Dévoué et persévérant. Mame Ousmane Samb est le président du Comité d’organisation au service de Khalifa Ababacar Sy (Coskas). Aux destinées de ce mouvement depuis 17 ans, il travaille, de manière acharnée, pour son rayonnement au profit de la cité religieuse.
La tenue soignée, la voix mesurée et une grande discrétion : à première vue, rien ne laisse deviner la lourde responsabilité que porte Mame Ousmane Samb. Pourtant, depuis près de vingt ans, il préside aux destinées du Comité d’organisation au service de Khalifa Ababacar Sy (Coskas), succédant à feu El Hadji Ousmane Fall de Saint-Louis.
Pour lui, cet engagement représente avant tout une « école de vie » et le prolongement d’une éducation spirituelle entamée dès son plus jeune âge. Natif de Yoff, il a grandi dans un environnement imprégné de valeurs religieuses. S’il est apparenté par le sang à Seydina Limamou Laye, l’histoire de sa famille l’a ancré dans la Tarikha tijaniyya.
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Son arrière-grand-père entretenait déjà des liens étroits avec El Hadji Malick Sy à Saint-Louis. À Yoff, la demeure ayant accueilli l’érudit de Tivaouane se trouve juste en face de la maison familiale ; sa chambre et son lit y sont d’ailleurs précieusement conservés.
Diplômé d’un Master en développement local et communautaire de l’École nationale d’économie appliquée (Enea), Mame Ousmane Samb s’est investi très tôt dans la vie associative et citoyenne. Ancien adjoint au maire de Yoff, deux fois conseiller municipal, puis président du foyer des jeunes et du comité de santé du district Ouest, il a multiplié les responsabilités au service des siens.
Autant d’expériences qui lui ont permis de développer de solides compétences en organisation, en mobilisation et en gestion humaine. Pourtant, son intégration au Coskas ne relevait pas d’un choix personnel initial. En 2000, alors qu’il aspirait à vivre sa foi en simple talibé sans s’engager dans un mouvement, il participe à un séminaire de trois jours à Tivaouane.
Lors de la cérémonie d’ouverture, le guide religieux Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine invite chaleureusement les participants à rejoindre l’organisation. Ce tournant décisif marque le début d’un dévouement sans faille.
D’abord membre, puis vice-président de la commission des jeunes, il tire un enseignement profond de sa proximité avec le guide religieux. « Je n’ai jamais regretté d’avoir intégré le comité. Être à ses côtés était une aubaine pour parfaire mon éducation. Dieu m’a offert cette opportunité », se réjouit-il.
Aujourd’hui encore, les conseils, la vision et l’affection reçus d’Al Amine continuent d’inspirer son action à la tête du Coskas.
Démocratiser l’organisation
Créé en 1968, le Coskas avait pour mission initiale d’assurer l’accueil des pèlerins et de veiller au bon déroulement du Mawlid. L’année 2000 marque un tournant majeur sous l’impulsion de Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine. Sans renier sa vocation première, le mouvement élargit progressivement ses horizons aux domaines culturel, scientifique, économique et social.
« À ses débuts, il recrutait de manière très restreinte et il n’était pas facile d’y accéder. Constatant l’engouement d’une jeunesse désireuse de s’investir, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine a décidé de démocratiser l’organisation en y intégrant pleinement les jeunes et les femmes », explique son président.
Cette dynamique d’ouverture prend une tout autre ampleur en 2009, lorsque Mame Ousmane Samb est porté à la tête de la structure. Avec son équipe, il s’emploie à consolider le maillage territorial du Coskas et à ancrer ses actions dans le développement local.
« Aujourd’hui, notre mission est transversale. Nous intervenons dans une multitude de domaines qui touchent directement le quotidien des populations », résume-t-il. Sous sa conduite, le Coskas a concrètement investi le secteur agricole en intégrant la filière rizicole, notamment grâce à l’exploitation de 100 hectares à Ross-Béthio, dans la région de Saint-Louis.
L’organisation a également mis en place des coopératives dans plusieurs régions comme Kaffrine, Nioro, Louga et Saint-Louis. En parallèle, elle accompagne l’autonomisation des jeunes à travers des programmes de formation en embouche bovine, et annonce prochainement la formation de 400 membres aux métiers du numérique.
Dévoué et rompu à la tâche, Mame Ousmane Samb œuvre sans relâche au rayonnement de la structure. Un engagement salué par ses condisciples, à l’image du secrétaire général du Coskas, Khalifa Ababacar Niang.
« Depuis son accession à la présidence, il n’a jamais changé. Il incarne parfaitement notre devise : Foi, discipline et discrétion. C’est un homme généreux, profondément à l’écoute, qui privilégie toujours le partage et sait intégrer les suggestions de chacun », témoigne-t-il.
Aujourd’hui, le Coskas compte plus de 10.000 membres répartis dans des sections locales implantées dans la quasi-totalité des régions du Sénégal. Chaque section rassemble entre 30 et 200 personnes. Pour adhérer, les nouveaux membres remplissent une fiche d’engagement et s’acquittent d’une cotisation annuelle fixée à 10.000 FCfa.
Solidarité agissante
Au-delà de ses membres, le mouvement bénéficie de l’appui constant de nombreux sympathisants et bienfaiteurs. « Musulmans comme chrétiens participent, chaque année, à la souscription. C’est grâce à cette solidarité agissante que nous finançons une partie de l’organisation du Gamou », souligne Mame Ousmane Samb, tout en reconnaissant que les ressources demeurent encore modestes au regard des grandes ambitions de la structure.
À l’approche du grand évènement religieux, le quotidien du président est rythmé par de fréquentes navettes entre Dakar et la cité religieuse. « Je reste rarement plus de deux semaines sans me rendre à Tivaouane », confie-t-il. Pour lui, cet investissement relève avant tout de la tarbiya, cette éducation spirituelle fondamentale qui façonne le disciple.
C’est d’ailleurs une vocation qu’il vit en famille, ses épouses et ses enfants étant également membres actifs du comité. Bien que la charge de travail soit lourde, M. Samb estime que la principale difficulté réside davantage dans la gestion des ressources humaines.
« Les membres viennent d’horizons divers et n’ont pas toujours la même lecture des situations. Tout le défi consiste à fédérer ces sensibilités autour d’un objectif commun », indique-t-il. Pour la 125ᵉ édition du Gamou, le Coskas entend préserver l’héritage spirituel légué par Seydi El Hadji Malick Sy, tout en enrichissant son programme d’activités.
Les dix nuits de Bourde constituent l’ossature traditionnelle de la célébration. Il est prévu une journée dédiée à la jeunesse à travers une reconstitution symbolique de l’Université de Ndiarndé qui mettra à l’honneur deux figures d’exemple pour la jeune génération : El Hadji Amadou Bouya Guèye et El Hadji Médoune Cissé, deux mouqaddams (érudits) envoyés autrefois en Côte d’Ivoire par Seydi El Hadji Malick Sy.
Une exposition spéciale sera consacrée à l’œuvre de Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum dans le cadre du centenaire de sa naissance. Une nouvelle édition du « Drousso Malikia » réunira des savants et chercheurs autour de conférences consacrées aux ouvrages de l’érudit de Tivaouane.
Au-delà du rendez-vous annuel du Gamou, Mame Ousmane Samb nourrit une ambition plus vaste : faire rayonner et mieux faire connaître l’immense patrimoine intellectuel et spirituel légué par les guides religieux du Sénégal.
Par Aliou DIOUF et Mbacké BA (photos)

