L’un des lutteurs les plus spectaculaires de sa génération, Gouye-Gui, revient sur les moments forts de sa carrière, ses victoires contre de grands noms et les millions gagnés au moment de sa gloire. Handicapé pendant plusieurs années par une blessure au genou, le « Roi du Simpi » (soulever) assure aujourd’hui être totalement rétabli et prêt à signer son retour face aux jeunes loups de l’arène.«
Le surnom de « Roi du Simpi » ne lui a pas été attribué par hasard. Grâce à cette prise spectaculaire, Massaër Seck, de son vrai nom, a bâti une réputation de lutteur capable de renverser les plus coriaces. S’il reconnaît avoir connu un net recul depuis 2020 à cause d’une blessure au genou, il reste convaincu que son histoire dans l’arène est loin d’être terminée. À près de 40 ans, Gouye-Gui ne prétend plus retrouver l’intégralité de ses moyens, mais reste persuadé de pouvoir rivaliser avec la nouvelle génération. « Personne, à mon âge, ne peut retrouver 100% de son potentiel. Que ce soit Balla Gaye 2, Lac 2, Modou Lô, Gris Bordeaux ou Eumeu Sène, c’est impossible. Si je retrouve 70% de mon niveau, je peux encore battre beaucoup de jeunes. Je dirais même qu’avec seulement 20 % de mon potentiel, je suis capable de freiner plusieurs espoirs de l’arène », affirme-t-il.
Parmi les moments marquants de sa carrière, on trouve le face-à-face intense avec Ama Baldé sur le plateau de la 2Stv en 2012. Ce jour-là, une altercation éclate et l’héritier de Falaye Baldé le fait tomber au sol. Pour Gouye-Gui, cet incident s’est avéré très formateur. « Cette chute m’avait permis de comprendre le véritable atout d’Ama Baldé. J’avais essayé de saisir sa jambe droite, mais il avait rapidement changé de position pour m’en empêcher, ce qui m’avait conduit au sol. J’avais réalisé qu’il était essentiel de ne plus jamais attaquer cette jambe. Le jour du combat, même quand il me la présentait, je choisissais de ne pas l’attaquer, conscient que c’était un piège tendu. Après la première moitié du combat, il était déjà très épuisé », raconte-t-il. Avant de poursuivre sa tirade : « Pendant la pause, tous les dignitaires de Pikine, y compris Baboye et Jules Baldé, se trouvaient autour de lui. C’est à ce moment-là que j’avais décidé d’initier une stratégia psychologique. J’avais délibérément refusé l’eau que mon entraîneur me proposait pour moiver mon public et influencer mentalement mon adversaire ».
« Je n’ai battu que des champions »
Gouye-Gui, qui reste fidèle à son franc-parler, revendique un parcours construit sur les défaites des meilleurs. « Je n’ai battu que des champions. Siteu, qui fait beaucoup parler de lui aujourd’hui, je l’ai terrassé avec une clé technique que je réservais aux entraînements. Je lui ai appris à lutter. Ness, qui pesait 120 kilos de muscles, je l’ai usé avant de le battre. Amanekh, je l’ai corrigé avec un uppercut dévastateur. Après mon combat contre Zoss, je voulais montrer un autre visage : je l’ai soulevé trois fois avant de le terrasser », raconte-t-il. Le pensionnaire de l’école Mor Fadam cite également Tapha Jr, Bébé Saloum, Tyson 2, Thiopète, Ndiaga Ndoye, Bazooka parmi les adversaires qu’il a dominés. « J’ai battu Bazooka alors qu’il était au sommet de sa carrière. J’étais pourtant blessé à la jambe et, après le combat, j’ai été évacué directement à l’Hôpital Général de Grand-Yoff », se souvient-il, fier de son exploit.
C’est à la suite de cette fructueuse sortie que son duel contre Ama Baldé avait été monté. « Le promoteur Aziz Ndiaye avait officialisé le combat avant que chacun de nous ne parte aux États-Unis pour préparer l’affrontement », rappelle-t-il. En plus du cachet, un taxi d’une valeur de plusieurs millions de FCfa était promis au vainqueur. « Pour moi, ce n’était qu’un pourboire. Le jour du combat, je suis allé devant le véhicule pour annoncer qu’il m’appartiendrait. Et l’histoire m’a donné raison », explique-t-il.
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Gouye-Gui revient aussi sur sa trilogie face à Zoss. « La première fois, il avait réussi à retourner le public contre moi et il m’avait battu. Lors de la revanche, il m’avait beaucoup provoqué, me comparant à un pneu Michelin pour m’énerver, et il m’avait même cassé un doigt. Mais lors du troisième combat, je l’avais corrigé en l’envoyant au sol avec une frappe décisive », regrette le lutteur.
« J’ai touché 150 millions de FCfa pour trois combats en 2015 »
S’il admet plusieurs revers au cours de sa trajectoire, un seul continue de le hanter : le second combat contre Ama Baldé en 2015. « Tous mes autres revers étaient logiques parce que je n’étais pas encore prêt. Mais pour le remake contre Ama Baldé, j’étais prêt physiquement et mentalement. Malheureusement, j’étais arrivé au stade avec une rage de dents. Quelqu’un de mon entourage avait révélé cette information au camp adverse. Dès mon entrée, les proches d’Ama Baldé criaient que j’avais mal aux dents. Certaines personnes étaient prêtes à vendre leur dignité pour de l’argent », argue-t-il.
L’enfant chéri de Thiénaba Seck rappelle également les importants cachets perçus au sommet de sa carrière. « Je pense que je n’ai pas encore réellement fait fortune, mais j’ai gagné beaucoup d’argent. Lors du Tournoi Tnt de la Rdv en 2015, j’avais reçu 150 millions de FCfa pour trois combats, comme Tapha Tine et Ama Baldé. Zoss, lui, avait touché 125 millions », se glorifie-t-il. Le lutteur poursuit : « Aziz Ndiaye m’a payé 50 millions de FCfa lors de mon remake contre Zoss. J’ai gagné 47 millions contre Siteu et le même montant contre Reug Reug ».
Ses derniers revers face à Reug Reug puis Ada Fass, explique-t-il, sont directement liés à une blessure au genou. « Je trainais cette blessure depuis longtemps. C’est ce qui explique ces défaites », révèle-t-il. Aujourd’hui, Gouye-Gui affirme avoir définitivement tournée la page de ses soucis physiques. « J’étais parti aux États-Unis pour me soigner et j’avais dépensé près de 12 millions de FCfa pour mes soins médicaux. Mon manager, Père Djily Wade, m’avait clairement dit qu’il ne me chercherait aucun combat tant que je ne serais pas totalement guéri », disserte-t-il.
Propos recueillis Abdoulaye DEMBÉLÉ

