Avant que Médina Baye ne devienne ce vaste foyer spirituel connu bien au-delà des frontières du Sénégal, des hommes ont accompagné Baye Niass dans les premières étapes de son œuvre. Parmi eux, Cheikh Ibrahima Fall, RTA, plus connu sous le nom de Mame Cheikh Ibrahima Fall ou « Wayou Baye ». Disciple et compagnon infatigable de Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niass, il occupe une place importante dans la mémoire de la Faydha.
Sa relation avec Baye Niass est au cœur des récits qui lui sont consacrés. Elle est décrite comme une relation faite de fidélité, d’affection et d’engagement. Une parole attribuée à Baye Niass en témoigne : « L’amour que Ibrahima Fall porte à moi est sans précédent. » Une formule qui résume, dans la tradition rapportée par ses disciples, la profondeur du lien entre les deux hommes.
Il ne faut pas le confondre avec Cheikh Ibrahima Fall, célèbre disciple de Cheikh Ahmadou Bamba. Le personnage évoqué ici appartient à l’histoire de la Faydha de Baye Niass et son parcours est étroitement associé à Kossi, village qui occupe une place importante dans les premières étapes de cette histoire.
C’est à Kossi que Mame Cheikh Ibrahima Fall aurait vécu durant l’essentiel de son parcours. Le village devient son principal lieu d’enseignement et de formation. Autour de lui se constitue un cercle de disciples auxquels il transmet les fondements de la Faydha, dans une démarche mêlant connaissance, pratique spirituelle et discipline.
Cette activité d’enseignement est présentée par ses disciples comme la naissance d’une véritable école, parfois désignée sous le nom des « Allah Baye ». L’objectif était de former des hommes et des femmes capables de recevoir puis de transmettre un héritage spirituel avec rigueur.
Un épisode rapporté dans cette tradition illustre le crédit dont il bénéficiait auprès de Baye Niass. Mame Astou Diankha, la mère de Baye Niass, aurait sollicité son fils afin d’être initiée aux enseignements de la Faydha. Selon le récit transmis, Baye Niass l’aurait orientée vers Mame Cheikh Ibrahima Fall, le désignant ainsi comme la personne indiquée pour l’accompagner dans cette démarche.
Présenté comme un témoignage de la considération spirituelle que lui accordait Baye Niass, cet épisode doit toutefois être replacé dans le registre des récits transmis au sein de la communauté de la Faydha.
L’origine du nom « Wayou Baye »
Le surnom « Wayou Baye » est lui-même associé à un récit conservé dans la mémoire de ses disciples. Un jour, à Kossi, alors que Mame Cheikh était entouré de ses disciples pour des séances de zikr, ceux-ci auraient utilisé une formule qui ne correspondait pas, selon lui, à ce qu’ils devaient dire. Après un silence, il les aurait invités à reprendre le zikr en employant l’expression « Wayou Baye ».
Le terme aurait ensuite été associé à son nom et à la relation particulière qu’il entretenait avec Baye Niass.
D’autres anecdotes vont dans le même sens. L’une d’elles rapporte notamment que Baye Niass aurait un jour appelé Mame Cheikh à plusieurs reprises. Celui-ci lui aurait répondu en répétant son nom. Baye Niass lui aurait alors annoncé qu’un jour, les hommes chercheraient à atteindre l’amour qu’il lui portait sans parvenir à retrouver la trace de ses pas.
Une autre histoire raconte qu’un homme venu auprès de Baye Niass regrettait de ne pouvoir lui offrir ni argent ni bien matériel. Baye aurait alors montré Mame Cheikh en affirmant, selon le récit, que s’il était possible d’ouvrir son cœur, on y trouverait Baye lui-même.
Ces anecdotes appartiennent à la mémoire orale de la Faydha. Elles n’en demeurent pas moins révélatrices de l’image construite autour de Mame Cheikh : celle d’un homme dont la relation avec Baye Niass reposait avant tout sur l’attachement et le dévouement.
Une école, des disciples, un héritage
L’œuvre de Mame Cheikh Ibrahima Fall se lit surtout à travers ceux qu’il a formés. Parmi les disciples cités figurent Cheikh Abdoulaye Wilane, Oustaz Dame Ka, Baye Pathé Kébé, Mame Lamine Diop, Ya Néné Thiam et Baye Mactar Ka.
Ce dernier est présenté comme l’un de ses disciples et comme un continuateur de son enseignement. À travers Baye Mactar Ka, une partie de la tradition reçue à Kossi continue d’être transmise, prolongeant ainsi le travail pédagogique et spirituel de son maître.
Cette filiation donne à l’histoire de Mame Cheikh une dimension particulière. Son rôle ne s’est pas limité à accompagner Baye Niass : il a aussi participé à la formation d’une génération de disciples et à la diffusion d’un enseignement qui a traversé les décennies.
Kossi reste le symbole de cette œuvre. C’est là que Mame Cheikh aurait enseigné, formé et vécu une grande partie de son existence. Le village conserve ainsi la mémoire d’un homme qui fut à la fois compagnon de Baye Niass, maître de disciples et acteur de la transmission de la Faydha.
Dans cette histoire, Mame Cheikh Ibrahima Fall apparaît moins comme une figure secondaire que comme l’un des hommes qui ont contribué à donner corps à l’œuvre de Baye Niass. Son parcours relie le compagnonnage à la transmission, l’attachement personnel à la formation des disciples.
Et son surnom, « Wayou Baye », demeure comme la formule la plus forte pour résumer cette relation singulière : celle d’un homme dont la vie, selon la mémoire de ses disciples, fut profondément liée à Baye Niass et à la Faydha.
Papa Abdoulaye Sy


