Mardi 27 juin 1922 – Samedi 27 juin 2026. Il y a cent quatre ans, disparaissait Seydi El Hadji Malick Sy (RTA), figure tutélaire de la Tijjaaniyya au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. En ce jour de souvenir, il ne s’agit ni de célébration ni de commémoration au sens festif du terme, mais d’un moment de recueillement, de méditation et de reconnaissance envers un savant dont l’empreinte demeure profondément enracinée dans la mémoire religieuse et sociale du pays.
Un bâtisseur de savoir et de spiritualité
Né dans une époque de bouleversements religieux et politiques, El Hadji Malick Sy s’est imposé comme un passeur de savoir et un rénovateur spirituel. Par son enseignement rigoureux et son engagement constant, il a contribué à structurer une tradition islamique fondée sur la connaissance, la discipline intérieure et la transmission.
Son œuvre s’inscrit dans une dynamique d’éducation globale où la quête du savoir religieux se conjugue avec la purification de l’âme et l’élévation morale. À travers ses enseignements, il a placé l’amour du Prophète Muhammad (PSL), la paix, l’unité et le service désintéressé de la communauté au cœur de la pratique religieuse.
La Tijjaaniyya comme force sociale et médiation
Portée par la Tijjaaniyya, El Hadji Malick Sy a contribué à faire de cette voie soufie un instrument de stabilité sociale et de dialogue interculturel. Par le biais de ses « muqaddams », il a structuré un réseau d’encadrement religieux qui a largement dépassé le cadre spirituel pour investir le champ social.
Cette approche, fondée sur la diplomatie religieuse et la médiation, a façonné une tradition de régulation sociale qui se perpétue encore aujourd’hui. Ses héritiers spirituels – de Serigne Babacar Sy à Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, en passant par Mame Abdoul Aziz Dabakh, Serigne Mansour Sy Boroom Daradji, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy et l’actuel khalife Serigne Babacar Sy Mansour – ont, chacun à leur manière, prolongé cette fonction d’apaisement des tensions et de dialogue entre acteurs sociaux et politiques.
Dans cette continuité, la Tijjaaniyya s’est imposée comme un acteur discret mais central de la cohésion nationale, contribuant à ce que certains qualifient aujourd’hui de « modèle sénégalais de vivre-ensemble ».
Un savant reconnu
La reconnaissance de son érudition ne se limite pas à la tradition orale. Des contemporains savants ont salué la profondeur de son savoir et la clarté de son expression. Il est décrit comme un homme d’une rare maîtrise intellectuelle, capable de transmettre avec simplicité des connaissances d’une grande complexité.
Sidi Ahmad Sukayrij soulignait déjà la portée de son œuvre en affirmant qu’il avait « levé le voile sur les connaissances » et éclairé aussi bien l’élite que le commun des mortels. Cheikh Saad Bouh, figure du courant khadre, évoquait quant à lui un savant dont la présence imposait respect et considération, tant par la profondeur de son savoir que par la sérénité de son caractère.
Une œuvre littéraire et scientifique monumentale
El Hadji Malick Sy occupe également une place majeure dans la littérature religieuse d’expression arabe au Sénégal. Son œuvre poétique, notamment son Diwan composé de 51 poèmes et plus de 5 000 vers, témoigne d’une créativité exceptionnelle au service de la spiritualité.
Louanges au Prophète (PSL), célébration de Cheikh Ahmad Tidiane, méditations sur la vie, la mort et la vieillesse : sa poésie embrasse des thèmes universels avec une sensibilité rare. Sa célèbre Nunniya illustre cette profondeur mystique où se mêlent science du langage, rigueur intellectuelle et inspiration spirituelle.
Au-delà de la poésie, son œuvre couvre plusieurs disciplines classiques du savoir islamique : droit musulman (charia), jurisprudence (fiqh), grammaire (nahw), rhétorique (balâgha) et sciences traditionnelles. Une production intellectuelle si vaste qu’elle fut décrite, dans la tradition orale, comme ne pouvant « être contenue dans une pirogue ».
Un héritage vivant
Cent quatre ans après sa disparition, l’héritage de Seydi El Hadji Malick Sy demeure vivant dans les pratiques religieuses, les structures sociales et les dynamiques éducatives qu’il a contribué à façonner. Son œuvre continue d’inspirer une conception de l’islam fondée sur le savoir, la mesure, le dialogue et la paix.
En ce jour de mémoire, la fidélité à son enseignement se traduit moins par des cérémonies que par des invocations, la lecture du Coran et la réflexion sur les valeurs qu’il a incarnées.
Qu’Allah, dans Sa miséricorde infinie, élève davantage son rang parmi les vertueux, et nous permette de puiser dans son héritage la force de la connaissance, de la droiture et de l’unité.
Par Salla GUEYE


