À Pikine, certaines trajectoires ne doivent rien au hasard. Elles naissent dans la rue, se forgent dans l’adversité et s’écrivent au prix d’innombrables sacrifices. Celle d’Eumeu Sène en est l’illustration parfaite. Bien avant de devenir l’un des plus grands noms de la lutte, il n’était qu’un enfant confronté très tôt aux dures réalités de la vie. Issu d’une génération que le confort n’a jamais façonnée, il s’est construit à force de courage, de discipline et d’abnégation. À 47 ans, le « Fou de Pikine » aborde sans doute la dernière ligne droite de sa carrière. La retraite sportive étant fixée à 48 ans, il ne lui reste plus qu’une saison pour tenter de refermer un parcours exceptionnel avec les honneurs. Double Roi des arènes, en 2018, Eumeu Sène est bien plus qu’un simple lutteur : il est l’un des symboles de Pikine, une mémoire vivante de l’arène et l’incarnation d’une lutte faite de combativité, de résilience et de dépassement de soi. Mais le temps n’épargne personne. Après sa lourde défaite face à Franc, le 3 août 2025, l’ancien Roi des arènes s’est de nouveau incliné devant Ada Fass, le 19 avril 2026. Deux revers qui confirment un déclin amorcé depuis quelques saisons et interrogent sur sa capacité à rivaliser avec la nouvelle génération. Pour autant, Eumeu Sène refuse de ranger son « nguimb ». En quête d’un dernier combat, il espère décrocher une affiche à sa portée afin de quitter la scène par la grande porte. Son expérience, son intelligence tactique et son mental demeurent ses principaux atouts. Quoi qu’il advienne, Eumeu Sène a déjà marqué l’histoire de la lutte. Et lorsque viendra l’heure des adieux, Pikine saluera l’un de ses plus illustres ambassadeurs, un champion dont l’héritage dépasse largement le cadre des victoires et des défaites.
Boy Niang 2, le temps de se réinventer
Chef de file de l’école de lutte Boy Niang, fondée par son père Malick Ngom, dit De Gaulle, et baptisée en hommage à son oncle maternel, feu Boy Niang 1, Boy Niang 2 est considéré comme l’un des lutteurs les plus techniques de sa génération. Initié très jeune aux sports de combat, il découvre la boxe dès l’âge de 9 ans au centre Jacques-Chirac de Pikine, où il affine sa mobilité, sa précision et son sens de l’anticipation. Passionné avant tout de lutte traditionnelle, il est ensuite façonné par son père à Pikine Mbollo, qui lui transmet les bases techniques ayant fait de lui un combattant intelligent, rapide et particulièrement rusé. Longtemps présenté comme l’un des futurs Rois des arènes, Boy Niang 2 peine toutefois à franchir le dernier palier. Sa défaite face à Modou Lô, lors du combat royal du 1er janvier 2024, a marqué un tournant dans sa carrière. Ce revers est intervenu un an seulement après son succès de prestige contre Balla Gaye 2, qui l’avait propulsé parmi les principaux prétendants au trône. Dans l’espoir de se relancer, le lutteur de Pikine a accepté de défier Reug Reug, le 7 juin 2026, dans un combat organisé par Gaston Productions. Favori pour de nombreux observateurs, « Thiapathioly » est pourtant passé à côté de son rendez-vous. « Ma plus grande déception, c’est de ne pas avoir pu montrer tout ce que j’avais préparé pour ce combat. Je n’ai pas réussi à exprimer le potentiel que j’avais dans les bras et dans les jambes », confiait-il après sa défaite. Le fils de De Gaulle assurait n’avoir jamais autant investi dans une préparation. « C’était un combat capital pour la suite de ma carrière. J’ai travaillé comme jamais, aussi bien sur le plan physique que mystique. J’y ai consacré deux années de ma vie », hurlait-il. Boy Niang 2 se retrouve à un moment charnière de son parcours. Pour retrouver son rang parmi les ténors de l’arène, il devra faire son autocritique, renouer avec la victoire et convaincre qu’il possède toujours les qualités pour briguer un jour la couronne de Roi des arènes. Sa prochaine sortie pourrait bien être l’occasion de relancer une carrière qui tarde à tenir toutes ses promesses.
PRINCE, POKOLA, JACOB BALDÉ, EUMEU JR, BATISTA 2… : Une relève porteuse d’espoir
Après les années glorieuses incarnées par Eumeu Sène, et les parcours encore riches en promesses de Boy Niang 2 et Ama Baldé, Pikine mise désormais sur une nouvelle génération pour renouer avec son passé de terre de champions. Si Sokh de Xam Sa Cossan peine encore à confirmer les attentes placées en lui, d’autres jeunes talents incarnent l’espoir d’un renouveau. Pokola et Jacob Baldé, héritiers de la lignée de Falaye Baldé, Eumeu Jr et Batista 2, pensionnaires de Xam Sa Cossan, Prince de Bayi Si Xël, figurent parmi les nouveaux visages appelés à porter l’avenir de la lutte pikinoise.
Parmi eux, Prince semble avoir pris une longueur d’avance. Avec des qualités athlétiques et techniques reconnues, il apparaît comme l’un des meilleurs espoirs capables de représenter Pikine face à la nouvelle génération montante de l’arène. Son parcours plaide en sa faveur : neuf victoires et deux défaites en onze combats. Une progression constante et un rapprochement progressif vers le cercle très fermé des lutteurs Vip. Le 4 mai 2024, il crée la sensation en dominant Modou Anta de Thiès. Il a confirmé cette performance le 30 novembre 2025 en prenant le dessus sur Mor Kang Kang. Mais sa tentative d’entrer dans la cour des grands s’est révélée plus difficile face à Lac 2 de l’écurie Walo, le 14 juin 2026. De son côté, Jacob Baldé porte un lourd héritage. Petit-fils de Falaye Baldé, il ambitionne de marcher sur les traces de ses illustres prédécesseurs, dont son oncle Ama Baldé. Doté d’un courage et d’un sérieux qui font l’unanimité, il avait signé une victoire prometteuse face à Talfa de Door Dooraat, le 12 janvier 2025, avant de connaître un coup d’arrêt dans sa progression après une chute d’un immeuble à la Cité Mixta. Il devait ensuite affronter Diène Kaïré de Soumbédioune pour confirmer ses ambitions. À leurs côtés, Eumeu Jr et Batista 2 représentent également des motifs d’espoir. Le premier poursuit son apprentissage avec sérénité et reste invaincu, tandis que le second s’est déjà illustré en terminant vice-champion du Claf de Gaston Productions lors de la saison 2024-2025, battu seulement en finale par Bébé Gouye Gui de Guédiawaye. La relève pikinoise n’a peut-être pas encore livré ses futurs Rois des arènes, après Tyson et Eumeu Sène, mais elle possède déjà des profils capables de redonner des couleurs à un bastion historique de la lutte sénégalaise.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ

