La métamorphose d’Ismaïla Sarr a de quoi faire pâlir Kafka lui-même, mais cette fois, le personnage ne se réveille pas transformé en insecte, mais en légende.
Pendant des années, Ismaila Sarr fut cet ailier qu’on regardait à travers ses occasions manquées plutôt que ses buts marqués. Une sorte de Gregor Samsa du football sénégalais : plein de promesses, mais enfermé dans une image qui collait à la peau, celle du talent inabouti. Puis vint la Coupe du monde 2026, et la mue s’est opérée, il achevée, sous les yeux de tous.
Sarr a terminé meilleur buteur du Sénégal dans ce Mondial avec 4 réalisations, dépassant au passage Pape Bouba Diop (3 buts) pour devenir, avec 5 buts au total en Coupe du monde, le meilleur buteur de l’histoire des Lions dans la compétition. Il se hisse ainsi à la 2e place des meilleurs buteurs africains de tous les temps en Coupe du monde, à égalité avec le Camerounais Roger Milla, à une seule longueur du Ghanéen Asamoah Gyan et ses 6 buts. Désormais auteur de 23 buts en 87 sélections, Ismaïla Sarr est clairement devenu une arme redoutable pour faire la différence à tout moment.
Et la transformation ne s’arrête pas en sélection. Cette saison, il a inscrit 21 buts toutes compétitions confondues avec Crystal Palace, décrochant le titre de meilleur buteur de la Ligue Europa Conférence (9 réalisations), avec un trophée que son club a remporté grâce, en partie, à cette folle réussite.
Là où Kafka enfermait son héros dans une chambre et une déchéance sans retour, Sarr, lui, a ouvert toutes les portes : celle du vestiaire des Lions, celle de l’histoire du football sénégalais, et celle d’une saison européenne couronnée. La métamorphose, cette fois, s’écrit dans le bon sens.
Et là où le Sénégal cherchait du sang 9 pour avoir ce tueur dans la surface capable d’être létal à tout moment, il a trouvé son bonheur en Iso, désormais renard des surfaces.
Oumar Boubacar NDONGO


