Ancien international sénégalais, Ferdinand Coly livre son analyse sans détour. L’ancien défenseur des Lions, qui a disputé la Coupe du monde 2002, décrypte les atouts et les lacunes de l’équipe de Pape Thiaw, identifie les clés du match et désigne l’homme à neutraliser : Leandro Trossard, qu’il voit comme le véritable cerveau du jeu belge. Une certitude pour lui : le Sénégal devra évoluer à 100 % de ses capacités pour espérer prolonger son parcours en Coupe du monde.
Le Sénégal s’apprête à disputer ce mercredi un match très difficile. En quoi cette rencontre face à la Belgique s’annonce-t-elle compliquée?
Ce match s’annonce difficile parce qu’on ne sait pas toujours quel visage du Sénégal on va retrouver. Face à la France, par exemple, on a vu une équipe capable de mettre les Français en difficulté pendant une bonne partie du match. Cette équipe existe et elle a montré de très belles choses. Je pense d’ailleurs qu’affronter le Sénégal n’est pas une partie de plaisir pour nos adversaires.
Les Belges connaissent nos points forts comme nos points faibles. Ils savent que le Sénégal est capable de frapper très fort en première période. En revanche, en seconde mi-temps, nous avons parfois tendance à relâcher nos efforts. Avec la fatigue, des espaces apparaissent, la vigilance baisse et des brèches s’ouvrent. Je ne parlerai pas de défaillances individuelles, car c’est toujours délicat. Mais, globalement, il y a une question de gestion des efforts.
Vous évoquez la fatigue. Dans une Coupe du monde, les joueurs ne doivent-ils pas être au sommet de leur forme physique ?
Absolument. Quand on voit l’intensité des matchs, on ne peut pas se permettre de ne pas être à 100 %. C’est le travail de toute une équipe qu’il faut concrétiser sur le terrain. Chacun doit être à son meilleur niveau pour permettre au collectif d’avancer.
Tous les matchs sont extrêmement disputés. Il faut être prêt à 100 %, voire à 200 %. Les conditions sont difficiles et les rencontres s’enchaînent rapidement. Nous avons joué le 16 juin, puis le 23, ensuite le 26 et nous rejouons ce mercredi. À ce niveau, la récupération est essentielle.
C’est aussi dans ces moments-là que la profondeur du banc prend toute son importance. Comme le dit souvent le sélectionneur, il dispose de 26 titulaires potentiels. C’est l’occasion de donner du temps de jeu à ceux qui ont été moins utilisés jusqu’ici. Dans les matchs à élimination directe, tout le monde doit être prêt. Désormais, c’est simple : si on gagne, on continue ; si on perd, on rentre à la maison.
Vous suivez également la Belgique. Est-elle prenable ou faut-il réellement craindre cette équipe ?
C’est une équipe qui appartient à cette génération dorée de la Belgique. Une génération pleine de talent, mais qui a souvent eu du mal à concrétiser tout son potentiel. Aujourd’hui, ces joueurs, renforcés par de jeunes éléments comme Jérémy Doku, veulent terminer sur une grande performance. Cela passe évidemment par une victoire contre le Sénégal.
Leur début de compétition a été un peu poussif, comme celui de beaucoup de grandes nations qui mettent parfois du temps à entrer dans leur tournoi. Mais après leur premier match contre l’Égypte, on savait qu’ils allaient réagir face à la Nouvelle-Zélande, comme nous l’avons fait contre l’Irak.
Cette équipe belge possède une force offensive redoutable. Ce sera un match dans le match, avec plusieurs duels intéressants. Celui que j’attends particulièrement est celui des couloirs. Avec un joueur comme Krépin Diatta, cela ira très vite. Ce sera une rencontre très physique, avec beaucoup d’intensité.
Les Diables rouges restent des adversaires redoutables. Il faudra répondre présent dans tous les secteurs du jeu. Il faudra surtout surveiller Leandro Trossard. Pour moi, c’est aujourd’hui le véritable maître à jouer de cette équipe. Il est dans la continuité de son excellente fin de saison et confirme son très bon état de forme. Je le trouve extrêmement brillant. C’est lui qui fait jouer son équipe.
Et puis il y a aussi Romelu Lukaku qui, même sans être à 100 %, reste capable de faire la différence. Il marque, il pèse constamment sur les défenses. C’est ce qui fait la force de cette équipe belge.
Beaucoup voient des similitudes entre votre profil et celui de Krépin Diatta. Partagez-vous cette analyse ?
