme d’État.
Pourtant, le bâtiment existe, les équipements sont disponibles et les besoins sont bien réels.
Cette revendication est devenue l’un des symboles des attentes exprimées lors de ce congrès : celui d’un village qui ne réclame pas l’impossible, mais simplement les moyens nécessaires pour améliorer les conditions de vie de ses populations.
À l’issue de la rencontre, un sentiment dominait : celui d’un nouvel élan. Quarante ans après avoir réuni pour la dernière fois l’ensemble de ses forces vives, Koundioundou semble avoir retrouvé le chemin de la concertation.
Dans ce village de Casamance où les traditions continuent de rythmer le quotidien, les habitants ont décidé de prendre leur destin en main. Derrière les discours, les engagements et les résolutions adoptées, une conviction s’est imposée : l’avenir de Koundioundou s’écrira d’abord dans l’unité.
Par Gaustin DIATTA (Correspondant)


