Terre d’arachide par excellence, le Saloum voit progressivement ses paysages agricoles se diversifier. Sur les terres de plateau, le riz pluvial fait désormais son chemin. Une expérience qui nourrit l’espoir d’une meilleure souveraineté alimentaire, mais qui reste confrontée à plusieurs défis.
Le paysage du Saloum offre un décor saisissant en cette période de l’année marquée par les fortes pluies. À perte de vue, les parcelles d’arachide dessinent de vastes étendues verdoyantes. Ici, l’arachide règne encore en maître, aux côtés du mil, du maïs et du niébé. Mais depuis quelque temps, le riz, une autre spéculation, tente de se faire une place dans ce paysage agricole traditionnel. Dans la commune de Latmingué, dans le département de Kaolack, des parcelles de riz émergent désormais sur les terres de plateau. Dans cette zone où les cultures dépendent essentiellement des eaux de pluie, le riz pousse au rythme de la pluviométrie.

À la différence des pratiques rizicoles développées dans les zones aménagées et irriguées du nord du pays, les producteurs n’ont ici besoin ni de rizières inondées ni de diguettes pour retenir l’eau. Sur le terrain, le travail commence bien avant l’arrivée des premières gouttes. La préparation du sol constitue une étape déterminante. « Il faut privilégier des sols bien drainés, relativement plats et capables de conserver suffisamment l’humidité », explique Andel Kitane, producteur basé à Latmingué. Puis arrivent les premières pluies. Les semences sont mises en terre et commence alors une autre bataille, celle de l’entretien des parcelles. « Le désherbage demande beaucoup de travail. Si on laisse les herbes se développer, elles prennent l’eau et les éléments nutritifs dont le riz a besoin », souligne le producteur.
Des variétés à cycle court !
Il y a encore quelques années, l’idée de voir des parcelles de riz dans le Saloum pouvait paraître surprenante. Dans la région de Kaolack, plusieurs initiatives ont toutefois été engagées pour promouvoir la riziculture pluviale et diversifier les systèmes de production. Dans la zone de Ndoffane, des travaux et expérimentations ont notamment porté sur différentes variétés de riz pluvial de plateau et leur adaptation aux conditions agro écologiques locales. À Latmingué, Andel Kitane consacre une dizaine d’hectares à cette spéculation. Pour limiter les risques liés aux irrégularités de la pluviométrie, il mise sur des variétés adaptées. « Avant même le début de la campagne, nous avions reçu des alertes concernant la pluviométrie. Il fallait donc miser sur des semences adaptées à la riziculture pluviale, mais surtout respecter les écartements recommandés », explique-t-il. Son choix s’est porté sur la Nerica 8, une variété qu’il considère comme bien adaptée aux conditions de cette partie du Saloum. Ailleurs dans le bassin arachidier, cette variété a également fait l’objet d’expérimentations sur des terres de plateau, au milieu des champs d’arachide et de mil.
Le pari de la diversification !
Jadis dominé par l’arachide et le maïs, le Saloum s’ouvre progressivement à de nouvelles spéculations. Dans les exploitations familiales, le changement reste encore discret, mais il est perceptible. Le riz ne vient pas remplacer l’arachide. Il s’ajoute plutôt aux cultures traditionnelles. « L’enjeu dépasse la seule production d’une céréale supplémentaire. Il s’agit de transformer progressivement les habitudes culturales, mais aussi de donner aux exploitations plusieurs sources de revenus et de nourriture », estime M. Kitane. Dans cette partie du Saloum, le développement du riz de plateau apparaît ainsi comme une piste de diversification des systèmes agricoles. Après plusieurs années dominées par l’arachide et le mil, certains exploitants cherchent à expérimenter de nouvelles cultures, susceptibles de mieux valoriser leurs terres tout en répondant aux besoins alimentaires des ménages. Pour le président de la coopérative Lambor de Latmingué, le potentiel existe, mais il doit être accompagné. « Le riz de plateau peut trouver sa place dans les systèmes agricoles du Saloum, à condition d’un accompagnement plus soutenu. Cela passe par l’accès aux semences adaptées, un suivi technique et des équipements agricoles », plaide-t-il.
Des contraintes à surmonter
L’introduction du riz sur les terres de plateau est perçue comme une opportunité par de nombreux producteurs. Pour certains, cette nouvelle dynamique pourrait contribuer à faire du Saloum non plus seulement un bassin arachidier, mais un véritable bassin agricole diversifié. L’ambition reste toutefois confrontée à plusieurs contraintes. La première demeure la dépendance à la pluviométrie. En effet, une longue pause pluviométrique au moment critique du cycle végétatif peut compromettre le remplissage des grains et entraîner une baisse importante des rendements. Pour Rokhaya Aw, technicienne agricole, le développement du riz de plateau dans le Saloum doit s’inscrire dans une chaîne de production complète.

« Il faut des semences adaptées, un accompagnement technique constant, un accès aux intrants, une mécanisation, mais aussi des solutions pour la transformation et la commercialisation », indique-t-elle. Selon elle, le riz peut parfaitement trouver sa place aux côtés des autres spéculations, à condition de réunir plusieurs facteurs : « Il faudrait disposer de variétés adaptées, d’une pluviométrie suffisante et d’un itinéraire technique maîtrisé. » À Latmingué comme dans d’autres localités du Saloum, la mutation est donc en marche. Entre les rangées d’arachide, de mil et de maïs, les parcelles de riz dessinent les contours d’un nouveau paysage agricole dont l’objectif est de renforcer la sécurité alimentaire, mais aussi contribuer à terme, à la souveraineté alimentaire.
Mamadou THIAM (Correspondant)


