Le refus des pays alliés des États-Unis au sein de l’Otan de participer à une opération militaire visant à briser le blocus iranien dans le détroit d’Ormuz remet en cause la solidité de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan). Le président américain Donald Trump a dénoncé l’ingratitude de ses alliés, qui refusent de participer à une coalition internationale.
« Ils (ndlr : alliés de l’Otan) ne veulent pas nous aider, malgré le fait que nous les aidions énormément », s’est indigné Trump, mardi, dans le Bureau ovale, en recevant le Premier ministre irlandais, le 17 mars dernier. Ces tensions témoignent de vives méfiances entre alliés au sein de l’organisation militaire, qui compte 32 membres. Elles font suite à l’épisode groenlandais, au cours duquel Donald Trump avait menacé d’annexer ce territoire de 57.000 habitants sous souveraineté danoise, membre de l’Otan. Par ailleurs, cet imbroglio autour du conflit au Moyen-Orient met en cause la pérennité de l’alliance atlantique, qui a vu le jour au début de la guerre froide, en 1949. Cette alliance avait pour but de défendre l’intégrité territoriale de l’Europe occidentale face à une possible offensive soviétique.
La fin de la guerre froide en 1990, avec la chute du bloc communiste, a remis en cause la légitimité de l’alliance atlantique formée pour lutter contre la menace soviétique. « Ce désengagement américain en Europe, champ d’intervention de l’Otan, semble démontrer que le Vieux Continent n’est plus une priorité pour la défense américaine. » Le document de sécurité « Stratégie de défense nationale des États-Unis », publié en novembre 2025 par l’administration Trump, entend se concentrer sur la défense du strict territoire national (Homeland) et s’inscrit dans une logique d’hégémonie sur le continent américain, du Groenland à la Terre de Feu (Argentine). Ce texte priorise les zones d’influence américaines, qui se tournent désormais vers l’Indo-Pacifique. Il ne présente plus l’« ours » russe comme une menace existentielle pour l’Otan, garante de la protection militaire de l’Europe.
Ce désengagement américain en Europe, champ d’intervention de l’Otan, semble démontrer que le Vieux Continent n’est plus une priorité pour la défense américaine. Les États-Unis sont le principal contributeur de l’Otan, avec une contribution au financement direct de l’organisation qui s’élève en 2025 à 15,9 %. Leurs dépenses de défense nationale sont les plus élevées parmi les 32 pays membres de l’alliance. Une situation qui a longtemps irrité les différentes administrations américaines, qui ont toujours demandé aux pays européens d’augmenter leurs budgets de défense. Les nouveaux défis géopolitiques américains autour de la mer de Chine, en Amérique latine et dans l’océan Indien ont relégué l’Europe au rang de seconde ligne dans la défense des intérêts américains. L’Europe, qui représente désormais entre 15 % et 18 % du Pib mondial, devra composer avec le retrait progressif américain du théâtre européen.
Les incertitudes autour de l’application de l’article 5 de l’Otan, qui prévoit la solidarité entre ses membres en cas d’attaque contre l’un d’eux, pourraient accentuer ce sentiment. Des pays comme l’Allemagne et la Pologne ont prévu de lancer de vastes programmes de réarmement pour faire face à la menace russe, tandis que d’autres, comme l’Italie, les Pays-Bas ou la Roumanie, misent toujours sur le parapluie militaire américain. L’absence de solidarité au sein de l’Otan risque de fragiliser la pérennité de l’alliance militaire. La nouvelle administration américaine semble vouloir se contenter d’assurer la fourniture d’armes aux pays européens. Le contexte actuel amène d’ailleurs à interroger, une nouvelle fois, la question de l’avenir de cette alliance, un temps déclarée « cérébralement morte ».
Les bouleversements géopolitiques qui touchent la relation transatlantique devraient pousser l’organisation à repenser sa doctrine et à mieux requalifier les menaces. Cette situation pourrait aussi conduire à une possible création d’une armée européenne. La nomination d’un commissaire à la défense pourrait faciliter cette transition vers une force de défense européenne autonome, bâtie pour défendre les intérêts intra-européens.

