Fille de Cheikh Ahmadou Bamba, Sokhna Mouslimatou Mbacké, plus connue sous le nom de Sokhna Mously, a marqué l’histoire du Mouridisme par sa piété, son savoir, son sens du travail et son engagement au service de la communauté. Éducatrice, agricultrice, commerçante et modèle de vertu, elle a incarné, toute sa vie durant, les enseignements de Serigne Touba.
Née en 1337 de l’Hégire, soit en 1918, à Daroul Alimoul Khabir, à Ndame (Touba), Sokhna Mouslimatou Mbacké est l’une des filles de Cheikh Ahmadou Bamba et de Sokhna Faty Touti Diop. Sœur de Serigne Mourtada Mbacké, elle grandit dans un environnement entièrement consacré au savoir et à l’éducation religieuse. Comme les autres enfants du fondateur du Mouridisme, elle est très tôt initiée à l’apprentissage du Saint Coran. Selon Serigne Abo Bousso Talkhata, membre de la Commission culture et communication du Grand Magal de Touba, son maître fut Serigne Dame Abdourakhmane Lô. « Elle a très vite montré des prédispositions dans les études. C’est auprès de ce dernier qu’elle mémorisa l’intégralité du Coran », explique-t-il. Après cette étape, Sokhna Mouslimatou réalisa plusieurs copies manuscrites du Livre saint avant de poursuivre sa formation auprès de Serigne Mouhamadou Lamine Diop Dagana. À la disparition de Cheikh Ahmadou Bamba, elle fut placée sous la responsabilité de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des mourides. C’est ce dernier qui la donna en mariage à son maître, Serigne Dame Abdourakhmane Lô. Veuve, elle épousa ensuite Serigne Issa Diène, puis Serigne Amsatou Diakhaté. De ces différentes unions naîtront plusieurs enfants, parmi lesquels Serigne Moustapha Abdourakhmane Lô, Serigne Mouhamadou Lamine Lô, Serigne Mouhamadou Fadilou Lô, Serigne Abdou Salam Diène et Serigne Mouhaymine Diakhaté.
Fidèle aux enseignements de son père, Sokhna Mouslimatou consacra également une grande partie de sa vie à la transmission du savoir. Soucieuse de former les jeunes générations, elle créa une école coranique où elle enseignait elle-même le Coran aux jeunes filles. Plus tard, elle recruta un enseignant qu’elle rémunérait sur ses propres ressources afin d’assurer la continuité de cette mission éducative. Le travail occupait également une place centrale dans sa vie. À l’image de Cheikh Ahmadou Bamba qui invitait les mourides à vivre dignement du fruit de leurs efforts, Sokhna Mouslimatou développa d’importantes activités agricoles et commerciales. Très investie dans les champs, elle produisait, chaque année, d’importantes quantités de céréales. « En 1952, elle avait récolté une trentaine de tonnes d’arachide avec les personnes qui travaillaient à ses côtés », rappelle Serigne Abo Bousso.
Visionnaire, elle fut aussi l’une des pionnières de la transformation des céréales locales. Dès 1960, elle exportait du couscous de mil vers La Mecque grâce à une collaboration avec les structures chargées du pèlerinage. Entre 1960 et 1964, elle assura ainsi l’approvisionnement des pèlerins sénégalais en couscous. Son engagement dans l’entrepreneuriat féminin lui valut d’ailleurs, d’après Abo Bousso, une distinction officielle le 7 février 1961. Cette capacité d’organisation amena également le Khalife général des mourides d’alors, Serigne Fallou Mbacké, à lui confier la coordination de la fourniture et de l’alimentation lors du Grand Magal de Touba. Sokhna Mouslimatou a incarné, jusqu’à son rappel à Dieu, en 1968, l’héritage spirituel et les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba.
Par Fatou SY

