À Kaolack, le nom de Médina Baye dépasse depuis longtemps les limites d’une simple cité religieuse. Il évoque une histoire, une école de pensée, une communauté et un rayonnement qui s’étend bien au-delà du Sénégal. Née autour de Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niass, Baye Niass, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, la cité est devenue l’un des principaux foyers de la Fayda Tijaniyya et un point de convergence pour des fidèles venus de nombreux pays.
L’histoire commence avec Baye Niass, né en 1900 à Taïba Niassène. Les sources ne s’accordent pas toutes sur l’année exacte de fondation de Médina Baye. Certaines évoquent 1929, d’autres 1930 ou 1931. La période généralement retenue se situe donc entre 1929 et 1931, avec 1930 comme date fréquemment citée. Ce qui demeure établi, c’est que Baye Niass fait progressivement de ce site le centre de son œuvre et que la cité se développe autour de son enseignement religieux et spirituel.
Avant même l’essor de Médina Baye, l’enseignement de Baye Niass rayonne déjà dans son environnement. À Kossi notamment, il dispense un enseignement religieux et organise des rassemblements qui participent à la diffusion de son message. Cette dynamique contribue ensuite à l’émergence de Médina Baye comme nouveau centre de la Fayda Tijaniyya.
À mesure que les disciples affluent, Médina Baye prend forme. La prière, l’étude du Coran, l’enseignement des sciences islamiques et la vie communautaire structurent progressivement la nouvelle cité. Son nom, inspiré de Médine, la ville du Prophète Muhammad (PSL), traduit la forte dimension spirituelle que Baye Niass entend donner à cette implantation.
Mais l’histoire de Médina Baye ne s’arrête pas à Kaolack. L’enseignement de Baye Niass franchit progressivement les frontières sénégalaises. Le Nigéria occupe une place particulière dans cette expansion. Les déplacements de Baye Niass, ses relations avec plusieurs responsables religieux et politiques, ainsi que l’engagement de ses disciples contribuent à l’enracinement de la Fayda dans plusieurs régions du pays. Le rayonnement s’étend ensuite à d’autres espaces d’Afrique de l’Ouest, puis à des communautés établies notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Cette dimension internationale doit beaucoup aux générations de disciples et d’érudits qui ont poursuivi l’œuvre du fondateur. Après la disparition de Baye Niass en 1975, ses fils, ses proches et ses disciples assurent la continuité de son enseignement. Parmi les figures qui ont particulièrement contribué à son rayonnement figure Cheikh Hassan Ali Cissé, plus connu sous le nom d’Imam Assane Cissé.
Par son enseignement, ses déplacements et son ouverture sur le monde, Imam Assane Cissé participe largement à la diffusion de l’héritage de Baye Niass, notamment auprès de communautés musulmanes aux États-Unis et dans d’autres régions du monde. Son action contribue à inscrire durablement la Fayda Tijaniyya dans une dynamique internationale.
Aujourd’hui, cette continuité est incarnée par Cheikh Mouhamadoul Mahi Ibrahima Niass, cinquième khalife général de Médina Baye. Son magistère accorde une place importante à la paix, au dialogue et à la médiation. En 2022, il s’est notamment illustré par une mission de médiation au Darfour, au Soudan, où il a participé à des démarches visant à rapprocher les parties engagées dans un conflit et à favoriser le retour au calme.
Mais c’est lors du Mawlid que le rayonnement de la cité prend toute sa dimension. Chaque année, Kaolack accueille des fidèles venus du Sénégal, de plusieurs pays d’Afrique et de la diaspora. Les rues se remplissent, les maisons ouvrent leurs portes, les programmes religieux se multiplient et les différentes communautés se retrouvent autour de la célébration de la naissance du Prophète Muhammad (PSL).
Dans cette foule, le caractère international de Médina Baye devient particulièrement visible. Des fidèles venus du Nigéria et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest côtoient des Sénégalais et des membres de communautés établies notamment en Europe et en Amérique du Nord. Pendant quelques jours, les distances semblent s’effacer au profit d’une même tradition spirituelle et d’une même ferveur.
Près d’un siècle après ses premières années d’existence, Médina Baye présente un visage profondément transformé. Pourtant, l’essentiel demeure : l’enseignement, la transmission et la fidélité à l’héritage de Baye Niass. Son influence ne se mesure donc pas seulement à l’affluence du Mawlid. Elle se lit aussi dans les écoles, les érudits, les familles et les communautés qui, génération après génération, ont porté cet héritage bien au-delà de Kaolack.
Baye Niass avait fait émerger un foyer spirituel. Ses héritiers et ses disciples l’ont inscrit dans la durée et lui ont donné une dimension internationale. Médina Baye est ainsi devenue une merveille singulière : une cité née à Kaolack dont le nom, l’enseignement et le rayonnement continuent de voyager bien au-delà des frontières du Sénégal.
Papa Abdoulaye Sy