(Il éclate de rire) Oui, effectivement ! Krépin est un milieu de formation reconverti latéral et, franchement, cela lui réussit très bien. Il affiche une énorme intensité, il est fort dans les duels, répète les efforts et apporte beaucoup d’énergie. C’est exactement ce qu’on demande aujourd’hui à un joueur de couloir.
Avec Diouf, les deux latéraux apportent énormément. Bien sûr, ils peuvent commettre quelques erreurs, comme tous les joueurs. Mais on ne peut pas leur reprocher leur engagement. Ils donnent tout, offensivement comme défensivement. C’est exactement l’attitude que l’on attend dans une Coupe du monde.
Le Sénégal est-il capable de battre la Belgique ?
Absolument. Et je ne le dis pas simplement parce que je suis Sénégalais. Je pense sincèrement que cette équipe possède les qualités pour battre la Belgique. Nous connaissons le potentiel de cette sélection. Maintenant, c’est aux joueurs de le démontrer sur le terrain. Le sélectionneur peut préparer un plan de jeu, mais, au final, ce sont les joueurs qui font le match.
Ce sera avant tout un effort collectif. Aucun joueur ne gagnera cette rencontre à lui seul. Tout le groupe devra faire des efforts ensemble et faire preuve d’une grande solidarité, notamment dans les moments difficiles. Et lorsque les occasions se présenteront, il faudra les convertir.
Je fais confiance à notre défense. Je ne sais pas encore quels seront les joueurs alignés, mais je pense que la solidité défensive sera une nouvelle fois la clé de cette rencontre.
Quelle charnière défensive aligneriez-vous ?
C’est une question délicate. Notre leader défensif, Kalidou Koulibaly, s’est blessé avant cette Coupe du monde malgré sa volonté de participer. On a vu qu’il n’était pas prêt physiquement. Lui-même a reconnu qu’il n’était pas à 100 %. Le sélectionneur a tenté le coup, mais cela n’a pas vraiment fonctionné.
Aujourd’hui, Abdoulaye Seck a montré de bonnes choses. Il ne faut pas oublier non plus Mamadou Sarr. C’est le plus jeune du groupe, probablement le plus frais physiquement, et il a déjà disputé une finale de Coupe d’Afrique. Ce n’est pas anodin. Je pense qu’il possède les qualités pour évoluer à ce niveau.
Après, c’est au sélectionneur d’évaluer les états de forme. Nous ne sommes pas aux entraînements et il y a beaucoup de paramètres que seul le staff maîtrise. Personnellement, je pense qu’un jeune comme Mamadou Sarr mérite aussi sa chance. Il travaille avec le groupe depuis plusieurs semaines, il est en pleine possession de ses moyens et il est parfaitement compétitif. S’il est jugé prêt, il peut être lancé dans le bain.
Certains critiquent les cadres. Doivent-ils continuer à accompagner les jeunes ?
Je ne raisonne pas en termes de statut. Si un cadre arrive blessé ou en manque de rythme, cela devient compliqué. C’est la même chose pour un jeune. À ce niveau, il faut être prêt physiquement. En revanche, si un cadre est compétitif et qu’il demeure le meilleur à son poste, il doit jouer. L’expérience est un atout majeur dans une Coupe du monde.
Je pense notamment à Idrissa Gana Guèye. Il est arrivé diminué physiquement et cela s’est vu contre la France. Mais, au fil de la compétition, je trouve qu’il retrouve progressivement son meilleur niveau. C’est souvent ainsi dans les grands tournois : certains joueurs montent en puissance au fil des matchs.
Je suis favorable à l’intégration des jeunes, car ils représentent l’avenir de cette sélection. Mais l’expérience ne s’improvise pas. Elle se construit au fil des grandes compétitions et des matchs à forte pression. La transition doit donc se faire intelligemment. Les jeunes doivent être encadrés par les anciens. C’est cet équilibre entre jeunesse et expérience qui permet souvent d’aller loin.
C’est ce qui avait fait la force du Sénégal lors de la Coupe d’Afrique des nations. Le niveau est encore plus élevé en Coupe du monde. Toutes les équipes sont très fortes et chaque détail compte. Nous avons peut-être payé nos efforts en début de compétition. La victoire contre l’Irak a fait du bien, mais elle ne suffira pas si nous ne retrouvons pas davantage d’intensité, de solidarité et d’efficacité.
Si le Sénégal retrouve ces valeurs qui ont longtemps fait sa force, alors tout reste possible.
Propos recueillis par Abdoulaye DEMBÉLÉ


