Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, a annoncé jeudi une série de mesures d’urgence et de réformes structurelles destinées à faire face à la période de soudure et à la persistance de foyers d’insécurité alimentaire et pastorale dans plusieurs régions du Sénégal, avec un financement global de 7,202 milliards de francs CFA.
Présidant une réunion interministérielle consacrée à la sécurité alimentaire, le chef du gouvernement a indiqué que ces décisions s’inscrivent dans les orientations de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 », qui fait de la protection des populations vulnérables une priorité.
Selon les résultats du Cadre harmonisé présentés au cours de la rencontre, 836.786 personnes, soit 92.976 ménages, sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire sévère, notamment dans les départements de Goudiry, Salémata, Bambey, Matam, Podor et Ranérou.
Le diagnostic fait également état d’une situation préoccupante pour le cheptel. Dans cinq départements déficitaires (Podor, Dagana, Linguère, Matam et Kaffrine), le noyau sensible est estimé à 356.398 bovins, 1.023.435 ovins et 537.717 caprins, représentant 490.214 unités de bétail tropical (UBT), avec un besoin évalué à 14.706 tonnes d’aliments de bétail.
Pour répondre à cette situation, le Premier ministre a instruit le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan de mettre à disposition, au plus tard le 12 août 2026, les ressources destinées aux structures opérationnelles. L’enveloppe de 7,202 milliards de FCFA sera répartie entre le Conseil national de Développement de la nutrition (727,7 millions FCFA), le Fonds de solidarité nationale (2,64 milliards FCFA) pour les transferts monétaires, le Commissariat à la sécurité alimentaire et à la résilience (700 millions FCFA) pour les kits alimentaires et la Direction de l’Élevage (3,135 milliards FCFA) pour l’assistance pastorale.
Le chef du gouvernement a également demandé la convocation, avant le 30 août 2026, d’une réunion du Conseil national de sécurité alimentaire afin de définir les orientations stratégiques pour une gestion durable de la sécurité alimentaire des populations et du cheptel.
Dans les départements de Bambey, Goudiry, Salémata et Ranérou, des Comités départementaux de développement devront être organisés au cours de la semaine du 10 août afin d’établir un état des lieux documenté de la situation alimentaire et pastorale.
Le Premier ministre a, par ailleurs, appelé les partenaires techniques et financiers, les organisations non gouvernementales et le secteur privé à aligner leurs interventions sur les priorités du Plan national de réponse (PNR) 2026, à partager leurs plans d’action avec les autorités et à renforcer la mobilisation de ressources complémentaires, notamment à travers les mécanismes de responsabilité sociétale des entreprises.
Les ministères concernés ont été instruits de procéder au déploiement immédiat de l’assistance alimentaire conformément au ciblage du PNR 2026, tout en prenant en compte les conséquences des inondations.
Afin d’améliorer la coordination des interventions, le Secrétariat technique du Conseil national de sécurité alimentaire devra mettre en place un système quotidien de suivi, élaborer une matrice de répartition des responsabilités des acteurs et assurer un suivi consolidé de l’exécution du plan de réponse.
Le gouvernement prévoit également d’intensifier le dépistage et la prise en charge de la malnutrition aiguë chez les enfants ainsi que l’assistance nutritionnelle aux femmes enceintes et allaitantes dans les zones prioritaires. Des mesures ont aussi été prescrites pour accélérer l’acquisition et la distribution transparente d’aliments de bétail dans les départements déficitaires.
Au-delà de la réponse d’urgence, le Premier ministre a engagé les ministères concernés à travailler sur des solutions durables, notamment la reconstitution du stock national de sécurité alimentaire à travers des achats privilégiant la production locale, la mise en œuvre de programmes structurants de résilience dans les zones chroniquement vulnérables et l’intégration de l’approche « One Health » dans la gouvernance de la sécurité alimentaire.
Enfin, les ministères de l’Hydraulique, des Infrastructures et du Commerce ont été chargés de renforcer le suivi des zones dont la sécurité alimentaire pourrait être aggravée par les inondations et les difficultés d’accès.
Salla GUEYE


