Il fallait une réaction d’orgueil, le Sénégal l’a eue. Après deux revers consécutifs face à la France (3-1) et la Norvège (3-2), des défaites qui avaient fait naître le doute sur la capacité des Lions à se sortir de ce groupe I, Pape Thiaw et ses hommes ont répondu de la meilleure des manières ce vendredi 26 juin à Toronto : une victoire sans appel 5-0 face à l’Irak. Au-delà du score, c’est tout un visage retrouvé qui a rassuré un peuple sénégalais inquiet, à quelques jours d’entrer dans le money time de la compétition.
Une défense enfin rassurante
Le principal point négatif des deux premiers matches, c’était elle. Une défense sénégalaise prise à défaut à six reprises en deux rencontres, donnant le sentiment d’une équipe fébrile dans son organisation défensive, incapable de tenir un score face à des adversaires de calibre mondial. Face à l’Irak, réduit à dix dès la 12e minute après l’expulsion de Sulaka, l’exercice était certes facilité, mais les Lions n’ont pas pour autant relâché leur vigilance. Aucun but concédé, un clean sheet bienvenue qui permet à Pape Thiaw de resouder un bloc qui en avait grandement besoin avant d’aborder un tour à élimination directe où chaque erreur se paie cash. D’ailleurs, ce n’est que le 2e clean de l’histoire du Sénégal au Mondial. Le premier était le fameux Sénégal-France de 2002 (1-0).
Des buts venus de partout
Quatre buteurs différents, quatre visages d’un Sénégal retrouvé. Abdoulaye Seck a ouvert le score dès la 4e minute. Ismaïla Sarr, entré en grand artisan du second acte, a fait sauter le verrou en deuxième période (56e) et est même devenu, par la même occasion, le meilleur buteur de l’histoire de son pays en Coupe du monde (4) et part à la chasse d’Asamoah Gyan, meilleur buteur africain au Mondial (6). Puis Pape Gueye (doublé) et Iliman Ndiaye, entrés en jeu, ont fini le travail. Cette efficacité collective, cette capacité à se montrer dangereux par plusieurs profils différents, tranche avec une équipe qui avait paru emboîtée offensivement contre la France et la Norvège.
Car la force des Lions, c’est bien que le danger peut venir de partout. La preuve, lors de la CAN 2025 remportée au Maroc, l’équipe de Pape Thiaw avait compté 8 buteurs différents.
Pape Gueye, le déclic attendu
Laissé sur le banc au coup d’envoi au profit d’Habib Diarra, l’ancien Marseillais a répondu présent dès son entrée en jeu, comme l’avait exigé Pape Thiaw en conférence de presse la veille du match en réclamant un sursaut collectif. Un doublé éclair (59e, 71e), dont une demi-volée du gauche sous la barre franchement spectaculaire, qui confirme la montée en puissance d’un joueur déjà décisif lors de la dernière CAN. Pape Gueye s’impose comme une option de poids pour la suite, capable de faire basculer un match à lui seul depuis le banc…ou en tant que titulaire inamovible. D’ailleurs, c’est son entrée en jeu contre l’Irak qui a permis aux champions d’Afrique d’imprimer leur rythme.
Iliman Ndiaye, la confirmation
Lui aussi a apporté sa pierre à l’édifice en clôturant le festival sénégalais (82e), soignant au passage une différence de buts qui s’est révélée décisive pour la qualification. Au-delà du but, il a aussi offert une passe décisive. Avec 3 passes décisives en carrière en Coupe du monde en sortie de banc, il détient désormais le record d’offrandes de la part d’un remplaçant en Coupe du monde (3) en compagnie de Fabregas.
En plus de cela, c’est la prestation globale du joueur d’Everton qui rassure : présence, justesse technique, capacité à peser sur le jeu offensif sénégalais. Une option supplémentaire pour Pape Thiaw dans un secteur offensif qui retrouve enfin de la profondeur et de la créativité.
La confiance, l’ingrédient retrouvé
Plus que le score, c’est cette sensation d’une équipe libérée qui marque cette victoire. Acculés, sommés de gagner pour garder un espoir de qualification, les Sénégalais ont répondu avec sérénité, sans la crispation qui avait caractérisé leurs deux premières sorties. Une victoire qui a fini par se transformer en qualification officielle pour les 16es de finale dans la nuit de vendredi à samedi, le Sénégal se hissant parmi les huit meilleurs troisièmes grâce à une différence de buts de +2, la meilleure des équipes dans cette situation.
Un adversaire de gabarit XXL pourrait désormais se dresser sur la route des Lions : l’Angleterre, pressentie pour ce 8e de finale. De quoi tester, immédiatement, si ces certitudes retrouvées contre l’Irak sont du solide ou un simple feu de paille. Mais une chose est sûre : le Sénégal abordera ce tour à élimination directe avec un état d’esprit bien différent de celui qui l’animait il y a encore une semaine.
Oumar Boubacar NDONGO


