Il est l’un des artistes qui ont œuvré pour la montée en puissance de la section musicale de l’Union culturelle, artistiques et sportive (Ucas) de Sédhiou. Aujourd’hui, Abdoulaye Dandan Diédhiou garde encore quelques souvenirs de son intégration au sein de cet orchestre mythique de la Casamance. Enseignant, il a marqué plusieurs générations par ses qualités pédagogiques et humaines. Ce passé glorieux dominé par un talent artistique revient à chaque fois qu’on parle avec lui de l’Ucas. Dandan est prêt à tout partager, malgré son état de santé fragile.
SÉDHIOU – Assis sur l’un des sofas installés dans l’espace familial de sa demeure au quartier Kabeum, Abdoulaye Dandan Diédhiou avait fini, ce mercredi matin, de prendre son petit déjeuner.
Chaque jour, c’est ici qu’il s’étale jusqu’à neuf heures, recevant d’éventuels hôtes avant de rejoindre sa chambre où il ne ressort seulement qu’à 14 heures.
À 72 ans, cet ancien membre du mythique orchestre de Sédhiou, Ucas Jazz Band, a, certes, perdu la voix à la suite d’une maladie, mais sa mémoire demeure intacte.
Avec son laryngophone, un dispositif électronique qui l’aide à communiquer, il se bat comme il peut pour raconter son passé d’enseignant et d’artiste célèbre dans la Casamance naturelle.
Un premier pas dans l’enseignement
Né en 1947 à Bona (département de Bounkiling), Abdoulaye Dandan Diédhiou est déclaré en 1953, pour les besoins de scolarisation.
Ses parents, tous des analphabètes, tenaient à ce qu’il soit instruit. Ils l’envoient à Sédhiou.
Cette époque coïncide avec l’émergence du groupe Ucas Jazz Band, créé le 4 octobre 1959.
Amoureux de la culture, de la musique en particulier, le jeune Dandan exprime donc sa volonté de faire partie de ce groupe d’artistes talentueux qui drainait les foules.
« Quand je me suis rapproché des leads de ce groupe pour devenir membre, le chef d’orchestre s’est opposé. Il me disait : ‘’si ton père et ta mère t’ont envoyé à Sédhiou, c’est pour faire des études’’ », se souvient le sage à la voix robotisée.
Dandan persiste pour devenir membre, sans succès. Il se résigne à poursuivre ses études.
Il devient enseignant plus tard. Ses qualités pédagogiques étant reconnues par tous, en 1972, il est affecté à Séfa (département de Séhdiou) comme instituteur.
Dandan Diédhiou obtient de très bons résultats au certificat, puis à Sédhiou.
« Tous voulaient que j’enseigne leurs enfants dans ma classe, car j’enregistrais 100% des réussites à l’entrée en sixième », confie-t-il.
« Il y a de cela quelques jours j’ai rencontré un vieux qui m’a rappelé les qualités pédagogiques et humaines de Dandan. Il était son enseignant en classe de cours moyen deuxième année », témoigne Fossar Dabo, professeur de collège moyen et coauteur de l’ouvrage collectif, « Dandan Diédhiou, trajectoire d’une icône ».
Par ses actions, par ses œuvres « il a servi de levier pour les Sédhiois. Quand on écoute les témoignages, on se rend compte de la générosité de l’homme. Sa mission en tant qu’enseignant, mais aussi formateur a été un moment fort de sa vie. Il a aidé son pays de la plus des bonnes manières », poursuit M. Dabo.
Tunis, le baptême du feu
Dandan ne se limite pas à l’enseignement. Il continue de suivre l’Ucas Jazz Band.
L’orchestre avait remporté trois fois la médaille d’or de la semaine nationale de la jeunesse organisée par le chef de l’État Léopold Sédar Senghor.
Il avait donc le vent en poupe. Il continue ainsi de faire rêver plusieurs jeunes de l’époque comme Dandan.
En 1973, l’orchestre est retenu pour participer au festival panafricain de la jeunesse de Tunis.
Un incident se produit lors de ce séjour en terre tunisienne. Un musicien du groupe sanctionné pour acte d’indiscipline est rapatrié.
Ce moment est inoubliable pour Dandan Diédhiou.
« Quand le monsieur est parti, on m’a demandé de prendre la guitare. C’était ma première prestation dans cet orchestre », se souvient-il.
Puis il garde le silence en fixant le regard sur un portrait du groupe Ucas Jazz Band fixé sur le mur, à côté de l’entrée de son salon.
« J’étais ému ce jour-là », dit-il, les yeux pleins d’émotions.
Simal, symbole de l’ascension musicale
Dandan Diedhiou connaît ainsi une rapide ascension.
Il devient un des leads vocaux. Il monte sur scène avec Amadou Touré, l’aîné des Touré Kunda, ses frères Cheikh Tidiane et Ismaïla Touré.
Il voyage à plusieurs reprises en Europe pour des spectacles.
« J’ai beaucoup travaillé avec l’Ucas », insiste Dandan.
« Il a évolué dans toutes les sections qui constituaient l’Ucas, les associations, les troupes théâtrales.
Auteur et compositeur, il se rappelle le morceau musical, « Samala », qui veut dire « navétane » en mandingue, sur lequel il exprime la grandeur de l’amour, les aïeux cultivateurs, les dieux des cultivateurs.
Aujourd’hui, l’orchestre n’est plus ce qu’il était, il y a des décennies en arrière.
Dans la région de Sédhiou, nombreuses sont les jeunes générations qui ne connaissent pas ce groupe.
Tous ceux qui ont fait les beaux jours de cette bande ont pris de l’âge, les autres sont décédés, laissant ce groupe dans la décadence.
« Nous n’avions pas pensé ni à la vieillesse ni à la mort quand on rayonnait », avoue Dandan Diédhiou, le visage plein de mélancolie.
Le sage consacre désormais le reste de son temps à la prière sur l’espace familial de son domicile.
Il regrette de ne pas avoir préparé la relève de ce groupe culturel qui a dignement favorisé l’émergence culturelle de Sédhiou.
Par Jonas Souloubany BASSÈNE

