Disciple de Cheikh Ahmadou Bamba, éducateur et poète reconnu, Serigne Mbaye Diakhaté a consacré sa vie à la formation spirituelle des disciples. Retour sur le parcours d’un homme de savoir qui a marqué de son empreinte les premières heures du mouridisme.
Trouvé chez lui, au quartier Touba-Ndiarème, Mor Kane Balla Aïssa ne tarit pas d’éloges sur Serigne Mbaye Diakhaté, qu’il présente comme l’un des compagnons les plus érudits de Cheikh Ahmadou Bamba. « C’était un homme de science issu d’une famille où le savoir se transmettait de génération en génération », résume d’emblée le spécialiste du mouridisme. « C’est en 1975 que j’ai découvert Serigne Mbaye à travers deux vers adressés à l’un de ses élèves, Khaly. La profondeur de son message m’avait immédiatement frappé. Je me suis dit alors que l’auteur de ces lignes était appelé à entrer dans la postérité », se souvient-il. Né en 1875 à Keur Makalla, Serigne Babacar Diakhaté, plus connu sous le nom de Serigne Mbaye Diakhaté, est le fils de Khally Madiakhaté Kalla, éminente figure intellectuelle du Cayor et du Baol, et de Sokhna Penda Coumba Fall, fille de Boubacar Penda Yéri Fall, descendant de Khally Amar Fall, fondateur de la prestigieuse université de Pire.
« Serigne Mbaye était apparenté à la plupart des grandes familles religieuses et savantes du Sénégal », souligne Mor Kane Balla Aïssa. Très tôt initié aux sciences islamiques par son père puis par son frère aîné Mor Saassoum Diakhaté, le jeune Babacar grandit dans un environnement où l’excellence intellectuelle allait de soi. « Il a vécu 24 ans dans la concession familiale, sous l’aile de son père Khaly Madiakhaté Kalla. La maison de Khaly étant une véritable université, Serigne Mbaye avait sans doute un niveau assez élevé en termes de connaissances avant qu’il n’envisage de rejoindre Serigne Touba », indique le spécialiste.
En ce moment, le saint homme était en exil au Gabon, mais Babacar Diakhaté se résolut tout de même de rester avec son frère, Mame Thierno Birahim, qui compléta son enseignement dans plusieurs domaines des sciences. Selon Mor Kane Balla Aïssa, Mame Thierno présenta Serigne Mbaye à Cheikhoul Khadim, à son retour d’exil en 1902, en lui précisant qu’il était le fils de Khally Madiakhaté Kalla, rappelé à Dieu plus tôt en 1900. « Serigne Touba reconnut qu’il devait beaucoup à ce dernier qui fut son professeur. Prendre Serigne Mbaye est donc pour lui une occasion d’exprimer sa reconnaissance à Khaly », précise Mor Kane.
Expert de l’âme humaine
C’est ainsi que Serigne Mbaye commença son service auprès de Serigne Touba dont il deviendra un disciple de premier plan. En 1903, Cheikh Ahmadou Bamba fut de nouveau déporté en Mauritanie. Le disciple, en compagnie de Serigne Ndame Abdourahmane Lo, n’hésita pas à le rejoindre au pays des maures. Sur place, le Cheikh lui confia la formation et l’éducation de son fils Serigne Bassirou Mbacké. «Je ferai de toi ce que tu veux, à condition de faire de lui, ce que je veux qu’il soit, lui a dit Serigne Touba», précise Mor Kane. C’est dans ce cadre que Serigne Mbaye Diakhaté passa 20 ans auprès de Serigne Touba entre son séjour en Maritanie et bien après son retour durant son installation à Thiéyène Djoloff et, plus tard, à Diourbel.
Éducateur hors pair et travailleur infatigable, Serigne Mbaye Diakhaté continua à assister le Cheikh dans la formation des disciples, «au-delà de ses activités agricoles». «C’était un grand érudit spécialisé dans l’éducation de l’âme et la formation spirituelle», précise Mor Kane. Aujourd’hui, son œuvre est reprise par des chanteurs religieux et fait l’objet de recherche dans les milieux académiques. En son temps d’ailleurs, comprenant la dimension éducative des textes de Serigne Mbaye, le Khalife général des mourides, Serigne Abdou Lahad, avait demandé au chanteur Cheikh Ahad Touré d’enregistrer sur cassettes toutes ses œuvres. A cette occasion, selon Mor Kane, plus d’une vingtaine de bandes cassettes ont été ainsi réalisés. « À ce jour, près de 5000 poèmes de Serigne Mbaye sont recensés. Tous abordent des thématiques telles que l’exhortation au travail, la patience, la discipline morale, etc. », précise le spécialiste. Serigne Mbaye Diakahté fut rappelé à Dieu en 1954.
Par Souleymane WANE

