Babacar Thiam est le véritable miracle de Baye Niasse. À Médina Baye, son nom reste attaché à une voix singulière, capable de faire naître l’émotion dès les premières invocations. Une voix qui, malgré sa disparition en 2010, continue de traverser les générations.
Originaire de Passy, Cheikh Babacar Thiam était aveugle et enseignant coranique. Formé auprès de Serigne Omar Faati Diallo Niasse, il comptait parmi les grands « sikkarkat » de la Fayda Tijaniyya. Sa connaissance du Coran et des textes religieux lui permettait de conduire les séances avec une maîtrise remarquable.
Mais ce qui frappait surtout, c’était sa voix. Elle avait cette rare puissance de transpercer les cœurs au rythme des « Lâ ilâha illallah ». Dans les assemblées, elle imposait une atmosphère particulière, faite de recueillement, de ferveur et d’abandon spirituel.
Chez lui, le sikkar dépassait la simple récitation. Invocations, louanges au Prophète Muhammad (PSL) et poèmes dédiés à Baye Niasse se mêlaient dans un répertoire maîtrisé par cœur. Sa cécité n’était pas un frein : sa mémoire et sa connaissance des textes lui permettaient de guider les fidèles sans avoir besoin de voir leurs visages.
Les archives témoignent de sa présence lors de plusieurs grands rendez-vous de la Fayda, notamment au Gamou de Taïba Niassène en 1996 et au Maouloud de 2005. Il partagea également certaines prestations avec Baba Ndiaye, autre grande voix du Zikr de Baye Niasse.
Cette génération de « sikkarkat » a largement contribué à préserver une tradition qui se transmettait alors par la voix, les cassettes et les rassemblements religieux. Les enregistrements de Babacar Thiam constituent aujourd’hui une véritable mémoire sonore de cette époque.
En février 2010, il est rappelé à Dieu, à quelques jours du Gamou de Médina Baye. L’homme disparaît, mais son héritage demeure.
Il suffit parfois de lancer un ancien enregistrement pour retrouver cette voix, ce rythme, cette ferveur. Les années passent, les générations changent, mais le « Lâ ilâha illallah » de Babacar Thiam continue de résonner.
À Médina Baye, certaines voix ne s’éteignent pas. Elles deviennent une mémoire.
Papa Abdoulaye Sy


